Edito
Le cinéma se meurt. Vive le cinéma!

L'année se termine et les bilans pleuvent. Comme chaque année, c'est la douche froide. Les lamentations fusent de toutes parts. Le cinéma se meurt, mon bon Monsieur ! Il fallait bien une once d'éclaircie dans ce concert unanimement dépressif. Et la découverte du papier de Nicolas Marcadé pour les Fiches du Cinéma nous en donne l'occasion.

A la lecture de l'article, les signes dépressogènes abondent. L'augmentation du nombre de sorties, la multiplication des supports et l'arrivée de Netflix seraient les preuves de la décadence du cinéma défendu, avec amour et talent par Nicolas Marcadé, mais au prix d'un aveuglement idéologique.

L'inflation des sorties en salle ou l'industrialisation du cinéma

L'industrialisation du cinéma: un phénomène récent

Ainsi donc, le nombre élevé de sorties serait le signe, non pas d'une vitalité créatrice, mais d'une industrialisation du cinéma. Argument en partie vrai mais pourquoi s'en inquiéter? Car, jamais, faire un film n'a été aussi "facile". Les évolutions techniques et informatiques y sont pour beaucoup et les jeunes cinéastes sont les premiers à les louer. Mais ces évolutions ne correspondent pas à la définition de l'industrialisation que s'en fait Marcadé. L'industrialisation, qui permet de rentabiliser les compétences et les moyens techniques, ferait rentrer le cinéma dans l'ère du commerce et la "banque". On conseillera à notre confrère de relire, parmi tant d'autres, La Parade est Passée qui montre, remontre et démontre que le cinéma a toujours été, et sera toujours, un business, ni plus ni moins qu'avant. On conseillera aussi à Nicolas Marcadé d'éviter les contradictions car il reconnaît lui-même que les meilleurs films de l'année, selon les Cahiers, n'ont pas coûté grand-chose et qu'ils bénéficient pleinement des dernières évolutions techniques. Vive l'industrialisation du cinéma donc!

Netflix: le diable venu d'Amérique

Depuis le mois de septembre, Netflix propose un catalogue de quelques milliers de films et séries à un prix minime. Ici également, Les Fiches du Cinéma y voient un signe de déclin. Pour le petit Belge que je suis, Netflix est une petite révolution. Car dans mon Plat Pays, point de plate-forme de VOD illimitée jusqu'à ce jour béni du mois de septembre. Mais je me serais réjoui trop vite... Netflix me voudrait du mal. Le souci principal, c'est ce diabolique algorithme, sorte d'ordinateur tout-puissant qui ose, honte suprême, nous proposer des titres en fonction de ce qu'on a regardé. Nous voici donc dépossédés de notre libre arbitre ! Un peu excessif non? Plutôt que d'homogénéiser les goûts, Netflix n'a t-il pas la vertu de les stimuler et les cultiver au risque de favoriser notre paresse? Dans ce dernier cas, ne faut-il pas plutôt blâmer le spectateur ?

Un client de Netflix

La salle de cinéma, le sanctuaire des cinéphiles

Argument récurrent, qui agita d'ailleurs le Passeur il y a quelques mois (ici et ici), la salle serait le lieu intouchable et inviolable du vrai cinéma. La multiplication des supports et des sources ferait passer le grand Art dans l'ère de la consommation courante, à force de se mêler aux « eaux voisines ». En voilà des jolis termes qui ne peuvent pas masquer le mépris à l'encontre des autres écrans... Depuis des siècles, certains nous serinent que l'Art, c'est au musée. Doit-on maintenant subir les mêmes diatribes envers les nouveaux modes de visionnage des films ? C'est ce que je me disais lorsque, l'autre jour, j'ai pris mon courage à deux mains pour rejoindre la seule et unique salle à Bruxelles qui proposait le génial Alléluia de Fabrice du Welz. L'espace, accueillant mais minuscule, ne présentait pas le moindre avantage par rapport à mon salon douillet... Car l'usager des cinémas des centre-villes que je suis prend autant son pied à découvrir Under The Skin entouré de cinéphiles au Majestic de Lille que le lendemain affalé dans son canapé, le Blu-ray anglais tournant sur sa platine...

Aussi belle sur ma télé que sur grand écran...

Face au péril, Nicolas Marcadé en appelle aux cinéastes. Car selon lui, ils ne baissent pas les bras. A force d'exemples, l'auteur affirme que les grands succès de l'année cinéphilique résistent à l'esprit de l'époque. Car on parle bien de résistance. Terme martial pour un combat qui ne serait donc pas perdu d'avance. Mieux, le souci du « geste » animerait quelques auteurs. Car il y aurait « davantage de panache à continuer à tirer dans le ciel des cartouches de beauté qu’à baisser les armes et se replier ». Ainsi donc l'époque actuelle, honnie par Marcadé, verrait l'émergence d'un cinéma de la contestation, qu'elle soit efficace ou désabusée. Message envoyé aux générations de réalisateurs qui provoquèrent, bousculèrent et firent exploser certaines certitudes de leur époque...

On passera sur l'absence supposée de relève des grands maîtres. Le mythe de l'Âge d'Or a de beaux jours devant lui...

Le cinéma n'est pas en danger. Au contraire, il évolue. La vigilance est de mise mais en restant isolé dans les salles, le cinéphile donne la fâcheuse impression de voir passer le train sans le prendre.

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Critique mise en ligne le 25 Décembre 2014

AUTEUR
Daniel Rezzo
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