Edito
Carnets de festival - PIFFF jour 3

Programme chargé aujourd'hui au PIFFF puisque ce n'est pas moins de trois films que l'on s'apprête à découvrir sur l'écran du Gaumont Opéra Capucines. L'après-midi commence très fort avec la projection d'un court-métrage d'une vingtaine de minutes intitulé Ink d'Andy Stewart dont le thème principal est le tatouage. Après Night Call la nuit précédente nous revoilà en présence d'un déséquilibré. Cette fois l'objet de sa psychopathie est le tatouage. Au lieu de se faire tatouer, il préfère voler les tatouages des autres et se les greffer directement ! Court-métrage très gore, très sale, qui fait bien mal à l'estomac après un déjeuner copieux, Ink est à l'image d'un festival, où la chair et le sang sont mis à l'honneur pour notre plus grand plaisir.

On enchaîne avec le premier long-métrage de la journée, Bag Boy Lover Boy d'Andres Torres où après Night Call et Ink on est de nouveau acoquiné avec un homme solitaire bizarre qui menace à tout moment d'assassiner toute votre famille. Ici il s'agit d'Albert, gentil vendeur de hot-dogs dans un petit stand crado d'un quartier de New-York. Albert se fait repérer par un photographe qui lui propose de devenir modèle. Pas qu'Albert soit beau gosse, c'est même plutôt l'inverse. On a parfois l'impression que la projection a un problème de format tant le visage d'Albert est particulier. Très étroit et tout en longueur avec des yeux tombant de chien battu. Dès qu'il ouvre la bouche c'est encore pire, voix nasillarde de canard sous Xanax totalement improbable. Un vrai personnage donc, un freak, utilisé comme tel par un photographe lubrique et répugnant. Sauf qu'à trop vouloir faire son beurre sur le dos des déshérités on finit par récolter des années, des générations de frustration en retour de flamme. C'est ce qui se passe ici où Albert sombre peu à peu dans un spirale de violence malaisante et naïve.

Petit film indépendant qui lorgne évidemment du côté de
Taxi DriverBag Boy Lover Boy vaut surtout pour son acteur principal, Jon Wachter, qui trimballe sa drôle de dégaine dans un New-York pas franchement reluisant. A défaut d'être vraiment original et remuant, le film s'avère assez fascinant dans la description de son personnage principal à mi-chemin entre autiste sympathique et psychopathe dégénéré.

La séance culte du jour est consacrée à Wake in fright de Ted Kotcheff (dont on vous parlait ici il a quelques mois, lors de sa ressortie en blu-ray). Ce film qui a acquis une certaine réputation culte parmi les aficionados d'un cinéma radical nous conte l'histoire de John Grant, instituteur australien qui rentre à Sydney pour les vacances. Il s'arrête dans une petite ville pour la nuit mais perd tout son argent au jeu. Bloqué au fin fond du trou du cul de l'Australie lors du mois le plus chaud de l'année, il s'embarque alors pour une odyssée poisseuse et éthylique l'entraînant peu à peu aux portes de la folie. On est ressorti un peu déçu de la projection. Pas du tout que le film soit mauvais mais sur un tel pitch on pouvait imaginer une descente aux enfer sanglante et meurtrière mais ce n'est pas du tout le cas. Le film est finalement beaucoup plus subtil et dépeint plutôt une folie insidieuse et délétère. Les provinciaux que rencontrent Grant semblent tous modelés par un amour tenace de la boisson comme s'il fallait qu'ils oublient à tout prix le désert dévorant qui les entoure de toutes parts. Peu à peu cet enchaînement de scènes de boissons, de personnages plus bêtes que des animaux (une scène terrible nous montre une véritable chasse au kangourous pour le plaisir de tuer) et d'ambiance moite et étouffante finit par faire son œuvre en nous plongeant dans une spirale de laquelle il devient de plus en plus difficile de sortir (on pense à Hitcher). Très fort malgré tout dans son absence de concessions mais on est loin du traumatisme d'un film comme Délivrance.

On termine enfin la journée par l'un des films les plus attendus du festival The Duke of Burgundy de Peter Strickland auteur du déjà remarqué Berberian Sound Studio. The Duke of Burgundy est un film très simple, un quasi huis clos dans une belle demeure où deux femmes entomologistes vivent en couple. L'une d'elle aime la soumission et l'autre, par amour, la soumet. Pur film de fétichiste The Duke of Burgundy est une merveille. Peter Strickland ne s'encombre d'aucun superflu scénaristique, il crée un monde purement cinématographique composé uniquement de femmes à l'élégance raffinée qui se rendent dans des conférences sur les papillons vivant dans de somptueuses demeures à la lisière de la forêt. Un monde anachronique de conte macabre. Mais là où le film est très fort c'est qu'il parvient à être autre chose qu'un pur objet référentiel et plastique. Il organise un véritable ballet hypnotique et sensuel à la beauté saisissante. Un long poème composé de répétitions, d'évolutions sensibles, de modulations légères qui évoluent lentement pour finalement nous raconter une magnifique histoire d'amour.
Une scène en particulier à l'onirisme superbe est une des plus belles choses vues en salles depuis très longtemps (car c'est évidemment un film qu'il faut voir en salles). Sans oublier non plus une forme d'humour et de second degré par rapport à son projet qui lui évite totalement de faire sombrer son film dans le formol et l’œuvre empaillée dans une posture inamovible. Un pur plaisir des yeux et des oreilles, un grand film de cinéphile (on pense beaucoup à un certain cinéma bis des années 70 comme le cinéma de Jess Franco ou la préciosité du giallo) qui diffuse lentement une capiteuse viscosité qui traverse l'écran et nous laisse pétrifié. On doute que la compétition parvienne de nouveau à atteindre de tels sommets. Reste à voir si le public a suivi la proposition radicale de Strickland. Voilà un petit extrait en attendant la sortie en salles prévue pour 2015 grâce à The Jokers, distributeur inspiré !

Réalisateur : (Indisponible)

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Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 21 Novembre 2014

AUTEUR
Grégory Audermatte
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