Edito
Pixar & Le Cercle Vicieux

Ceux qui ont vu l’excellent documentaire en deux parties qu’Arte a récemment consacré à Walt Disney le savent: après les quatre premiers longs-métrages animés du studio, le premier âge d’or de Disney est considéré comme achevé. Aujourd’hui, le premier âge d’or de Pixar (en supposant qu’un autre soit à venir) semble lui aussi bel et bien révolu.

L'année charnière

Entre 1994 et 2005, Pixar est présentée comme l’entreprise la plus cool du monde. Le patron porte des chemises hawaïennes, on joue au ping-pong et aux jeux d’arcade pendant les pauses, l’ébullition créative est palpable, et surtout, on enchaîne les succès, voire les chefs d’œuvres (Toy Story 1 et 2, Le Monde de Némo, Les Indestructibles).

2006: après un long combat et le départ du mogul Michael Eisner, Disney absorbe Pixar. La même année, Cars marque un premier échec critique mais aussi une baisse des ambitions: aucun défi technique majeur n’y est relevé (après la fourrure de Monstres & Cie, l’eau du Monde de Némo, les humains des Indestructibles…). Au même moment, Jan Pinkava, un des talents cultivés par le studio, quitte le projet Ratatouille, qui sera revu de fond en comble après l’arrivée de Brad Bird aux commandes du projet, amorçant une valse des réalisateurs sans précédent, de Rebelle au Voyage d'Arlo.

Consanguinité

Les trois films suivants du studio, Wall-E, Là-Haut et Toy Story 3 sont autant d’éclatantes réussites. Ces projets de longue date sont respectivement signés Andrew Stanton, Pete Docter et Lee Unkrich, soit trois des hommes qui ont directement contribué à la superbe de Pixar. Mais le ver est dans le fruit. Depuis la clôture de la trilogie fondatrice Toy Story (et sa parabole sur le passage à l’âge adulte) ni les projets originaux (les productions à rebondissements des susmentionnés Rebelle et Le Voyage d’Arlo), ni les suites de vieux succès (Cars 2, Monstres Academy) ne parviennent à renouer avec la gloire passée. Le triomphe de Vice-versa (signé encore une fois Pete Docter) fait office de court-circuit dans une trajectoire qui s’apparente clairement à une chute.

Aujourd’hui, Le Monde de Dory (soit Le Monde de Némo 2) débarque dans les salles, marquant le retour à la maison d’Andrew Stanton après l’échec de John Carter, sa tentative d’échappée live sabordée par le studio Disney 1. En dehors du cocon originel, difficile de déployer ses ailes, si Brad Bird s’est forgé son propre chemin avant plusieurs crochets par Pixar depuis 2000, les jeunes pousses peinent à s’épanouir. Après Jan Pinkava, nous sommes sans nouvelles de Gary Rydstrom (dont le projet Newt a été annulé), Bob Peterson se relèvera-t-il de son éviction du Voyage d’Arlo au profit de Peter Sohn ? Pixar annonce Cars 3 et Toy Story 4 par John Lasseter, Les Indestructibles 2 par Brad Bird et un seul projet original, Coco aux mains de Lee Unkrich. Quid de Brad Lewis (Cars 2), Mark Andrews ou Brenda Chapman (Rebelle) ? 

De vils lendemains 

Appât du gain 2, crise d’inspiration (suites à gogo) et incapacité à injecter un peu de sang frais. Tel est le cercle vicieux dans lequel Pixar s’enfonce. De l’autre côté du Pacifique, un autre studio mythique en a déjà fait les frais. L’an dernier, Ghibli a annoncé l’arrêt de production de longs métrages. Il restera à jamais le studio de Hayao Miyazaki et Isao Takahata, ainsi que le théâtre de l’humiliation publique de l’héritier Goro Miyazaki après les échecs des Contes de Terremer et de La Colline aux coquelicots. Un peu plus tôt, un Mamoru Hosoda muselé lâchait le Château dans le ciel pour aller s’épanouir ailleurs avec bonheur.

Sous l’hégémonie de Disney, Pixar ne fermera pas ses portes, surtout après le démarrage historique du Monde de Dory au box-office américain. Plus probablement, il est possible que l’exigence et la passion qui animèrent le studio lors de ses dix premières années soient progressivement absorbées par Mickey et l’oncle Picsou. Espérons un destin à la Tim Burton, sniffeur de colle dans les placards lors de la production de Rox et Rouky, pour les talents brimés: qu’ils parviennent à s’extirper d’un panier de crabes pour aller exercer leurs talents singuliers sous d’autres bannières. Que le fameux grappin de Toy Story les choisisse enfin !

 

(1) http://www.capturemag.net/analyse-this/de-john-carter-a-star-wars-le-prix-de-limaginaire/

(2) http://www.generation-nt.com/lucasfilm-pixar-arrangements-dans-scandale-embauche-silicon-valley-actualite-1761122.html

 

Merci à Manuel Haas pour ses relectures et conseils avisés.

Réalisateur : (Indisponible)

Acteurs : (Indisponible)

Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 22 Juin 2016

AUTEUR
Olivier Grinnaert
[101] articles publiés

Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES