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Le podium Xavier Dolan

Comme bien d’autres réalisateurs en compétition, la relation de Xavier Dolan et du Festival de Cannes en est une que l’on suit comme une trame cinématographique, observant assidument le tissage des liens, les attentes déçues, les coups de gueule mais aussi les démonstrations explosives d’amour. Pour cause, Dolan côtoie la croisette depuis aussi longtemps qu’il fait des films, sa carrière de cinéaste étant étroitement entrelacée aux dates limites de soumission du festival.

Les choses se sont passées dans l’ordre. D’abord il y a eu J’ai tué ma mère, sélectionné en 2009 par La Quinzaine des réalisateurs, comme tout bon premier film. La seconde marche fut celle d’Un certain regard, suite logique, qu’il rejoint deux fois pour y présenter successivement Les Amours Imaginaires en 2010, puis Laurence Anyways en 2012. Cette dernière nomination sera couronnée du prix d’interprétation féminine - largement mérité par Suzanne Clément – mais aussi, et malheureusement, de la Queer Palm (du coup de gueule). Tandis que la petite statuette dorée prend toujours la poussière dans les bureaux cannois, le cinéaste québécois s’insurge contre l’existence contre-productive d’une telle catégorie. Elle distingue des œuvres et des cinéastes en les rangeant maladroitement dans des boîtes intitulées « queer »; à quoi bon ? Les œuvres cinématographiques abordant de près ou de loin des sujets LGBTQ ne devraient-elles pas être considérées exactement au même titre que les autres ? Eh bien non, au lieu de ça, on les encense à coup de petites tapes dans le dos paternalistes.

Ce premier heurt plonge dans le silence la relation des deux amants le temps de quelques éditions, laissant filer au large Tom à la ferme (2013), le seul film de Dolan à ne pas avoir vu la couleur du tapis rouge. Qu’à cela ne tienne, Xavier revient finalement vers sa belle en 201avec Mommy sous le bras, film coup de poing, propulsé directement vers la Compétition Officielle. Il y remportera le Grand Prix du Jury, ex aequo avec nul autre que M. Jean-Luc Godard.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là, Cannes a le sens du cliffhanger. De grands espoirs – ceux de Dolan, surtout - étaient fondés sur l’obtention de la Palme d’Or pour Mommy, il y a deux ans. Qu’en sera-t-il cette année ? Les attentes du cinéaste seront-elles enfin comblées ? Le suspense est à son comble, d’autant plus que la concurrence est rude. Un réalisateur averti en vaut deux et Dolan est loin d’arriver les bras ballants. Il est armé jusqu’aux dents d’un casting ultra accrocheur, blindé de figures tranchantes qui suscitent l’émoi du public français, que cela soit à travers l’agacement, la haine ou l’amour inconditionnel ; j’ai nommé : Marion Cotillard, Vincent Cassel, Léa Seydoux, Gaspard Ulliel et l’éternelle Nathalie Baye. Cette vieille bande de copains est réunie autour de La Fin du Monde, adaptation d’une pièce de Jean-Luc Lagarce. Pour rester fidèle à la verve du dramaturge, - ou serait-ce pour faire les yeux doux à sa veille amante méditerranéenne ? - Dolan a largué ses vedettes québécoises fétiches pour s’entourer d’un casting entièrement français. Ce changement de paradigme éveille chez la critique et les fans une grande curiosité baignée de crainte.

Bien sûr, La Fin du Monde semble tout de même renouer avec les thématiques privilégiées du cinéaste. Un jeune écrivain rend visite à sa famille après de longues années d’absence pour leur annoncer qu’il va bientôt mourir. Une histoire de famille comme on les a connues dans J’ai Tué ma Mére, Tom à la Ferme et à son apogée dans Mommy. Chez Dolan, il est toujours question des limites de l’amour, aussi passionné et dévoué soit-il, et des responsabilités aliénantes qui se logent en son sein. Le cinéaste possède de nombreux talents dont celui de savoir s’entourer des bonnes personnes et de diriger ses acteurs à la perfection, les faisant sortir d’eux-mêmes et, par conséquent, de tous les carcans dans lesquels l’industrie cinématographique a tendance à placer sa progéniture. Mais c’est surtout par son goût du grandiose que Xavier Dolan se démarque de sa génération. En véritable tête brûlée, il fonce vers tous les extrêmes et ses clichés. Il ose la citation, la tragédie, la moquerie, la provocation et tient l’équilibre avec grâce sans jamais tomber dans le grotesque. On lui souhaite de continuer longtemps sa marche de funambule, avec ou sans Palme d’Or.

LE PODIUM

1 – Laurence Anyways (2012)

Une épopée colorée et 90’s, pleine à craquer d’un amour à fleur de peau. Laurence Anyways, au-delà de ses qualités « queer » pour lesquelles il a été récompensé à Cannes, est surtout une très belle histoire d’amour entre un homme qui décide d’épouser son désir d’être femme, et une femme qui l’aime passionnément. Xavier Dolan étant un cinéaste de citations, sa séquence en référence à l’incontournable Zabriskie Point est l’un des nombreux moments réjouissant de ce film tout en nuance et brillamment interprété.

2 – Mommy (2014)

Mommy est un de ces films qui fait simultanément rire à pleine gorge et pleurer à chaudes larmes les salles de cinéma. Dolan y pose une question morale difficile : jusqu’où va la responsabilité d’un parent vis-à-vis des actions de son enfant ? Cette question aux allures toutes théoriques ne l’est évidemment pas dans le film de Dolan, qui la traite au moyen d’une relation mère-fils fusionnelle et complexe. Les personnages déversent le flot de leur authenticité dévastatrice les uns sur les autres. Ils s’offrent à nous totalement, si bien que l’on en tombe amoureux fort et vite, tout comme l’on tombe amoureux de la langue québécoise qui s’épanouit à foison dans leur bouche.

3 – Tom à la ferme (2013)

Les thématiques familiales dolaniennes sont ici placées sous le joug du thriller psychologique, surfant sur la tendance du syndrome de Stockholm. Un jeune homme rend visite à la famille de son amant qui vient de mourir. Évidemment, la famille n’est pas au courant que leur garçon était homosexuel et le secret devra rester intact, coûte que coûte. Xavier Dolan s’offre ici le premier rôle, comme il l’a déjà fait dans J’ai tué ma mère et Les Amours Imaginaires, et la mise en scène n’en souffre pas, au contraire. Il y fait la démonstration d’une versatilité épatante, tenant les ficelles d’un tout nouveau genre – le thriller – et trouvant le parfait équilibre entre convenances et renouveau. En bonus : l’une des plus belles et surprenantes scènes de danse vues au cinéma !


Cyrille Falisse : Laurence Anyways / Mommy / Les Amours Imaginaires
Emmanuel Raspiengeas : Mommy / Tom à la Ferme / Laurence Anyways
Margaux Latour : Mommy / Laurence Anyways / Tom à la Ferme
Lucien Halflants : Laurence Anyways / Mommy / J’ai Tué Ma Mère
Alice Carlos : Mommy / Laurence Anyways / Tom à la Ferme
Julien Hairault : Laurence Anyways / J’ai Tué Ma Mère / Mommy
Anne Bellon : Laurence Anyways / Tom à la Ferme / Les Amours Imaginaires
Valse Noire : J’ai Tué Ma Mère / Mommy / Laurence Anyways
Gregory Audermatte : Laurence Anyways / Les Amours Imaginaires / Tom à la Ferme

Réalisateur : la rédaction

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Moro
19 Mai 2016 à 20h08

La critique de Mommy est une délectation gastronomique; merci les auteurs :)
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Critique mise en ligne le 19 Mai 2016

AUTEUR
Margaux Latour
[8] articles publiés

Absolument fascinée par les scènes de festivité du cinéma classique Hollywoodien, si j&rsquo...
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