Sorties DVD et Blu-ray
Nymphomaniac Director's cut

J’avais quitté la version salle de Nymphomaniac frustré. Un film sur la nymphomanie censuré de ses scènes sexuelles ne pouvait assurément être que déceptif. La version salles n’avait d’ailleurs pas été adoubée par Lars, suggérant implicitement au spectateur et cela dès le générique que ce n’était tout simplement pas « son » film qu’il allait s’apprêter à regarder. Quoi de plus naturel dès lors, pour tout cinéphile amateur du cinéma pessimiste du Danois que de se procurer le Director’s Cut sorti en janvier en DVD.

Comparatif version courte / version longue

La première vérité qui se dégage de cette version longue (une grosse heure en plus) souligne ce que l’on supposait déjà, Nymphomaniac n’est pas un film d’auteur pornographique. Les scènes rajoutées, coïts non suggérés, n'agissent pas comme une accumulation de gros plans destinés à exciter le spectateur. C’est tout le contraire. Le sexe tantôt lugubre ou a contrario plutôt comique n’agit qu’en tant que révélateur de la psyché de Joe. Les pénétrations, fellations, cunilingus ou autres tentatives de masturbation n’ont pas grand-chose à voir avec le cinéma pornographique qui en tentant de se rapprocher de la vérité sexuelle ne fait que s’en éloigner davantage. Lars fantasme la vie sexuelle d’une nymphomaniaque mais il ne fantasme pas du tout la sexualité elle-même. Rarement un film ne s’est autant rapproché de la vérité crue et nue de la chair qui s’emmêle et se défait.

Plus que l’acte sexuel (incroyable effet numérique qui nous laisse à penser que les acteurs ont réellement participé à cette grande messe de la fesse alors qu’il n’en est rien), plus que le corps meurtri de Joe, c’est sa psyché qui nous est encore mieux révélée dans cette version longue. Une grande nuance s'opère entre sa jeunesse (et l’interprétation assez candide de Stacy Martin) de sa période de maturité dépressive (Charlotte Gainsbourg délaissant la naïveté pour une assurance mortifère). A la lumière de ce Director’s Cut, le personnage de Joe apparaît sous un angle plus schizophrénique, manipulatrice malgré elle. Sa relation avec Seligman est aussi beaucoup plus dense et fouillée, révélant des conversations plus profondes et plus révélatrices. Si on peut s’interroger sur la capacité de Lars Von Trier à exceller dans la description de personnages féminins (jusqu’à se demander s’il n’est tout simplement une femme dans l’âme), on reçoit le personnage de Seligman comme un double du réalisateur, timide, presque coupable de vivre son existence à travers la littérature, jusqu’à ce qu’il succombe finalement à une pulsion, la seule que son existence névrosée aura su lui abandonner. Stellan Skarsgard l’incarne avec une justesse assez sidérante qui m’avait échappé lors de la version salles. Ce sont donc bien les personnages qui prennent corps dans cette version allongée, habitant la pellicule avec une prodigieuse humanité.

Scène (épreuve) rajoutée : l'avortement

D’humanité il est question dans la scène la plus difficile à regarder et auxquels les spectateurs de cinéma ont échappé… une scène d’auto-avortement filmée comme un film pornographique, dans un gros plan gonflé des hurlements de Charlotte Gainsbourg, qui rappelle les minutes les plus sombres d’Antichrist. Charlotte toujours… Hallucinante scène qui fera chavirer plus d’un œil et posera avec acuité la question même de l’existence, petit lambeau de chair qu’on s’arrache en saignant. Cette version longue est une épreuve… nul n’en sort indemne, ni les personnages, ni nous.

Quid des bonus ?

Rayon bonus. En entrée, une analyse comparative des deux versions par Philippe Rouyer, splitscreen à l’appui. Exercice toujours passionnant qui déchiffre l’art cinématographique à grand renfort de pellicule. Quatre interviews en plat de résistance, celle de Stacy Martin qui questionne notamment le gouffre qui sépare la Joe qu’elle joue et celle interprétée par Charlotte Gainsbourg. Une de Shia Leboeuf pas franchement passionnante qui dresse un éloge à Lars. Beaucoup plus fascinante celle de Charlotte qui parle du travail si particulier qu’elle a accompli sur scène, on remarque surtout l’intensité si particulière du regard de l’actrice quand elle a fini de répondre à une question. Scotchant ! Skarsgard enfin pour conclure parle de Lars encore et de sa vision de la liberté sexuelle. Enfin le dessert, un entretien entre Rouyer et Jorgen Leth, l’ami réalisateur de Lars que ce dernier avait torturé sur le tournage de Five Obstructions. Curieux de voir le réalisateur commenter le travail de son ami sadique (Lars aime en châtiant), curieux mais pas dénué de vérité. N’est-il finalement question que de cela dans ce film. Parler des autres mieux qu’ils ne le feraient eux-mêmes comme sur la scène d’un théâtre intimiste, la chambre de Seligman estrade d’une représentation où Lars ferait converser, dans une joute de chair et de sang, son yin et son yang.

Pour vous procurer le film sur le site de Potemkine, cliquez ici

Réalisateur : Lars Von Trier

Acteurs : (Indisponible)

Durée : 5h25

Date de sortie FR : 06-01-2015
Date de sortie BE : 06-01-2015
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 13 Février 2015

AUTEUR
Cyrille Falisse
[972] articles publiés

Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES