Edito
Carnets de festival Deauville 2017

Lundi 4 septembre

Le Festival du film américain de Deauville est le territoire idéal pour prendre le pouls des Etats-Unis, tant dans la diversité de ses formes cinématographiques que pour sonder sa société et sa population.

Aussi présenté en séance spéciale au dernier Festival de Cannes, They (Anahita Ghazvinizadeh), produit par Jane Campion, regroupe les poncifs du film américain indépendant débordant d'une sensibilité artificielle : de la poésie récitée en voix off avec des images de fleurs en gros plan. En effet, J., 14 ans, prend soin des plantes dans une serre, il les fait grandir. Lui, en revanche, a stoppé sa croissance à l'aide de traitements hormonaux dans l'attente de choisir son identité sexuelle. C'est ce fameux They, ce terme indéfini qui caractérise J. dans son hésitation. Chaque matin, il(s) note(nt) ce qu'il(s) ressent(ent), c'est-à-dire se percevoir garçon ou fille. Le long métrage s'attache à J. le temps d'un week-end, ainsi qu'à sa sœur artiste, Lauren, et à Araz, le petit ami iranien de celle-ci. Puis le récit s'égare longuement dans la famille d'Araz, et ce qui pourrait devenir un melting-pot culturel sur fond de classes sociales (la cinéaste est originaire de Téhéran) demeure inconséquent et sans suite. On oublierait presque son personnage hors-norme.

 

A Ghost Story (David Lowery)

Les retours sur le singulier A Ghost Story sont dithyrambiques. Le film de David Lowery (Les Amants du Texas), récit mélancolique et éthéré sur le temps qui passe, se construit une belle réputation ici à Deauville. Dans un minimaliste revendiqué, cadré au format 1.33 et littéralement fait avec un bout de drap, C. (Casey Afflek) et M. (Rooney Mara) s'aiment d'un spleen aigu dans une modeste maison du Texas fourmillant de souvenirs. Les images sont granuleuses comme des archives appartenant à un particulier. Le film est animé par la mémoire. Après un accident de voiture qui lui coûte la vie, C. se retrouve à errer dans la maison de sa dulcinée en fantôme et devient passivement témoin des petits riens et de l'histoire de la maison. L'élément le plus significatif de A Ghost Story, ce qui peut aussi lui porter préjudice, c'est de filmer dans la durée la trivialité du quotidien. David Lowery nous impose la matière temporelle, il la rend presque palpable pour nous plonger dans la même situation de stagnation que ce fantôme de pacotille. On observe ainsi, sans coupure, M. endeuillée, qui goûte puis dévore mécaniquement une tarte jusqu'à la nausée. Le reste de la narration, très elliptique, pose des questionnements philosophiques, notamment : est-ce que je peux laisser une empreinte dans le monde ? C'est d'ailleurs la quête de C. : récupérer une note laissée par M. dans la fente d'un mur. Des formes simples, mais des sentiments qui hantent.

J'enchaîne directement avec Ingrid Goes West (Matt Spicer), critique gentillette du réseau social Instagram et de son simulacre d'une vie bien rangée, aussi symétrique que les photos qui y sont postées. Ingrid (Aubrey Plaza) joue une femme psychologiquement instable, obsédée par cette application et prête à tout pour se lier d'amitié avec Taylor (Elizabeth Olsen), parfaite hipsteuse payée par les marques pour poster des clichés uniformes. Le film s'avère plutôt fade comme un sandwich triangle d'aire d'autoroute et sans éclat de mise en scène malgré son aspect cinégénique : comment un réseau social vient-il bousculer l'image cinématographique ? C'est d'autant plus dommage qu’Ingrid Goes West évolue dans un environnement anthropologique contemporain réel et fascinant. Matt Spicer préfère enchaîner les situations comiques avant de lorgner quelque chose de plus noir pour enfin sombrer dans une morale douteuse. Autant dire qu'on ne like pas #enfoncedesportesouvertes.

Gook (Justin Chon)

Mardi 5 septembre

Il pleut sur les planches de Deauville ce matin, la grande salle du Palais des congrès est d'autant plus accueillante. Gook (de et avec Justin Chon) évoque la vie conflictuelle de deux frères coréens dans un quartier de Los Angeles majoritairement afro-américain (« Gook » est un terme péjoratif qui remonte à la Seconde Guerre mondiale, utilisé par les soldats américains pour désigner les asiatiques). Filmé dans un noir et blanc lisse, Gook traite du racisme, de la ségrégation et de la violence qui en découlent, à travers les émeutes survenues dans la cité des anges en 1992. Un programme relativement ambitieux. Au milieu de ce chaos et de ces innombrables « fuck », la figure innocente et dynamique de Kamilla, petite afro-américaine de 11 ans inséparable des deux frères coréens, vient enrayer le système. Gook s'avère avidement dramatique, quitte à nous prendre, dans son dernier tiers, en otage émotionnel. Le long métrage fait malheureusement écho aux actualités brûlantes de Charlottesville et de ce fait devient tristement nécessaire.

Je termine cette journée et ce festival avec Brooklyn Yiddish (Joshua Z. Weinstein), premier film de fiction qui dépeint la communauté juive orthodoxe dans le quartier de Borough Park à Brooklyn. Le cinéaste use de son expérience de documentariste pour filmer les tourments du maladroit mais néanmoins attachant Menashé, veuf contraint de confier son fils Ruben au frère de sa femme défunte, à une distance respectueuse et pertinente. On est ainsi observateur d'une communauté stricte et confidentielle où la tradition hassidique empêche le père d'éduquer son fils sans mère. Belle fresque de dignité et de persévérance.

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Critique mise en ligne le 08 Septembre 2017

AUTEUR
William Le Personnic
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Amoureux du cinéma et de l’art pour mieux comprendre le monde, veilleur et archiviste de l’image, c...
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