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TOP ACTRICES 2017

LAETITIA DOSCH dans Jeune femme de Léonor Serraille

S’il y a bien une évidence dans Jeune femme, elle se nomme Laetitia Dosch. L’actrice principale est de tous les plans, elle semble léviter, resplendit, explose, tourbillonne et emporte tout sur son passage. Tantôt explosive et hystérique, tantôt forte, tantôt fragile, irritante et attachante, elle est constamment à fleur de peau, au bord de la rupture. Elle ne joue pas un « type de femme », mais incarne bien au contraire une femme entière et complexe, donnant toute sa pertinence au beau titre du film. Plus important, sa performance ouvre grandes les portes d’un cinéma audacieux et spontané, loin des interprétations souvent fades de scénarios frileux auxquels le cinéma français semble se confiner. L’actrice s’affirme comme une force vive du cinéma de demain. Formée au théâtre, cette comédienne prouve aux pessimistes que l’extravagance et l’excentricité peuvent également s’exprimer avec bonheur au cinéma. Vive l'audace, vive l'excentricité et vive Laetitia Dosch.

Julien Rombaux

MARINA FOÏS dans L’Atelier de Laurent Cantet

Deux actrices ont incarné chacune à leur manière la grâce au cinéma en 2017 : le feu et la glace, Emma Stone (La La Land) et Natalie Portman (Jackie). Pourtant, une autre actrice a aimanté mon regard cette année : Marina Foïs. Depuis 10 ans, elle a su sortir de son registre comique et mettre sa présence décalée au service de personnages plus dramatiques (notamment à la télévision avec la série 3 X Manon). Dans son auscultation de la radicalisation, Laurent Cantet lui offre avec L’Atelier un rôle qui la dépouille de tout artifice de jeu. Et elle impressionne par son naturel, sa douceur, son empathie et sa capacité d’écoute. A la fois presque effacée et pourtant pleinement là, au service des autres. Laurent Cantet place dans sa bouche parmi les mots les plus importants entendus au cinéma cette année : « J’essaie juste de comprendre. » Marina Foïs, qui dit s’inspirer de modèles comme Gena Rowlands ou Isabelle Huppert, est incontestablement une voix et une présence singulières dans le cinéma français. Le César de la meilleure actrice lui tend les bras !

Guillaume Saki

RILEY KEOUGH dans American Honey et Logan Lucky

Mère louve dans le grand film d’Andrea Arnold, Riley Keough réussit en une poignée de scènes la performance d’être à la fois intimidante et protectrice. Chewing-gum en bouche, son personnage de Krystal s’installe dans l’Olympe de cette néo-mythologie américaine fantasmée par Andrea Arnold, le tout dans un bikini aux motifs de la bannière étoilée. Plus tard dans l’année, l’actrice révélée par la série The Girlfriend Experience sera sous-exploitée (mais toujours fascinante) dans la pantalonnade de Steven Soderbergh. Ayant choisi un patronyme imprononçable pour dissimuler ses origines légendaires, la petite-fille du King est une dure à cuire qui veut se faire un nom toute seule. Elle est bien partie.

Olivier Grinnaert

JENNIFER LAWRENCE dans Mother! de Darren Aronofsky

Ce n’est sans doute pas très original de choisir Jennifer Lawrence d’année en année. Après ses débuts étincelants dans Winter’s Bone (Debra Granik, 2011), elle est devenue aujourd’hui incontournable, notamment dans les films de David O. Russell (Happiness Therapy, American Bluff et Joy) mais aussi pour ses interprétations « physiques » dans les sagas Hunger Games ou X-Men. Mother! de Darren Aronofsky renvoie au miracle Winter’s Bone, on y retrouve toute la palette de jeu de l’actrice : proposition frontale, gloutonnerie de l’espace, grand écart entre l’élan intimiste et la furie agoraphobe, déclinaison de plusieurs niveaux de lecture permise par une interprétation aussi dense que multiple, variation des expressions infinie avec toujours pendu au visage le rictus de l’inquiétude, ce parfait mélange de volonté inébranlable et de mélancolie, comme si toute cette énergie finalement n’était que superflue et que Jennifer Lawrence avait le don de condenser le monde en un sourire triste. La marque des géantes.

Cyrille Falisse

RUTH NEGGA dans Loving de Jeff Nichols

Comme une figure mystique, c’est dans un rayon de soleil que Ruth Negga aura été pleinement révélée cette année à l’écran, au mi-temps du si délicat Loving de Jeff Nichols, et après plus de 10 ans de persévérance en tant que second rôle dans des films variant de l’incompris Breakfast on Pluto aux navrants World War Z et Warcraft : le commencement. Lorsque son personnage de mère et femme-courage Mildred, confronté aux lois iniques de l’État de Virginie interdisant les mariages interraciaux, finit par trouver une maison où abriter sa famille à l’écart de la folie ségrégationniste de l’Amérique des 60’s, son visage de madone éclairé par une lumière vespérale se détend soudain, non sans laisser échapper un infime spasme sur sa joue. Véritable instant de grâce au sens presque religieux du terme, ce relâchement organique sous l’effet d’une douce chaleur infuse l’écran d’une paix rarement atteinte dans une salle de cinéma, justifiant à lui seul la première nomination de Ruth Negga à l’Oscar de la meilleure actrice.

Emmanuel Raspiengeas

ILENIA PASTORELLI dans On l’appelle Jeeg Robot de Gabriele Mainetti

Avec pour seul bagage une carrière de mannequin et sa participation à une émission de téléréalité italienne, les premiers pas au cinéma d’Ilenia Pastorelli étaient tout sauf une évidence. Et pourtant son personnage d’Alessia, femme-enfant atteinte d’un syndrome de Peter Pan, doublé d’une addiction sérieuse à la japanimation, se révèle progressivement par petites touches impressionnistes comme le cœur vibrant de cet étrange film de super-héros qu’est On l’appelle Jeeg Robot. Sur le fil du rasoir mais touchée par la grâce, l’interprétation d’Ilenia Pastorelli oscille entre la candeur innocente de l’enfance et les blessures d’un passé inavouable et meurtri. Il suffit de voir comment Gabriele Mainetti travaille son arc narratif pour en faire le socle inébranlable de son récit et pousser son super-héros à embrasser sa destinée pour apprécier toute la finesse de jeu d’un personnage qui, abrité derrière sa folie, insuffle au film toute sa dimension noble et tragique. De quoi se rappeler cette année avec Logan, autre grand film de super-héros, que derrière le costume, l’humanité des héros se construit souvent dans la douleur et l'adversité.

Manuel Haas

NATALIE PORTMAN dans Jackie de Pablo Larraín

Dans Jackie, Pablo Larraín arrête constamment sa caméra volatile quand il rencontre le corps frêle mais solide ou le visage meurtri de Natalie Portman, happé par son magnétisme autoritaire. Chaque apparition de celle-ci laisse une trace rémanente, crée une brèche dans le récit. Le film tout entier semble vivre pour le visage de l’actrice oscarisée, tantôt pris de vertige existentiel, taché de sang, caché par un voile noir ou la fumée d’une cigarette. Ce visage impassible, c’est aussi un point d’ancrage dans un montage fragmenté, une narration labyrinthique et mentale, une figure sur laquelle on peut se blottir. Jackie, c’est le souvenir vif et ineffaçable d’un visage.

William Le Personnic

Réalisateur : la rédaction

Acteurs : (Indisponible)

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Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 09 Janvier 2018

AUTEUR
Manuel Haas
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Biberonnée au cinéma populaire, ma cinéphilie ne connaît pas de frontières et se ...
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