Edito
Festival Ecrans Mixtes

Le tout jeune festival « Queer » s’est installé comme chaque année depuis six ans, dans plusieurs salles partenaires et instituts culturels de la ville de Lyon. Cette nouvelle édition s’est faite à l’aide d’un objectif grand angle, embrassant vastes plaines et ouvrant un espace propice à la contemplation de soi et des autres. Dans un champs fraîchement labouré, au bord d’un lac azuré dans les feux de l’été ou congelé par les glaces de l’hiver. Du sommet d’une colline, dévalant les hauteurs tourmentées, les bruyères et roseaux sauvages. Le danger, embusqué, insaisissable fait frissonner, comme le désir. Le programme de cette saison, diablement romanesque, semble avoir repoussé les frontières d’une représentation purement ostentatoire de la culture gay et lesbienne. Avec une rétrospective consacrée à Alain Guiraudie, cinéaste en milieu rural et ses valeurs du terroir, l’homosexualité est une composante parmi d’autres, d’une vie de solitude en terre hostile.  Pourtant que la montagne est belle ! Comme Les Amoureux à La belle saison (Catherine Corsini, autre cinéaste invitée), il faut vivre sa vie, coûte que coûte, aussi effroyable soit-elle. L’existence au grand air, c’est aussi une lutte quotidienne contre les éléments, les bourrasques de vent qui fouettent les nerfs, les forces vitales qui débordent, contre quoi il faut trouver une stratégie de survie. Ce sont les tourments irrationnels de l’adolescence, Quand on a 17 ans. Le nouveau film d’André Téchiné est annoncé comme un évènement et nous en parlerons très prochainement.

Autre retour en fanfare, celui du Lyonnais Olivier Ducastel et de son compagnon Jacques Martineau, présent à la séance d’ouverture avec leur nouveau né : Théo et Hugo sont dans le même bateau (dont la sortie nationale est prévu le 27 avril), en compagnie des deux acteurs Geoffrey Couët et François Nambot. Près de vingt ans après Jeanne et le garçon formidable, comédie musicale avec dans le rôle titre Matthieu Demy, chantant son amour contrarié par le sida pour sa belle (Virginie Ledoyen). Nous retrouvons les mêmes thématiques mais dans un registre différent, (bien que toujours très léger). Le film s’ouvre sur un long préambule, dans la lumière rouge et feutrée d’un sex-club exclusivement masculin, où des corps anonymes pour la plupart, se caressent, s’étreignent et jouissent ensemble, (ou pas). La caméra s’attarde sur le visage d’un jeune homme (Théo) littéralement envouté par un autre (Hugo), celui-ci étant occupé par ailleurs. A la faveur d’un heureux enchaînement, ils se retrouvent face à face, dans une parfaite symétrie. S’en suivra une séquence absolument délicieuse. Dans un Paris parfumé comme le printemps ils sont de toutes les images jusqu’à l’aube. Au coeur de la nuit bien sûr il est question du VIH et de conduites à risque. Jacques Martineau ne souhaite pas s’inscrire dans la catégorie « campagne de prévention », néanmoins le cinéma c’est aussi donner à voir des morceaux de vie. Le film conjugue très bien toutes ces intentions avec sensualité dans un équilibre subtil. Un joli film, bien dans la veine Ducastel et Martineau et auquel on souhaite longue vie !

Autre rendez vous incontournable, les rencontres et projections de l’institut Goethe, fidèle partenaire depuis le début de l’aventure du Festival. Avec cette année un focus sur le cinéma allemand des année 20. Le conférencier Didier Roth-Bettoni présente « la question du genre dans le cinéma pré-nazi », suivi de Anders all die Ändern (Différents des autres) de Richard Osvald avec Conrad Veidt, (protagoniste du Cabinet du docteur Caligari). Et puis cette perle de la comédie du quiproquo typique de la république de Weimar, Viktor und Victoria qui triompha au box office en 1933 et connut plusieurs remakes, notamment en France (Georges et Georgette), avant la version fameuse de Blake Edwards, Victor Victoria (1982). Cette femme qui se fait passer pour un homme qui se fait passer pour une femme est interprétée par Renate Müller et a pour partenaire Adolf Wohlbrück (le meneur de jeu de la La ronde de Max Ophuls). Une première version de Certains l’aiment Chaud avait également été écrite à l’époque, puis disparut. Nous connaissons la suite, Hollywood devenant le nouvel Eldorado du cinéma allemand de l’immédiate après guerre.

Enfin la projection de Théorème de Pier Paolo Pasolini en 35 mn au CNP Bellecour, flambant neuf et rutilant, est couplée avec une exposition, Pasolini una vita violenta, visible jusqu’au 10 août à la bibliothèque de la Part Dieu. A découvrir des photos inédites, notamment celle de la conférence de presse lors de sa venue à Lyon le 4 février 1969 pour la sortie de Théorème, ainsi que les critiques de l’époque dans la presse locale. Après Jean Genet et Michel Foucault, le commissaire Michel Chomarat, a formulé le voeu pieux qu’une personnalité féminine sera la prochaine fois, mise à l’honneur. Nous le prenons au mot.

Barbara Alotto

Réalisateur : (Indisponible)

Acteurs : (Indisponible)

Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 15 Mars 2016

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