Sorties DVD et Blu-ray
Série B en mode mineur

Piège en trouble et enfer carcéral au programme de la collection « classiques américains » de l’éditeur Artus films, consacrés aux trésors cachés de l'âge d'or du cinéma hollywoodien.

Retour à la case prison

Premier film à ouvrir les hostilités, l’inédit Le Pénitencier du Colorado de Crane Wilburd reste, au-delà de la présence du mythique chef opérateur John Alton au générique et d’un Scott Brady juvénile aux faux airs de Marlon Brando, une petite série B sans grande envergure coincée dans les couloirs du temps. Cherchant à émuler le style documentaire d’un Jules Dassin sur les excellents Les démons de la Liberté et La cité sans voile, le réalisateur du sympathique The Bat avec Vincent Price, accouche d’un film de prison terne et sans grand relief.

Entre voix-off paternaliste et didactique, surlignant ad nauseam la dramaturgie du récit, et un scénario aussi austère qu’un rapport de police, Le Pénitencier du Colorado n’est sauvé que par quelques fulgurances de mise en scène, à l’instar d’une discussion anxiogène où l’ombre d’un des interlocuteurs se reflète sur le visage angélique de Scott Brady et lors d’une prise d’otage, où le travail de composition de John Alton accentue la tension par une gestion savante de la profondeur de champ. Rehaussé de la mention « inspiré de faits réels », véritable cache misère pour masquer le manque d’ambition de ses instigateurs, Le Pénitencier du Colorado est malheureusement très loin d’égaler les classiques du genre et ne sort de l’oubli que pour y retomber, une fois le générique de fin terminé.

Sur un air de comédie

Plus recommandables les deux autres types de la collection, L’île des pêchés oubliés et Le pirate de Capri investissent le genre du film d’aventure maritime sous la direction du petit maître de la série B, Edgar G. Ulmer. Connu pour ses incursions réussies dans le cinéma fantastique (Le chat noir), le film noir (Détour) ou le western (Le bandit), Ulmer se mesurait ici à un genre dominé à l'époque par les succès successifs des Captaine Blood et L'aigle des mers de Michael Curtiz, maîtres étalons du « swashbuckler » et du film de pirates. Naviguant encore entre deux eaux, un pied dans l’escarcelle du film noir et l'autre dans celui de la « screwball comedy », L’île des pêchés oubliés ne s'aventure que très rarement dans le domaine de l’aventure et fait surtout la part belle aux savoureuses prises de bec entre Frank Fenton et John Carradine autour de la délicieuse Gale Sondergaard en tenancière maison close.

Cinéaste contrebandier

Croisement entre les aventures de Zorro et Le Comte de Monte-Cristo, Le Pirate de Capri nous plonge quant à lui en pleine période d’insurrection dans le Naples de la fin du 18iéme siècle. Trois ans après avoir interprété Edmond Dantès dans The return of Monte Cristo, Louis Hayward y incarne à nouveau un de ses nombreux avatars masqués, le Comte d’Amalfi alias le pirate de Capri, tour à tour confident de la reine et vengeur masqué. Doté d’un budget plus important que L’île des pêchés oubliés, Le Pirate de Capri joue pleinement la carte du sérial décomplexé entre intrigue de cour, tortures de jeunes vierges éplorées ou duel à l’épée, et laisse entrevoir ce qu’aurait pu devenir le cinéma d’Ulmer extirpé de l’enfer de la série B à petit budget. De la trés belle scène d’abordage qui ouvre le film au duel final sur les marches du théâtre de la reine, Ulmer  semble se fondre derrière le masque de son héros vengeur, jouant sans cesse du parallèle entre comédie et piraterie, pour mieux tracer son chemin de cinéaste contrebandier et apatride.

Disponible dans des copies qui montrent sans fard l’usure du temps, les trois titres de la collection dénotent avec les standards habituels de l’éditeur Artus films. Rayures nombreuses, noir et blanc terne et absence de piqué, cette nouvelle livraison relance à nouveau le débat sur la distribution d’œuvres oubliées et à faible potentiel commercial. Les amateurs de copies restaurées en seront pour leur frais, les autres seront prévenus mais difficile d’imaginer que ces trois série B en mode mineur trouvent un écrin plus flatteur en vidéo de sitôt.

 


 

Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : 18-01-2016
Date de sortie BE : 18-01-2016
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Critique mise en ligne le 27 Février 2016

AUTEUR
Manuel Haas
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Biberonnée au cinéma populaire, ma cinéphilie ne connaît pas de frontières et se ...
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