Edito
Allemagne - Argentine : finale cinématographique

Alors que le Mondial brésilien livrera son dénouement ce dimanche soir, nous avons imaginé un duel cinématographique entre l'Allemagne et l'Argentine, les deux heureux finalistes de la compétition. (Presque-)Cinq films de chaque côté comme autant de tirs au but d'une séance décisive où les nerfs de chacun seront mis à rude épreuve. Reste une question : le fameux adage qui veut que "le foot est un sport qui se joue à onze contre onze, et à la fin ce sont les Allemands qui gagnent", est-il aussi valable dans les salles obscures ? Compte-rendu d'un duel au sommet, entre histoire du cinéma et références footballistiques  !

Duel n°1 :

M le Maudit (Fritz Lang, 1931)  contre ?

Un premier duel parfaitement déséquilibré, où il faut bien avouer que si l’histoire du cinéma doit beaucoup au cinéma allemand (et avant tout à son courant expressionniste des années 1920, porté par Murnau, Wiene…), elle ne nous dit pas grand chose d’un cinéma argentin qui n’a pourtant pas attendu la fin des années 1990 pour exister (au milieu du 20e siècle, l’Argentine produisait une soixantaine de films par an, et était de fait le pays sud-américain le plus développé en la matière). Le film de Fritz Lang, lui, compte aujourd’hui parmi les plus grands longs-métrages du vingtième siècle. Film noir qui figure entre les lignes la montée du nazisme en Allemagne, M le Maudit est aussi l’un des premiers grands films parlant de l’histoire du cinéma. Qui n’a pas en mémoire la traque froide et captivante de ce tueur d’enfant marqué d’un M au dos de son… maillot.

Tableau d’affichage : L’Allemagne prend l’avantage à l’expérience : 1-0

Duel n°2 :

Paris, Texas (Wim Wenders, 1984) contre Tetro (Francis Ford Coppola, 2009)

Wim Wenders contre Francis Ford Coppola. Deux monstres sacrés du cinéma ici expatriés. Si le premier, Allemand, tourne aux Etats-Unis pour y raconter l’émouvante histoire d’un homme qui traverse l’ouest américain à la recherche d’une existence et de sa famille ; le second, Américain, tourne en Argentine une intrigue à peu près similaire : celle d’un jeune marin qui retrouve son frère à Buenos Aires, pour le meilleur et pour le pire. Aujourd’hui culte, Paris, Texas a imposé à sa sortie le génie de son auteur, tout comme une nouvelle vision artistique du territoire américain, plus de trente ans après les derniers westerns, et à l’heure de l’expansion des grandes métropoles. Vingt-cinq ans plus tard, Coppola essaie lui aussi de nous raconter un monde en pause, mais avec le sentiment que l’Argentine n’est qu’une opportunité, et que le film aurait pu tout aussi bien se faire ailleurs.

Tableau d’affichage : Wenders enfonce le clou et permet à l’Allemagne de prendre le large : 2-0

Duel n°3 :

Aguirre (Werner Herzog, 1972) contre Liverpool (Lisandro Alonso, 2008)

Si Lisandro Alonso n’a pas encore la filmographie de Werner Herzog, il partage avec son aîné allemand un certain radicalisme dans la mise en scène, poussant le spectateur dans ses derniers retranchements, et l’invitant à vivre la projection du film comme une expérience, sensible et parfois éprouvante. Tout a déjà été dit sur le chef-d’œuvre de Werner Herzog, porté par l’interprétation folle de Klaus Kinski dans le rôle de ce conquistador parti à l’assaut d’un fleuve rebelle sud-américain. Dans un autre registre, Liverpool suit également un « navigateur », un homme qui travaille dans la marine marchande et qui fait escale à Ushuaia, ville la plus au sud de l’Argentine, pour y retrouver une famille qu’il quittera de nouveau peu de temps après. Parce que Herzog filme la défaite de son aventurier, et que le film d’Alonso porte le nom du plus beau club de foot d’Angleterre, nous accordons ici notre point à l’Argentine.

Tableau d’affichage : L’Argentine réduit la marque : 2-1

Duel n°4 :

Head-On (Fatih Akin, 2004) contre Les Neuf reines (Fabián Bielinsky, 2000)

Deux films cultes du début des années 2000, révélateurs d’une nouvelle génération de cinéastes, et de filmographies nationales qui petit à petit commencent à remonter la pente et à retrouver le chemin des grands festivals. Fatih Akin représente d’un côté le multiculturalisme allemand porté par l’immigration turque des dernières décennies, et accouche d’un drame social et générationnel au cœur de la jeunesse turco-allemande des années 2000. Une claque qui n’a rien à envier au film de Bielinsky (disparu en 2006), polar déjanté qui fera se rappeler au public occidental l’existence d’une pétillante production cinématographique sud-américaine quand tout le monde n’avait d’yeux que pour les pelloches asiatiques. Pas suffisant néanmoins pour s’opposer à l’un des espoirs (devenu confirmation) du cinéma allemand de ces quinze dernières années.

Tableau d’affichage : L’Allemagne accentue son avance : 3-1

Duel n°5 :

Barbara (Christian Petzold, 2012) contre Dans ses yeux (Juan José Campanella, 2009)

Certainement les deux plus récents chef-d’œuvres de chaque pays. Autre espoir du cinéma d’outre-Rhin, Christian Petzold (formidablement accompagnée par la comédienne Nina Hoss), figure désormais emblématique de « l’école de Berlin », prône un cinéma en phrase avec les problèmes liés au passé et au présent de la société allemande. À ce titre, Barbara, du nom de cette médecin exilée en Allemagne de l’Est au début des années 1980, est sans doute l’un des plus beaux films sur cette période jamais réalisé, sorte d’anti-Goodbye Lenin. Face à lui, Dans ses yeux remonte également le temps en suivant un enquêteur à la retraite qui se replonge dans une affaire de meurtre qu’il suivait dans les années 1970. Le film est exemplaire dans la force déployée pour tenir le spectateur en haleine, autour d’un incroyable scénario. Mais surtout, ce film de Campanella (succès public, critique, et festivalier) est une ode déguisée au football, comme en témoigne l’exceptionnel plan-séquence dans un stade. Où le football, religion en Argentine, peut aussi permettre de résoudre des intrigues !

Tableau d’affichage : La grinta et la passion permettent à l’Argentine de sauver l’honneur : 3-2 score final.

L’Allemagne sort donc vainqueur de ce duel sans même avoir alignée Murnau ou encore Fassbinder. À l’expérience, mais aussi grâce au renouveau d’un cinéma longtemps disparu des écrans de contrôle de la critique et du public français, les cinéastes d’outre-Rhin s’imposent logiquement face à leurs homologues sud-américains, qui n’ont pas encore l’expérience de leur adversaire, mais qui aujourd’hui se retrouvent très souvent convoqués dans les plus grandes compétitions. Un résultat qui préfigure la rencontre de demain au Maracana ? A suivre !

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Critique mise en ligne le 13 Juillet 2014

AUTEUR
Jérémy Martin
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