Sorties DVD et Blu-ray
Django

Dernier-né de la franchise et succès planétaire, Django Unchained est l'occasion pour Wild Side de nous livrer une réédition du film princeps, le seul et l'unique, Django. Graal du western bis italien, le film ressort dans un joli boîtier. Faute de goût, le nom de l'inénarrable Quentin Tarantino apparaît, sur la jaquette, en plus gros caractères que celui du réalisateur du métrage original, Sergio Corbucci. Quentin fait vendre... Petit secret que je partage avec nos fidèles lecteurs : à côté des DVD dont QT est le réalisateur, je dispose d'une longue série de galettes qui sont, affirment-elles en grand et souvent en travers, « approuvées par QT », « adorées par QT », « produites par QT »... A quand « vu par QT, qui n'a fait aucun commentaire » ? « envoyé à QT qui n'a pas donné suite » ? « Le film que QT aurait aimé avoir vu » ?

Revenons à Django. On est dans les sixties et les Italiens aiment l'argent. Le western fonctionne encore bien aux Etats-Unis et Sergio Leone vient de produire la bombe éthérée, aérée et aérienne Et Pour Quelques Dollars de Plus. Le public adore. Les dollars affluent. Dans le petit monde des artisans transalpins, on sent le potentiel du genre et le fumet agréable des pépètes. Mais en Italie, pas de répétition à l'infini. En Italie, on ne copie pas, on adapte. En Italie, on ne plagie pas, on s'inspire.

Actif depuis le début des années 50, Sergio Corbucci fait partie de ces artisans du cinéma populaire à l’affût des tendances et des succès à venir. Le western est en vogue. Sergio va donc faire du western (déjà pratiqué dans ses précédents et dispensables Massacre au Grand Canyon, Le Justicier du Minnesota et Ringo au Pistolet d'Or). D'autant plus que cette idée d'un justicier solitaire, incarnée par Clint Eastwood pour Leone, lui plaît bien. Par hasard, il tombe sur une bande dessinée dans laquelle le héros traîne un cercueil. L'image a de la gueule et sera du meilleur effet sur grand écran.

Ne manquent plus que les financements, une équipe et des acteurs. Pour l'histoire, on verra après... Ce qu'il y a dans le cercueil ? Peu importe, on trouvera bien quelque chose en cours de tournage. Le montage bancal se construit douloureusement. Sergio décroche in extremis une coproduction espagnole qui lui permet de tourner quelques scènes près de Madrid, mais surtout de boucler un budget plus que serré. Il engage son équipe habituelle (dont l'inévitable Ruggiero Cannibal Holocaust Deodato) et part à la recherche d'un clone de Clint Eastwood. Et c'est Franco Nero (qui, entre nous, tient plus de Terence Hill que de Big Clint) qui décroche la timbale. Le tournage commence donc près de Rome.

On fait avec ce qu'on a sur le plateau. Il fait froid et boueux pendant l'hiver romain en 1965. Le western sera donc froid, glacial même et humide. L'ambiance, imposée par les conditions météo, colle parfaitement à l'atmosphère que cherchent à rendre à l'écran Sergio and Co. On tutoie le fantastique quand on découvre le générique. Django (Corbucci était un grand fan de Django Rheinardt, véridique !) traîne un cercueil dans les plaines grises. La musique entêtante de Luis Bacalov enrobe ce type qui vient de nulle part. Ambiance brumeuse, costume foncé. Vampire qui tire plus vite que son ombre, Django traîne son cercueil et un secret douloureux. Il débarque dans une petite ville miteuse, quasi-désertique, où seul un saloon, mi-bordel mi-théâtre miteux, semble tenir debout.

Deux clans s'y affrontent. Le Major Jackson (Eduardo Fajardo) est une crapule raciste et fanatique, à la tête d'une petite armée de gugusses vêtus d'une cagoule rouge. On pense furieusement au Ku-Klux-Klan même si, détail savoureux, Deodato nous affirme dans les bonus que cette solution s'est avérée nécessaire. Les figurants sont laids du côté de Rome, dixit Ruggiero. Mieux valait cacher leurs visages... De l'autre côté, il y a l'armée du Général Hugo Rodriguez, mexicain et, inévitablement, révolutionnaire (entre nous, je n'ai que rarement vu un Mexicain qui n'était pas révolutionnaire dans un western...). Qui dit Mexicain dit donc révolutionnaire, sale, grassouillet, mal rasé, cruel et quelque peu misogyne (en bref, une femme = un bout de viande). Rôle que José Bodalo tient à la merveille.

La suite, ce sont des moment de grâce. Ce sont ces petits moments qui viennent titiller nos émotions primitives. Seuls les Italiens arrivent à jouer avec un tel talent avec nos cordes sensibles. La vengeance est exacerbée et surlignée par des effets de mise en scène. La cruauté est graphique et jouissive. La triangulation des enjeux est cornélienne et mélodramatique. L'histoire est simple mais universelle. On adore.

On est à mille lieux du perfectionnisme de Sergio Leone. Reconnaissons-le : Corbucci est un gros paresseux. Comme l'avoue Deodato, le film se fait au jour le jour. Et encore, quand le réalisateur daigne venir sur la plateau, souvent en milieu de journée. Mais c'est de cette spontanéité, de cette absence de maniérisme et de cette improvisation que naît le spectacle. Le spectateur rit des imperfections de mise en scène mais se laisse entraîner sans peine dans les tourments de Django.

Notre (anti-)héros est peu étoffé. Inhumain et désincarné, il n'est l'expression que d'un seul dessein : la vengeance. Franco Nero n'a qu'à lancer un regard bleuté pour exister. Mine ténébreuse, expressions monolithiques, Django est la Justice. Ne reculant devant aucune violence, Django atteindra (ou pas) son objectif, sans une quelconque autorité pour l'en empêcher.

Immense succès planétaire, cultissime au Japon et en Allemagne (tiens... Comme Mireille Mathieu...), Django a enfanté une multitude de suites, toutes plus irrévérencieuses et officieuses les unes que les autres. La figure du justicier solitaire et nihiliste sera usée jusqu'à la corde durant les quarante années qui suivirent.

Raison de plus pour se pencher sur l'original, réédité par Wild Side. Du format original 1.66, l'éditeur nous offre un joli 16/9ème, dont seuls quelques défauts de pellicule viennent ternir le visionnage. Le son mono n'a pas souffert des outrages du temps et les bonus (entretiens avec Franco Nero et Ruggiero Deodato) sont désarmants de simplicité chez Ruggiero et de gentille arrogance chez Franco. A noter, le délicieux livret, pondu par Jean-François Giré, qui revient de manière exhaustive, au prix de quelques fautes d'orthographe (ce n'est pas chez le Passeur que cela arriverait!), sur l'un des meilleurs westerns spaghetti de l'Histoire.

 

Durée : 01h32

Date de sortie FR : 10-11-1966
Date de sortie BE : (date indisponible)
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 12 Mai 2013

AUTEUR
Daniel Rezzo
[160] articles publiés

Petite route du Nevada, inondée de soleil. Deux personnes au bord de la route. Contraste. Homme jeune, atti...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES