Edito
Carnets de Festival - Arras 2016 jour 1

La pluie fait des claquettes sur les vitres du train qui m’emmène à Arras. Cliché, me direz-vous… C’est là, dans cet écrin mélancolique, que se tient la 17e édition du Arras Film Festival. A l’extérieur, le froid et la grisaille. A l’intérieur du Cinémovida (le cinéma local qui accueille une large partie de la programmation), au milieu des spectateurs, je sens une chaleur, une énergie et un grand désir de cinéma.

Le Arras Film Festival remplit parfaitement le cahier des charges d’un festival de cinéma digne de ce nom : faire voyager, découvrir, rêver, réfléchir, partager… A travers 114 films, dont 80 inédits et avant-premières, le festival se veut résolument éclectique : on peut y découvrir aussi bien les prochaines comédies populaires (Il a déjà tes yeux, par exemple), les plus grands noms du cinéma d’auteur (Cristian Mungiu, Jim Jarmusch, Jeff Nichols, Marco Bellochio, etc.) que le premier film d’un jeune réalisateur européen.

C’est aussi un festival ouvert sur le monde, à travers une compétition européenne, dont le jury est présidé cette année par Jean-Pierre Améris (Les Emotifs anonymes, Une Famille à louer), mais aussi les sections « Visions de l’Est », « Découvertes européennes » et « Cinémas du monde », propices aux belles découvertes.

A Arras, on célèbre aussi ceux qui font le cinéma, certains de nos talents les plus précieux, à travers un hommage rendu cette année à Stéphane Brizé, ponctué par une rétrospective et une leçon de cinéma (le 10 novembre). Un cinéma délicat qui défend ceux qui sont justement sans défense. Un humanisme qui semble imprégner largement l’ensemble de la sélection.

Les films du jour - se libérer de la contrainte

La Jeune fille sans mains, de Sébastien Laudenbach (sortie : 14/12/2016)

Hedi, de Mohamed Ben Attia (sortie : 28/12/2016)

16h30. J’ouvre mon festival par le premier long métrage d’animation de Sébastien Laudenbach (plusieurs courts à son actif), présenté dans le cadre de la section « Découvertes européennes ». Première expérience radicale et premier coup d’éclat, fragile mais puissant. Librement inspiré d’un conte des frères Grimm, La Jeune fille sans mains est un film qui vibre. C’est un film vivant, organique, habité, l’histoire d’une jeune fille vendue au Diable par son père. Privée de ses mains, elle s’enfuit et va faire des rencontres qui vont modifier son destin.

La Jeune fille sans mains est un voyage initiatique cruel et lumineux. C’est surtout un film délicat, difficile à appréhender au prime abord. Il faut quelques minutes pour intégrer la technique de dessin (extrêmement simple) proposée par Sébastien Laudenbach (qui a réalisé tous les dessins lui-même en un an). Cette technique, qui donne un résultat étonnant et assez inédit, proche de l’estampe, repose sur la superposition de couches de dessins peints sur papier. Ses dessins sont des gestes, proches de l’abstraction, des formes plus que des figures, des lignes, des traces qui apparaissent puis disparaissent. Rien n’est vraiment achevé, tout est à reconstituer dans l’imaginaire de chacun. Proche de l’Oulipo (en littérature), Sébastien Laudenbach s’est d’abord imposé cette contrainte pour des raisons financières, mais il est vite apparu que de cette contrainte pouvait jaillir une forme de liberté beaucoup plus grande. Car paradoxalement, son film est profondément incarné. Le corps (féminin) est le sujet même du film. Un corps à se réapproprier pour s’émanciper et prendre sa vie en main.

19h. L’émancipation est également au cœur du premier film de Mohamed Ben Attia, Hedi, présenté dans la section « Cinémas du monde » (dont on peut noter la très belle tenue avec la présence également des nouveaux films d’Asghar Farhadi ou Pablo Larrain). Se libérer des contraintes familiales, du poids des traditions, c’est l’expérience tentée par Hedi, commercial chez Peugeot, dont le mariage (arrangé) est imminent. Sa rencontre avec Rim, une femme indépendante et libre, lui fait prendre conscience qu’une autre voie est possible. Portrait d’un homme et d’une société (tunisienne) qui tentent de se libérer de leurs chaînes, Hedi est un premier film maîtrisé, dont la mise en scène, sensible, révèle les mouvements intérieurs de son personnage principal (joliment incarné par Majd Mastoura, présent à Arras). Le film est produit par les frères Dardenne, et son style en est fortement inspiré (caméra portée, longueur des plans, etc.). On retient notamment une belle scène de danse, filmée en gros plan sur le visage d’Hedi, symbole d’une liberté retrouvée. Le film est un questionnement identitaire, mélancolique et profondément humain. Une jolie réussite.

Réalisateur : (Indisponible)

Acteurs : (Indisponible)

Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 11 Novembre 2016

AUTEUR
Guillaume Saki
[19] articles publiés

« Le cinéma, qui est une interprétation idéalisée de la vie, est lui-même sujet ...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES