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Les Sévices de Dracula

Un homme fuit entre les arbres d’une forêt broussailleuse, privée de couleurs vives. Il est comme pris dans la pierre, dans une jungle de branchages tortueux, dans les griffes du mal qui le regarde. Il est poursuivi. Bientôt il mourra brûlé vif. Comme l’hérétique, comme le sorcier qu’il semble être aux yeux réprobateurs de l’Eglise.

Les Sévices de Dracula est un bel objet difficile à investir. Un assemblage de tableaux, splendides mais dont l’essence peinerait à embrasser l’étincelle. Comme un liquide coulant sur nos yeux. Non pas des larmes, ni même du sang. Mais une certaine beauté fluide, fantasmatique. Un regard plaisant mais jamais enrobant. Pourtant tout y est : la photographie flamboyante et les décors chichement somptueux, le film est estampillé Hammer jusque dans ses tréfonds sans jamais atteindre l’inspiration géniale de ses plus grands fleurons. L’intérêt en devient purement fétichiste tant il est bon de plonger dans cet univers marqué, quasi uniforme. Comme si un film unique se répétait infiniment devant nos yeux avec ses envolées géniales et effondrement miséreux qui l’amèneraient à ne jamais vraiment parvenir à ses fins.

Les sœurs Collinson sorties tout droit du papier glacé quoique brulant de Playboy (et que l’on imagine plus qu’aisément retournées mourir sous ces mêmes pages) incarnent les nièces jumelles de Peter Cushing, représentant du pouvoir absolu de l’Eglise primitive. Sous le joug de leur oncle, elles mourront d’ennui jusqu’à la convoitise de transgression qui animera l’une d’entre elles. L’inaccessible ici représenté par la débauche mondaine faite homme : le compte Karnstein. Homme et bientôt non vivant jetant son regard dévolu sur la chair fraiche peuplant son territoire. Petit village en pied de colline en deçà de son impénétrable forteresse où l’on dit qu’il se passerait des choses.

Sans jamais vraiment le montrer Karnstein endosse le rôle clef, le rôle premier. Bien loin d’être aussi passionnant qu’un Cushing tout en cruauté maladive, empruntée, presque touchante et bien moins amusante que les sœurs érotisées. Le film clôture un triptyque couleurs froides/couleur sang consacré à la dynastie du comte lui-même descendant d’une nouvelle antérieure au magnifique Dracula de Bram Stoker.

Tout ou presque pour l’esthétique donc. Et pour l’émotion onirique qui pourrait en découler. Jusqu’à la figure de la gémellité n’apportant que peu de subversion si ce n’est celle d’un éternel fantasme maintes fois usité. Et un enjeu narratif, dramatiquement assez puissant mais évident. L’essentiel d’un suspens en dents de scie doublé d’un rapide coup d’œil sur ce qui construit l’humain. Et ce au sein même d’une fratrie jumelle. L’une comprendra aux dépens de l’autre que seul les vendus survivront. Vampirisée dans son sang d’un mal qu’elle portait déjà en elle. Un démon investissant les jeunes femmes. Avant même l’attrait pour la mort éternelle arrive le gout du désir et de la chair. Le mal se scinde chez les indiscernables. Mais par quels moyens ? Peut-être par fuite de l’oppression familiale et politique qu’elles subissent. Les dominants, ceux du château, sucent, dévorent et modèlent à leur guise les dominés, les indigents. Entre il y a la volonté divine ou ceux qui se prétendent en être les représentants et les penseurs libres. C’est bien là tout le propos. Éternellement récurent, presque indéfectible. En adéquation avec l’époque qu’il dépeint, diront certains. Laissons bruler ces sorcières.

Sortit en parallèle d’un mouvement de renouveau libertaire, ce film de la Hammer se garde bien d’évoluer. Ne jamais s’éloigner du père, du modèle étalon. (Ici, Terrence Fisher et ses plus grands films) Et c’est sans doute ce qu’il le rend à la fois si touchant et grotesque. Si clairement identifiable. John Hough, pas totalement en dehors de toute réalité, cherche cependant à montrer un film sans tabous. Comme une fierté affichée d’un cinéma sans ambages. Un ancêtre qui se voudrait à la fois daté et contemporain.

Tâche remarquable mais compliquée. La crudité n’atteint jamais le réalisme horrifique d’un Romero et Polanski reste bien supérieur en matière de suggestion. Les Sévices de Dracula est sexué jusque dans ses plus infimes détails. L’écorce des arbres se fait épiderme soyeux qu’il est bon de caresser. Une bougie brûlante, encerclée par une main frêle et innocente, n’a plus de désir que de se laisser couler. C’est beau, amusant, simple et accueillant mais tellement évident et anachronique qu’on peut sentir le film se vider de toutes autres velléités que d’advenir à un bel objet marqué du sceau de ses ancêtres.

Les disques :

On peut noter un superbe travail de Elephant Films tant au niveau du piqué de l’image (quelques fourmillements pas dérangeant et difficilement évitables) que de la restauration des couleurs. Hommage rendu aux films, souvent magnifiques, de la Hammer. Leurs nuits n’auront jamais été aussi bleues, ni leur sang aussi rouge que dans Les Sévices de Dracula, incompréhensible traduction de Twins of Evil.

Vous pouvez retrouvez ici les critiques du Cirque des vampires, de La fille de Jack l'éventreur et de La comtesse Dracula  également édités par Elephant Films dans sa collection Hammer Films.

Réalisateur : John Hough

Acteurs : Inigo Jackson, Judy Matheson, Peter Cushing,

Durée : 1h27

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 05 Novembre 2014

AUTEUR
Lucien Halflants
[127] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de...
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