Edito
Lettre à Isabelle Huppert

Chère Isabelle,

 

N’envisage pas cette lettre comme une ouverte déclaration d’amour. Car d’ouverture il n’y a ici qu’aux regards curieux et d’amour il n’y a que la métaphore. Tu es actrice, j’imagine que tu aimes les regards sur toi bien plus que moi. Sur toi et surtout s’ils sont surpris. C’est pourquoi je te les laisse. Voilà, je t’ai écrit trois lignes et déjà que je digresse, je parle de moi. La faute à ton pouvoir de fascination, j’imagine… Ton visage habité et distant que je vois à travers l’écran et qui pousse à l’introspection. Tu fais partie de ces rares actrices qu’il est impossible de quitter des yeux. Tu es une telle évidence, Isabelle, que je doute parfois des capacités de ton magnétisme dramatique à résister à l’abandon de ton génie provocant. Es-tu comme tout le monde ? Manges-tu ? Aimes-tu ? Vomis-tu ? Marches-tu dans la rue ? Se retourne-t-on lorsqu’on te croise ? Voilà bien une chose que je ne saurais jamais car je t’ai connue avant de te rencontrer et puis, peut être, ne te croiserais-je jamais. Il est probable que l’un de nous meure avant l’autre. Mais sache que si le feu des regards est l’opium du talent, alors je veux mourir drogué à tes côtés. Avec toi ou avec l’une de ses actrices qui te ressemblent. Magnifique, libérée et effrontée. Un peu dingue aussi.

Parce folle, tu l’es, Isabelle. Tu aimes le risque et c’est pour ça qu’on t’aime. C’est pour ça que moi je t’aime en tout cas. J’aime ce que le bon sens appellerait le trouble et d’autres, la déviance. J’aime les regards noirs et les assiettes qui volent en éclat, les bagues qui cognent puis caressent les joues. Voilà, c’est dit. Je parle de toi, je parle d’amour. C’est un mot con mais c’est un mot qui compte et c’est, d’une certaine manière, ce que je ressens pour toi. Autant qu’il est possible d’en éprouver pour une inconnue, en tout cas. Mais parmi mes amis les plus proches, parmi mes mentors, parmi mes plus grandes histoires d’amour, parmi mes plus incroyables coups d’un soir, il y a toi et beaucoup de tes semblables. Vous êtes de ceux dont ne rêve qu’au travers d'une toile enluminée, de ceux qui vivent mille existences sur l’infime durée d’une unique vie. Et sur ceux-là tu règnes sans violence ni tendresse mais avec une telle grandeur qu’il serait ridicule de ne pas s’y soumettre.

Avant d’arriver ici, j’espère que tu les auras lu ces plus de cinq cents mots directement extraits de mon ventre et non de mon esprit. Fais-en ce que tu veux. Une trentaine c’est le nombre de phrases qu’il m’aura fallu écrire pour prendre conscience de ton caractère impénétrable. Tu restes, pour moi, un mystère absolu. N’en déplaise à Verhoeven, Cimino, Chabrol, Sautet, Denis, Haneke, Chéreau, Assayas, Hanson, Wajda, Ferreri, Godard, Losey, Pialat… et à tous ces génies inconnus qui, sur toi, auront posés leurs regards et auxquels tu te seras offerte sans jamais entièrement te dévoiler. Comme une devise gorgée d’art : offrir son corps pour ne plus être rien de moins piètre que quelqu'un d’autre. Par des dizaines de fois répétés et peut être pour l’infini.

Alors, s‘il te plaît, n’oublie pas, garde-moi ton shoot définitif, ton tiré de rideau dont je saurai te draper.

Avec toute ma distante affection, mon amour même, celui d’un inconnu à une inconnue qui brille plus que les autres,

 

                                  

                                                                                                                             Lucien.

Réalisateur : Lucien Halflants

Acteurs : Isabelle Huppert

Durée : /

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 04 Juin 2016

AUTEUR
Lucien Halflants
[130] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
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