Edito
Carnets de Festival - Entrevues Belfort - Jour 4

 

Pour ce dernier jour d’aller-retour entre la chaleur de la salle et les premiers froids de l’hiver, deux films ont su sortir du lot.

Le premier, Und In Der Mitte, Da Sind Wir, est un documentaire de l’Autrichien Sebastian Brameshuber. En posant sa caméra dans la ville de Mathausen, tristement célèbre pour s’étaler sous l’ombre du camp de concentration du même nom, le réalisateur s’interroge sur ce que représente le voisinage d’un tel passé, et l’héritage inconscient qu’il impose aux habitants. Ville honteuse, perpétuellement ramenée à la faute originelle par le flux incessant de touristes, et les cérémonies annuelles de commémoration, où chacun des habitants cherche sa place au milieu des fantômes. Dans une approche rappelant les méthodes de Raymond Depardon, alternant suivi du quotidien de quelques personnages récurrents, et interviews frontales, Brameshuber scrute les regards, les mutismes, les gestes des habitants de ce Tartare moderne, condamnés à expier la mémoire d’un crime qu’ils n’ont pas commis. Il y a ici quelque chose de profondément troublant à voir le poids de l’Histoire s’incarner physiquement dans leurs dos voûtées et leurs épaules tendues. La précision des cadres et la finesse d’observation de ce sujet ténu laisse augurer d’une carrière intéressante pour le réalisateur, qui signe ici son deuxième film.

Enfin, après avoir débuté le festival avec un touchant court-métrage, A Tale, ces 4 jours de cinéma à flux tendu se concluent devant un autre film de cette catégorie, l’ahurissant Hillbrow de Nicolas Boone, ancien élève des Beaux-Arts. Brillant exercice de style, et proposition plastique immersive, le film met en scène 10 fragments de la vie bouillonnante et violente d’un quartier de Johannesburg, en autant de plans-séquences à la précision hypnotique. Tableaux mouvants épousant les rythmes de la vie des laissés pour compte d’Afrique du Sud, chaque segment oblige le spectateur à faire corps avec le chaos urbain à travers des travellings tour à tour heurtés et sensuels, abrupts et glissants. Les trente minutes du film se calent sur les courses haletantes d’anonymes, sprintant pour leur survie, encadrées en ouverture et en clôture par deux moments de marches calmes. Si le premier suit un homme élégant, avançant d’un pas ample et égal, avant de se faire agresser par une bande de pillards, le dernier est une lente et douloureuse ascension des escaliers d’un stade abandonné par un homme infirme, se servant d’une carabine comme de béquille. La dizaine de minutes de cette expédition dérisoire, où l’homme courbé est écrasé par les lignes géométriques de la structure architecturale, s’affirme comme un pur moment de grâce et de cinéma, posant le parfait terme d’un festival marqué par des visions souvent sans concessions du réel. La montée silencieuse de ce martyr africain se fait au son de métronome de la crosse de son fusil, martelant chacun de ses pas. Et, au sein de cette durée précisément cadencée, le temps se dilate délicatement sous l’œil de la caméra, laissant un lever de soleil illuminer insensiblement l’espace du cadre, pour réchauffer le corps abîmé de ce dernier héros, enfin prêt à s’asseoir sur l’ultime degré et observer un royaume imparfait relégué en hors-champ.

Et c’est avec apaisement que le rideau tombe sur la 29ème édition des Entrevues de Belfort.

Pour les lecteurs qui auraient été intrigués par ces comptes-rendus subjectifs, la reprise des films primés aura lieu à Paris le 9 décembre au cinéma Luminor Hôtel de Ville (anciennement Nouveau Latina, 20 rue du Temple Paris 4ème).

PALMARES

Le jury, composé cette année du réalisateur franco-bissau guinéo-sénégalais Alain Gomis, de l’actrice française Aurélia Petit, de l’exploitant Bertrand Porcherot, de la réalisatrice et actrice Marie-Claude Treilhou, et du critique japonais Tamaki Tsuchida, a remis les prix suivants :

Grand Prix Janine Bazin : Je suis le peuple (Anna Roussillon)

Prix d’aide à la distribution Ciné + : The Mend (John Magary)

Grand Prix du court-métrage : A Tale (Katrin Thomas)

Mention spéciale : Bla Cinima (Lamine Ammar-Khodja)

Le prix du public pour le long-métrage a suivi le goût du jury, en récompensant Je suis le peuple.

Le prix du public pour le court-métrage a sacré Hillbrow de Nicolas Boone (également couronné du prix Eurocks One + One et du prix Camira)

Réalisateur : (Indisponible)

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Critique mise en ligne le 02 Décembre 2014

AUTEUR
Emmanuel Raspiengeas
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Après avoir longtemps voulu devenir « facteur-Robert Mitchum-journaliste », l’heure des ch...
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