Edito
Carnets de Festival : Locarno 2017 # 1

8 août

Depuis 70 ans maintenant, le festival suisse est un laboratoire à images venues du monde entier. 9 doigts, film du rare F.-J. Ossang (Le Trésor des îles Chiennes) est une œuvre radicale et déroutante. 9 doigts commence avec tous les codes du film noir pour mieux les détourner. On y suit Magloire (Paul Hamy), en fuite. Un homme mourant lui confie une liasse de billets. Des malfrats partent à sa recherche avant de le rattraper. Magloire se lie étrangement avec eux. Après un casse manqué, le groupe de gangsters décide de prendre un cargo. Le film adopte alors le même rythme que le bateau à la dérive et même au bord du naufrage. Le long-métrage de Ossang est hermétique et franchement opaque. Rythmées par des fondus au noir, les séquences lancinantes, voire anesthésiantes, s’enchaînent vainement, sans point d’ancrage. Le scénario, vaguement écolo, frise la série B : il est question d’un continent de plastique qui vogue sur l’océan ou de problématiques radioactives avec des trafics de polonium. « Il ne faut rien comprendre. C’est la clé », semble nous éclairer Magloire dans un monologue. Il reste cependant quelques sursauts cinématographiques, notamment ce noir et blanc somptueux et fantomatique.

9 août

Il pleut des trombes d’eau à Locarno, mais la ferveur des cinéphiles est intacte. Je m’engouffre dans une salle pour voir Charleston, film roumain d’Andrei Cretulescu qui, d’après mon voisin, est un grand film. Charleston s’amorce avec un plan-séquence, une femme se fait renverser hors champ. On s’attarde sur le quotidien du veuf Alexandre, bourru et taciturne, qui alterne inexorablement cigarette et vin rouge. Son monde est (re)chamboulé le jour où Sébastien, l’amant timoré (de 5 mois plus ou moins) de sa défunte sonne à sa porte.

Ce qui s’annonce comme un drame lourd est en réalité un film empli d’humour, parfois féroce et cruel, mais toujours d’une tendresse sous-jacente. Le film, à la mise en scène sobre, se heurte aux grandes tendances thématiques du festival, à savoir l’identité des hommes, au même titre que Ta Peau si lisse de Denis Côté ou de Goliath de Dominik Locher. Construit comme un parcours expiatoire, Charleston est, en creux, un beau portrait d’amitié impossible. On regrette que la Roumanie, comme toile de fond, ne soit pas plus fouillée.

L’après-midi, je pars pour la Chine avec Mrs. Fang de Wang Bing, qui concourt lui aussi dans la section Concorso internazionale. Ce documentaire, assez dur, dépeint les derniers jours de Mme Fang, touchée par une forme de la maladie d’Alzheimer. Wang Bing place sa caméra là où personne ne regarde. Il s’attarde sur une population chinoise délaissée et filme longuement les corps entassés, les mains ou le visage de Mme Fang, foudroyée par la maladie. Ce qui émeut certainement le plus, c’est la résistance de la vieille femme, scrutée par sa famille qui l’observe comme un spectacle morbide. Le montage alterne l’espace où est disposée Mme Fang, inerte et incapable de bouger sur un lit dans sa maison, avec de longues séquences de pêche. L’expérience de la mort au travail est entrecoupée par des images de rivières fécondes et pleines de vie. Le geste cinématographique est terriblement radical.

Réalisateur : la rédaction

Acteurs : (Indisponible)

Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 11 Août 2017

AUTEUR
William Le Personnic
[11] articles publiés

Amoureux du cinéma et de l’art pour mieux comprendre le monde, veilleur et archiviste de l’image, c...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES