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Huit Heures de Sursis

C'est au coeur d'une Irlande fantasmée où les rêves d'humanité se font concrets que débute cette histoire, au sommet des allures élégantes de conte de Noël. La neige tombe pour plus de lumière sur les émotions tragiques, la neige tombe sur un homme fraîchement frappé par un balle à l'épaule.

Cet homme c'est Johnny McQueen, (James Mason) récent meurtrier perdu dans ses hallucinations entre fuite de l'évidence et recherche de vérité. Il a traversé l'infranchissable, en troquant son statut d'opposant politique pour celui de meurtrier. Nous pénétrons son esprit malade, questionné par sa condition, troublé par les litres de sang perdus, par la douleur physique et morale qu'aura imposé son récent passé. Nous sommes Johnny McQueen et nous le serons jusqu'à ce que comme un coup de feu la fin s'écrase au creux de nos yeux.

Démarre alors, une errance faite d'amour et d'agonie, une éperdue chasse à l'homme. James Mason le sait il est aimé et détesté. Il est recherché. Par la police, par ses amis, ses ennemis, par la peur qui le poursuit. Elle traîne autour de lui, flairant son corps déjà presque poussière blanche, bien plus terrassé par la peur de ceux qui l'entourent que par la balle dans son aile gauche, que par la mort elle-même.

L'oiseau est meurtri. Il va mourir, son corps s'éteindra définitivement alors même que son âme paraît déjà s'évaporer. Son esprit, sa hargne, sa passion, laissent place à l'unique peur d'oublier sa liberté, de la perdre au profit des autres, ceux que l'on protège, ceux qui ne veulent se mouiller. Mais de tout cela la mort le délivrera.

Comme un spectre solidifié, il avance inactif et tremblant vers un but inconnu, se laissant avaler par toutes les ombres d'une ville engourdie par les millions de flocons tombés du ciel. Il traîne sa fiévreuse carcasse dans le froid cru de chacun des plans. A travers son regard, on peut sentir l'inévitable pénétrer la pellicule de ses pas lourds. C'est dans ce rêve cauchemardé, dans une lumière noire et tranchante qu'arrive la fin dans un ultime soulagement.

Alors que les sirènes des bateaux chantent comme un au revoir à deux âmes s'échappant, un paquet de chair et d'os sur la place enneigée semble nous dicter la mort. Un prêtre se tait, un policier parle, les paquebots s'en vont en hurlant. Puis comme pour suivre une ascension, le regard s'élève et à travers les légères gouttes de neige, on peut apercevoir le clocher. Il est minuit. Huit heures se sont écoulées.

(Le film ressort dans une restauration plus que correcte chez Elephant Films. Commentaires passionnés de Jean-Pierre Dionnet et qualité sonore irréprochable. On peut cependant blâmer un grain un peu trop présent dans certains plans.)

Réalisateur : Carol Reed

Acteurs : James Mason, Robert Newton, Cyril Cusack

Durée : 1h56

Date de sortie FR : 20-08-2014
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 16 Mars 2014

AUTEUR
Lucien Halflants
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Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de...
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