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Une ville, 5 films : New York

Boule à facette multicolore, New York ne cesse d’intriguer les cinéastes, tant par la diversité de ses quartiers, son histoire, ses merveilles urbaines que par sa face plus sombre, mystérieuse, dangereuse, alternative. La ville a été, et continue d’être le décor des mises en scènes cinématographiques des plus traditionnelles, ennuyeusement clichées, aux plus originales et décalées. On s‘éloignera d’un choix de films trop homogène afin de pouvoir jongler entre les époques, les lieux, les styles et les genres. Du réalisme au romantisme, on s’attardera aussi bien sur une comédie qu’un film musical, en passant par la science fiction. Seul impératif de cette démarche, Big Apple ne peut être contextuel, il doit jouer un rôle majeur, si ce n’est être le personnage principal de la fiction.

New York New York, de Martin Scorsese (1977)

Enfant du Queens et de Little Italy, Martin Scorsese trouve une inspiration sans limite dans sa ville natale et aura su capturer à peu près toutes les ambiances, toutes les finesses de ses quartiers fétiches, notamment dans Raging Bull, Taxi driver, Mean Street, Les Affranchis, Gangs of New York, et récemment le Loup de Wall Street.

New York New York s’apprécie tout en mélodie, rien de plus naturel pour ce film musical du New York d’après guerre. Lumières éblouissantes, néons électriques, Broadway brille de mille feux et New York, grandiloquent, est avant tout une énorme fête qui rassemble la foule, les chanteurs et autres artistes. Mais ce film est surtout une incroyable expérience innovatrice où fusionnent deux conceptions distinctes du cinéma, construites en parallèle aux deux visions que le réalisateur a de sa ville. A la démesure d’un Hollywood idéalisé et idéalisant, Scorsese se détache en même temps des grilles de lectures traditionnelles par l’improvisation de ses acteurs, et rend l’œuvre comme la ville beaucoup plus intimiste.  A la fois classique et tout à fait singulier, Scorsese prouve par New York New York, que s’il « can make it there, we can make it anywhere ».

Gimme me the loot, de Adam Leon (2012)

Véritable odyssée urbaine, Gimme me the loot fait resurgir dans un réalisme d’une simplicité foudroyante les côtés alternatifs, artistiques et underground d’un Bronx bien trop souvent stéréotypé. Adam Leon offre par sa caméra tremblotante un hymne d’amour au street art, à la culture hip hop, à l’ébullition d’un quartier tiraillé entre squats et terrains vagues. Ce New York est intrépide, drôle et aventureux, à l’image des deux adolescents qui l’incarnent parfaitement. Comble de la personnification, ils lui donnent même un nom, le leurs, et passent leur journée à le taguer sur tous les murs de la ville. Mais surtout, c’est toute l’électricité du quartier qu’on observe depuis les toits de la ville. Oubliés les plans en plongé et contre plongé depuis les immeubles, c’est bien en haut des édifices qu’on prend le temps d’observer, à l’horizontale, un panorama qui tranche par sa sérénité avec le foisonnement d’en bas.

Breakfast at Tiffany’s, de Blake Edwards (1961)

Toujours à la recherche d’un rayon de soleil, le film illumine l’East Side et la célèbre 5e avenue de ses couleurs éclatantes. Dans les années 50, la ville est le terrain de jeux, ou plutôt de chasse de la très raffinée Holly Golightly (Audrey Hepburn). Plans d’ensemble sur Manhattan, la National Public Library ou encore Central Parc, Holly Golightly est en accord parfait avec les quartiers qu’elle fréquente : sophistiqués, rayonnants, élégants, à l’instar musical de son interprétation de Moon River.

L’héroïne rejoint également sa ville sur la sempiternelle opposition entre apparences et réalités. Elles cherchent toutes deux à donner une image parfaite, un poil trop lisse de ce qu’elles sont. Classique du genre, vu, revu, critiqué et surcritiqué, Breakfast at Tiffany’s n’en reste pas moins un des portraits les plus éclatants, parfois burlesques, romantiques et fascinants de New York.

Cloverfield, de Matt Reeves (2008)

Petit bijou de science fiction, Cloverfield réhabilite le film de monstres dans un décor new yorkais apocalyptique. En jouant la carte de la subjectivité grâce à une caméra mobile et un recours au film amateur, c’est une ville post-mortem qui plonge New York dans la terreur, le chaos, la panique. Les lieux iconiques de la mégalopole depuis Times Square, l’Hudson River, ou encore le Rockefeller Center, véhiculent une tension palpable et glaciale. Mais surtout, le film réussit le pari fou de rassembler des références classiques, comme la tête de la statue de la liberté tout droit sortie de Escape from New York de John Carpenter, aux références plus actuelles, à savoir un écho savamment porté à 9/11.

Guérilla morbide, New York est à sang et Cloverfield ravage la ville pour en faire sûrement le meilleur film de monstre depuis The Host.

Annie Hall, de Woody Allen (1977)

Réalisateur emblématique et éternel amoureux insatisfait, Woody Allen multiplie les déclarations d’amour pour sa ville. Incipit sublime, on aurait tendance à penser à sa voix off sur le plan d’ouverture de Manhattan comme film référence. Pourtant, c’est Annie Hall qui retient notre attention tant le béton d’une ville n’a jamais été aussi drôle et riche en émotions. En effet, la passion pour la ville est si vive, l’amour qui lui est porté d’une beauté si envahissante, qu’il ne peux qu’être exclusif. Au coeur de la comédie, c’est un New York intime et singulier qui révèle l’inéluctable rupture du couple. A coup de flash back, la scission entre les deux personnages se dépeint au coin d’un parc, d’un restaurant, des terrasses et autres boutiquaires de la ville. Le pont de Brooklyn qu’il soit filmé à la lumière du jour ou en pleine nuit ne réussira pas à réunir l’inconciliable. S’il y a un choix à faire, c’est vers son premier amour que le réalisateur se tourne. Point d’orgue de l’impossible séparation entre le réalisateur et the Apple of his eyes : la célèbre réplique de Annie Hall dont l’amertume n’en altère pas pour autant la véracité du propos: « Ta vie, c'est comme New York. Tu es une île repliée sur toi-même... »

 

Réalisateur : (Indisponible)

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Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 29 Mars 2014

AUTEUR
Claire Demoulin
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Le cinéma exerce sur moi ce pouvoir de substituer au regard un monde qui s’accorderait à mes d&...
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