Edito
Lettre ouverte à Kristen Stewart

Chère Kristen,

Pardonne-moi ! Ça fait une éternité que tu dois attendre cette lettre. La dernière fois qu’on s’est croisés, tu étais entourée d’un protocole surexcité. Tu m’as regardé, d’un de ces regards où on irait en prison pour que tu le prolonges. Tu sais un de ceux que t’envoies à Emile Hirsch depuis le lit de ta petite roulotte. Le con, la sensibilité d’une clôture ce mec. La dernière fois qu’on s’est vus, c’était en mai 2014. Purée ça file. A cette époque, tu tirais une tronche pas possible. On te traitait d’arrogante, de prétentieuse. Tu snobais la conférence de presse du long serpent Sils Maria. Tu acceptais à contrecœur une montée des marches, toujours en faisant bien la gueule. Le petit cercle du cinéma d’auteur te faisait alors sentir que tu n’étais pas à ta place à grand renfort de jugements définitifs.

Et cette année, Frémaux annonce tel Nostradamus que tu seras la reine de Cannes. Pas la star, non. La Reine bon sang. Qu’est-ce qu’il lui a pris à Monsieur Météo ?  Depuis quand Kristen qui n'en a rien à caler de tout ce cérémonial se mettrait à devenir une Reine, y a la grande Catherine pour assumer ce rôle non ? N’empêche ça m’a donné envie de t’écrire. Parce que depuis que tu as 12 ans, je dis à qui veut l’entendre que tu as un truc en plus. Eux viennent de s’en rendre compte ? Les Français ont toujours une guerre de retard.

La première image que j’ai de toi, c’est celle de la petite fille diabétique prise au piège d’une safe room, lovée contre le sein d’une mère courage. Le mélange de force et de fragilité qui bruissait de ta respiration, la détermination de ton petit visage émacié que je retrouvais dans Speak deux ans plus tard. Tout en toi était une promesse. Dans Into The Wild, on ne voyait que toi. Lèvres mordues et regard mal assuré, yeux fuyants qui parfois se posaient dans les pupilles de l’autre comme pour défier l’enfance une dernière fois. Ce regard, ça deviendra ta force. Cette façon d’éviter longtemps, de jeter des coups d’œil, puis de fixer soudainement et de déstabiliser, à en faire trembler les gaillards. Ah les soldats de bois, tu les materas plus tard à Guantanamo.

Kristen, je t’ai vue grandir. Et celle que tu es devenue me comble de joie. Tu aurais pu te perdre entre les vampires et les loups garous ou enfiler des collants pour sauver le monde comme bon nombre de tes petites camarades. Mais tu en es sortie plus forte comme à chaque fois, entre une hésitation et une révélation, tu es devenue strip-teaseuse face à Gandolfini puis Joan Jett dans Les Runaways. Là tu les as tous calmés. Le cinéma aime la froideur parfois, c’est vrai. Toi, tu peux te targuer de posséder les deux, comme les chamanes, glace et feu enlacés dans une même mine renfrognée.

Ton génie tient en cette façon de faire passer l’émotion en un changement d’attitude, seulement par la force du visage, par la trajectoire du regard. Pas besoin d’hurler ou de jouer sur le corps, le tien est fragile, tu le sais. Cette modernité qui peut s’apparenter à une absence de jeu est au contraire un savant et habile mélange de détachement et de profondeur absolue, d’état de grâce déjà à l’épreuve dans la triste saga Twilight.

Tu n’as pas soudainement changé, tu n’es pas devenue Reine en un jour. C’est une mue constante et permanente à laquelle tu t’astreins depuis le début. Tes choix, tes performances, tout est le fruit d’une volonté de se transformer. Une mise à nue perpétuelle, et pas de celle dont on parle quand on se remémore Sur la route de Walter Salles. Non une plus insidieuse qui déconstruit constamment ce qui a été fait.

Le rapport aux acteurs ou aux actrices, c’est évidemment subjectif. Ton sourire par exemple me touche. Il est déchirant parce qu’il souffre, parce qu’il doute de pouvoir assumer le bonheur, tant il est humble justement et tellement mélancolique. Dans Café Society, jamais aussi bien éclairé, il dévore l’écran, avale et aspire les défenses. Il désarme ! Dans Personal Shopper à la recherche des morts, il se couvre de sens.

Je ne sais pas quand on se recroisera. Ils t’ont adopté désormais. Tu fais partie de leur monde, ceux-là même qui te décernaient le Razzie Award de la pire actrice dans Twilight. Tu leur as retourné la veste à ces charognes. Et tu ne le dois qu’à tes choix. Un jour tu feras une sortie punk, tu les enverras tous paître. Peut-être iras-tu prendre la tangente dans un chalet de montagne. Ça ne m’étonnerait guère. Je me transformerais alors en aigle ou en serpent. Nous deviserons sur les sombres nuages de l’humanité. Et nous porterons en nous le chaos pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante.

Cyrille Falisse

Réalisateur : Cyrille Falisse

Acteurs : Kristen Stewart

Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 03 Juin 2016

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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