Jouissif ! On ne va tout de même pas bouder son plaisir sous prétexte que la mise en scène de God Bless America ressemble à celle d’une série TV des années 90. Parce que quand le héros du film, Frank (Joel Murray) balance comme si de rien n’était « I hate this country » en parlant de sa jeune nation lénifiée par la vacuité crasse des programmes TV, on se dit qu’on va passer un bon moment. Et c’est le cas !

Frank est un paumé, avachi dans son canapé, qui avale toute la bêtise humaine en jonglant entre les émissions de télé-réalité. Il semble condamné à les subir. Pêle-mêle fissurent la surface de l’écran des programmes de découverte de chanteurs où on humilie les casseroles, des émissions où on enferme des gens décérébrés dans une maison, des talk shows où les animateurs vedettes fondent leur succès sur une diatribe agressive, des démonstrations de cascades dangereuses par des groupes de demeurés qui rient en se shootant dans les parties parachèvent la mosaïque du vide… Tout ce que la TV a de plus fin est déversé dans le cortex de notre ami qui apprend qui plus est qu’il a un cancer incurable et qui est congédié de son boulot parce qu’il a offert un bouquet de fleurs à une collègue (harcèlement sexuel au taf). Avant de mettre fin à ses jours, Frank décide donc de tuer une petite peste de la TV réalité, l’avatar des gamines de MTV à qui les parents organisent une fête d’anniversaire écoeurante d'indécence. Le meurtre en entraîne d’autres et associé à une jeune ado rebelle, ils complètent les magnifiques couples de tueurs en série de l'histoire du cinéma.
Le réalisateur Bobcat Goldthwait, acteur de cinéma et de télévision, n’y va pas de main morte. Les chaînes de TV américaines en prennent plein la tronche. C’est un procès d’1h30 où les armes remplacent progressivement le discours, une longue course poursuite contre la bêtise. Les deux personnages, archétypes de figures cinématographiques américaines, le looser et l’ado mal dans sa peau, se pourfendent d’une auto justice sanguinaire, bien aidé en cela par le deuxième amendement de la constitution autorisant les citoyens à avoir des ports d’armes. Le duo mal fagoté ne s’en prive pas.
Deux regrets cependant dans cette croisade contre le mauvais goût. On peut être déçu du personnage de l’ado, Tara Lynne Barr, dont la voix stridente et monocorde plombe un peu l’ambiance caustique. L’autre point mort du film c’est sa mise en scène, très pauvre ! Elle accumule les figures de style comme s’il fallait remplir un cahier des charges famélique. Cadre légèrement mouvant, couleurs fades, champs contre champs, rien de bien folichon. Le film finit parfois par ressembler à ce qu’il dénonce, à savoir la TV réalité… dans sa forme évidemment ! D'ailleurs la fin du film proche de celle de Reality de Matteo Garonne prend possession d’un lieu emblématique pour le transformer en mausolée. Le film poussant le plaisir jusqu'à réaliser le fantasme de beaucoup de spectateurs atterés.

Au bout du compte, on s’interrogera sur l’avenir de la télévision comme média formateur et de ce qu’il procure comme ambition à ceux qui le regardent. Le personnage subit la télévision pour la critiquer. On lui conseillerait tout simplement de l’éteindre. Mais alors de quoi parlerait-il avec les gens puisque ces derniers s’inspirent de ce médium pour nourrir leurs ébauches de conversations socialisantes. Back to the stone age, voilà ce qu’il faut. En tout cas le film suggère de repenser cet instrument de propagande et ce n’est pas inutile. C'est un petit film qui ne dépasse guère son sujet mais qui est assez réjouissant !
God Bless America sort en DVD le 5 février 2013
Acteurs : Joel Murray, Tara Lynne Barr, Mackenzie Brooke Smith, Rich McDonald, Melinda Page Hamilton, Guerrin Gardner, Andrea Harper
Date de sortie FR : 10-10-2012
Date de sortie BE : (date indisponible)

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