Edito
Cannes 2015 : la Compétition

«Le Festival aura bien lieu»

C’est par cette promesse que Pierre Lescure a inauguré hier sa première conférence de presse cannoise, en tant que nouveau président de la manifestation. Et pour son entrée en matière, l’ancien patron de Canal + a sorti l’artillerie lourde, en tranchant singulièrement avec le style de son prédécesseur. Plus de causerie gaullienne au coin du feu, ni d’exposés ronronnants sur l’état du cinéma mondial. Après un rapide hommage à Gilles Jacob, Lescure sort les muscles, et se met en devoir de remercier méticuleusement tous les sponsors de l’événement, moins par politesse que par volonté d’intimidation, afin de rappeler la place du Festival de Cannes dans la galaxie des grands rituels cinématographiques: la première, la centrale, l’indisputée. Avis aux prétendants au trône (coucou Berlin! Coucou Venise! Pas bouger Toronto!). Comme début, c’est carré, efficace, et absolument pas romantique. Dans le rôle de Tywin Lannister, Lescure se révèle convaincant. Cannes, c’est avant tout du business.

Pierre Lescure dans la peau de Tywin Lannister: Cannes is Business

Comme tous les ans, c’est à Thierry Frémaux que revient le rôle plus valorisant d’annoncer les titres des films retenus pour la 68ème édition. Liste encore parcellaire, prête à 90% selon le délégué général, confirmant chaque année la transformation du processus de sélection, de plus en plus long, commençant très tôt, pour se conclure dans les derniers jours précédant l’ouverture du Festival, le numérique permettant aux réalisateurs de travailler sur leurs films jusqu’à l’extrême limite. Surprises supplémentaires à venir très bientôt donc... Autre tendance lourde: l’augmentation du nombre de films visionnés, 1854 très précisément pour cette fournée 2015, contre 1500 il y a 5 ans, et 1000 il y a 10 ans, ce qui donne l’occasion à Frémaux de remercier les différents comités l’aidant dans sa tâche.

Il promet «une belle sélection, qui formulera des hypothèses, et qui a pour mission de mettre des noms nouveaux sur la carte du cinéma mondial». De fait, les 17 titres déjà annoncés mélangent harmonieusement les nationalités, les nouveaux noms et les habitués. Le pays le plus représenté est pour l’instant la France, avec 4 films (5 en comptant le film d’ouverture d’Emmanuelle Bercot, La Tête Haute, hors-compétition). L’occasion pour Frémaux de saluer une belle année pour le cinéma national: «Ca a été compliqué de choisir, un vrai crève-coeur, on aurait pu en mettre 7». Les absents (très) remarqués (Desplechin, Giannolli...) devront se contenter de ces mots doux. Et regarder leur passer devant deux «anciens» : Jacques Audiard, qui s’intéressera au destin de réfugiés Tamoul dans Dheepan, et Maïwenn pour Mon Roi, histoire d’un coup de foudre entre Vincent Cassel et, encore elle, Emmanuelle Bercot. Deux nouveaux venus marcheront dans leurs pas : Valérie Donzelli, avec Marguerite et Julien, adapté d’un scénario initialement destiné à François Truffaut, et la vraie surprise du contingent tricolore, Stéphane Brizé et sa Loi du Marché.

Derrière la France, une autre nation habituée des honneurs cannois revient en force cette année, l’Italie, qui s’offrira une triangulaire dans la course aux prix, avec les derniers opus de Nanni Moretti (Mia Madre, en lice pour une deuxième Palme d’Or, avec Gus Van Sant, également présent avec son The Sea of Trees), Matteo Garrone («qui prouve son élasticité créative après Gomorra  et Reality» selon Frémaux, en proposant Le Conte des Contes, une fresque fantastico-historique), et Paolo Sorrentino et son Youth qui semble une coda à La Grande Bellezza.

Salma Hayek dans Le conte des contes de Mateo Garrone

Dans la catégorie des grands retours attendus depuis de trop longues années, celui d’Hou Hsiao Hsien est sûrement le plus excitant, avec The Assassin, film de sabre ressuscitant la sublime Shu Qi, disparue dans les tréfonds des directs-to-DVD après sa révélation dans Millenium Mambo il y a 15 ans. Le taïwanais «Mister Hou» sera accompagné de deux autres réalisateurs du continent asiatique, chacun primé lors de l’édition 2013, le japonais Hirokazu Kore-Eda et le chinois Jia Zhang-Ke. Du côté de l’Amérique du Nord, en plus de Gus Van Sant, Todd Haynes fait également son retour après plus de 15 ans d’absence, avec Carol, mélodrame mâtiné de road-trip observant le rapprochement amoureux irrésistible de Cate Blanchett et Rooney Mara dans l’Amérique des fifties. Et c’est le canadien le plus prolifique après Xavier Dolan, Denis Villeneuve, qui découvrira à son tour les joies, ou non, d’une première sélection cannoise, avec Sicario. Avant de s’attaquer au remake/reboot/sequel-à-vrai-dire-on-sait-plus-trop-et-on-est-pas-sûr-de-vouloir-savoir de Blade Runner...

Lars Von étant trop occupé à montrer sa énième version de Nymphomaniac, c’est Joachim Trier (aucun lien), encore auréolé du triomphe de Oslo 31 Août, qui fera le déplacement, pour présenter Louder Than Bombs, son premier film en langue anglaise, avec Isabelle Huppert. Les amateurs de film-concept devraient prendre plaisir à percer les brumes de The Lobster du grec Yorgos Lanthimos, qui s’annonce comme l’un des films les plus étranges de cette quinzaine, réunissant Colin Farell, Rachel Weisz (également au casting de Youth), John C. Reilly (au générique du Garrone) et Léa Seydoux dans une mystérieuse résidence pour VIP. Enfin autre film attendu, le Macbeth de Justin Kurzel, le réalisateur du sanguinaire Les Crimes de Snowtown, avec au casting Marion Cotillard et Michael Fassbender.

Michael Fassbender dans Macbeth de Justin Kurzel

Enfin, l’unique premier film de la compétition, Le Fils de Saul, du hongrois Laszlo Nemes, ancien assistant de Béla Tarr, promet sinon un scandale, du moins une polémique, en raison du traitement frontal de son sujet, le travail d’un prisonnier juif d’Auschwitz au sein d’un Sonderkommando. Thierry Frémaux a prévenu que «le film fera parler, et posera des questions sur la façon de filmer cette période». Quelque part, Claude Lanzmann se tient prêt...

Voilà pour la compétition, qui, sur le papier, ressemble à un excellent cru. Arrivé au bout de cette liste, comme tous les ans, chacun ne peut que se perdre en conjectures («Laszlo quoi???»), lamentations («Auschwitz et des Tamouls... Pas de doute, on est bien à Cannes...»), ou ola enfiévrée («SHU QIIIIIIIII!!!» - pardon...), car il faudra bien patienter avant de pouvoir juger, et donner raison à la sentence de François Truffaut, voulant que «les Français ont deux métiers, le leur et critique de cinéma».

Ah, on a failli oublier le plus important: NON, Thierry Frémaux n’a pas interdit les selfies sur les marches. «Nous déconseillons simplement cette pratique ridicule qui bouscule complètement le timing de l’organisation. Nous n’avons pas encore des pouvoirs de police» - «Malheureusement...» répond dans un grognement Tywin Lescure.

La Compétition en détails

Dheepan de Jacques Audiard
La loi du marché de Stéphane Brizé
Marguerite et Julien de Valérie Donzelli
The Tale of tales de Matteo Garrone
Carol de Todd Haynes
The Assassin de Hou Hsiao Hsien
Moutains may depart de Jia Zhang-Ke
Notre petite soeur de Hirokazu Kore-Eda
MacBeth de Justin Kurzel
The Lobster de Yorgos Lanthimos
Mon roi de Maïwenn
Mia Madre de Nani Moretti
Son of Saul de Laszlo Nemes
Youth de Paolo Sorrentino
Louder than bombs de Joachim Trier
The sea of trees de Gus Van Sant
Sicario de Denis Villeneuve.

Réalisateur : (Indisponible)

Acteurs : (Indisponible)

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Critique mise en ligne le 18 Avril 2015

AUTEUR
Emmanuel Raspiengeas
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Après avoir longtemps voulu devenir « facteur-Robert Mitchum-journaliste », l’heure des ch...
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