Sorties DVD et Blu-ray
The Bubble

Depuis 2010 et Tempête de Boulettes Géantes, le nombre de sorties de Blu-ray 3D tourne autour d’une soixantaine de titres par an. La 3D stéréoscopique semble donc s’installer, sans pour autant déferler sur nos écrans. Et parmi toutes ces galettes, quelques oeuvrettes vintage se permettent une redécouverte salutaire.

The Bubble en fait en partie et ressort chez Kino grâce au travail de réhabilitation de la 3-D Film Archive. Sorti initialement en 1966, le film est l’oeuvre d’Arch Oboler, génie méconnu chez nous mais figure historique de l’entertainment made in USA. Le gaillard enivre les foules depuis les années 30, à la radio, à la télé, à Broadway et à Hollywood, de ses histoires horrifiques et furieusement captivantes. Avide de nouveaux gimmicks pour scotcher le public sur son siège, Oboler, à l’instar de William Castle, s’intéresse très tôt à la 3D. En 1952, il réalise The Bwana Devil et lance sa fameuse tagline: « The Miracle of the Age!!! A LION in your lap! A LOVER in your arms! ». Oboler est un bateleur, un amuseur public mais sûrement pas un grand réalisateur…

Car l’essence de la 3D est le divertissement pur et dur. Les expérimentations à la Godard et les installations de musée sont une goutte dans l’océan popcorn et acidulé de ce genre qui emprunte plus aux codes de la fête foraine qu’aux canons de la Nouvelle Vague.

Dans les années 50, une jolie tripotée de bandes SF et d’aventure vont sortir dans le sillage de The Bwana Devil. Certains titres sont d’ailleurs ressortis en Blu-ray: L’Homme au Masque de CireLa Piste Fatale ou L’Etrange Créature du Lac Noir… 

Mais les sensations fortes dans la salle de ciné ne suffisent pas à faire survivre un genre qui meurt de la lourdeur du matos nécessaire sur les plateaux.

Et c’est encore Oboler qui ressuscite le dispositif en 1966 pour les besoins de The Bubble. On inaugure à l’occasion son procédé Space-Vision. A la place des deux caméras nécessaires dans les 50s, une seule suffit dans ce procédé qui produit un joli cinémascope sur grand écran. Le Space-Vision sera d’ailleurs le seul procédé utilisé à grande échelle jusqu’à la révolution cameronienne des années 2000.

Si Oboler a la technique, il tient aussi une histoire. En pleine période The Twilight Zone, le public adore les bandes de SF. On songe à l’épisode Stopover in a Quiet Town de la saison 5 de la série culte quand on découvre, au début du film, un jeune couple  installé dans un avion aux prises avec une tempête. Madame (Deborah Walley) est enceinte et Monsieur (Michael Cole) s’inquiète. 

Les premiers effets 3D s’impriment sur notre rétine pendant que, miraculeusement, le coucou atterrit sur une étrange piste. Madame accouche dans la clinique d’une petite ville qui s’avère peu accueillante. La rue principale ressemble à un décor de cinéma, avec son saloon, sa fête foraine et ses habitants effectuant les mêmes gestes sans s’adresser un mot. Cadre angoissant mais qui ne pousse pas le jeune couple à la fuite. Car il faut en mettre plein la vue au spectateur. On a donc droit à quelques effets de jaillissement d’objets divers. Tout cela est réjouissant mais on se demande toujours pourquoi notre couple, devenu un trio avec le couffin, ne prend pas ses jambes à son cou. Enfin, quand la décision est prise, elle s’avère inutile car le village est enfermé sous une immense cloche de verre. Sous ce dôme (non, le monde n’est pas né avec Stephen King…), Mark et Katherine vont tenter de survivre.

Si Oboler partage le narcissisme et l’éclectisme d’Orson Welles, il n’en tutoie pas le talent de mise en scène. Mais il le sait bien. Ses précédents efforts n’ont finalement rencontré qu’un faible succès d’estime. Qui se souvient qu’il fut le réalisateur du premier post-apo avec Five en 1951? 

The Bubble est une bande sans réelle inventivité. La vedette, c’est la 3D et uniquement la 3D au point que la première version de 1966, longue de deux heures, multipliait à l’excès les démonstrations inutiles en relief. Lassant pour le public (gros bide dans les salles) et les executives qui, en 1976, ressortirent le film dans une version de 90 minutes sous le titre un rien mensonger de Fantastic Invasion of Planet Earth.

Le disque qui parait chez Kino est correct sans plus. L’image, présentée dans le format d’origine 2.55:1, présente encore des scories ça et là mais n’altère pas la 3D qui fait encore son effet après 50 ans. Ecran 3D et lunettes nécessaires évidemment car la version 2D, présente sur la galette, n’est, évidemment, d’aucun intérêt.

Le son, en DTS-HD Master Audio 2.0 mono, est impeccable et soutient parfaitement l’image. Les bonus sont maigrichons et ne détaillent que modestement l’énorme travail de restauration effectué à partir des bobines originales en piteux état.

The Bubble vit donc une troisième naissance grâce au home cinéma. Joli cadeau posthume au sieur Oboler qui paradoxalement, détestait la télévision au point d’en faire un objet maléfique dans son oublié The Twonky.

Durée : 01h32

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 23 Septembre 2015

AUTEUR
Daniel Rezzo
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