Dossier & ITW
Top Acteurs 2017

La trêve hivernale étant terminée, chaque rédacteur de l'équipe du Passeur vous présente l'acteur qu'il a retenu pour l'année 2017. Pas de classement, juste des coups de poing et des coups de cœur présentés par ordre alphabétique et par rédacteur.

CHARLIE HUNNAM dans The Lost City of Z de James Gray

Charlie Hunnam – acteur britannique habitué aux rôles physiques de motard, de Roi, de pilote de robots géants dans une filmographie inégale – a su habiter dans The Lost City of Z les sentiments nébuleux d’un père de famille qui voulait gravir les échelons sociaux tout en étant rongé par le désir de cartographier l’inconnu. Charlie Hunnam se retrouve aussi nuancé que la photographie étincelante de Darius Khondji : accent british perdu dans la jungle luxuriante, chevelure blonde dans un océan de verdure, moustache impeccable dans le chaos. Charlie Hunnam, c’est aussi un acteur à la carrure imposante qui a paradoxalement insufflé du calme et de la retenue dans un récit ample et grandiloquent. Visage imperceptiblement juvénile comme son personnage de Percy Fawcett, candide, fatigué par le voyage fiévreux, puis inexorablement apaisé. James Gray a subtilement tiré une complexité humaniste insoupçonnée chez Charlie Hunnam.

William Le Personnic

HUGH JACKMAN dans Logan de James Mangold

Dernier tour de piste de Hugh Jackman dans un rôle qui a façonné sa carrière à Hollywood, cet ultime chapitre en forme d’épitaphe délaisse le costume de Wolverine pour laisser place aux fêlures de son alter ego Logan. Débarrassé des contraintes infantiles de la censure américaine (il s’agit du premier film classé R-rated de toute la saga) et du rôle de leader des mutants qui contrastait avec la nature de loup solitaire du personnage, Jackman assume pour la première fois en dix-sept ans toute la dimension tragique d’un anti-héros solitaire, brisé et alcoolique qui vit dans l’attente de sa propre mort. Vieilli, taciturne et fatigué, Logan n’est plus que l’ombre du super-héros d’antan. Porté par l’identification fusionnelle de Hugh Jackman avec son alter ego, le film de James Mangold est un formidable drame humain, d’une intensité rare et exceptionnelle qui se vit de l’intérieur comme une plongée sans concessions dans l’inconscient désespéré et rageur de son héros éponyme.

Manuel Haas

JIM CARREY dans Jim & Andy de Chris Smith

Jim Carrey est Dieu tout puissant. Il n’a pas fallu attendre le documentaire Jim & Andy pour s’en rendre compte. Mais on décèle dans le film de Chris Smith une fêlure chez lui, entre la mélancolie et la schizophrénie, qui le rend encore plus touchant que la succession de ses rôles dramatiques ne l’avait laissé présager. C’est un Jim Carrey un peu revenu du pays des ombres qui commente les images du documentaire où on le voit endosser le double rôle d’Andy Kaufman et Tony Clifton sur le tournage de Man on The Moon. Jim Carrey a alors disparu derrière ses personnages, littéralement avalé par une interprétation insatiable qui ne lui a plus laissé le moindre espace, à lui, l’acteur qui voulait devenir un personnage. Jim Carrey est un génie fou, un doux malade qui ne peut respirer qu’avec un masque ; sans son aide, il disparaît. À l’instar de sa carrière, constellée de chefs-d’œuvre incarnés jusqu’à la perfection, puis de trous noirs…

Cyrille Falisse

JOAQUIN PHOENIX dans A Beautiful Day de Lynne Ramsay

Alors que certains ne se sont toujours pas remis de sa performance sado-maso expressionniste dans The Master de Paul Thomas Anderson, le meilleur acteur de sa génération (oui, oui) signe cette année une nouvelle performance inoubliable et strictement physique. Dissimulé derrière une barbe dans des nippes trop larges, Joe n’est que mouvements d’épaules, démarche pesante, borborygmes… Et ces trop grands yeux bleus qui dissimulent bien mal des océans de tristesse. En bonus, son temps de retard pour prendre conscience que c’est bien lui qui était appelé pour le prix d’interprétation à Cannes fut son autre grande performance de l’année.

Olivier Grinnaert

JOE ALWYN dans Un jour dans la vie de Billy Lynn d'Ang Lee

Des yeux d’un bleu pâle et cristallin, un sourire triste se prolongeant en une fossette désarmante, et une voix à la gravité inattendue pour un visage encore si enfantin… C’est ce visage vierge de toute expérience cinématographique que Ang Lee a choisi pour incarner le héros de son opus magnum Un jour dans la vie de Billy Lynn, en castant l’inconnu Joe Alwyn pour son tout premier rôle. Choix brillant, tant sa présence neuve devant une caméra rejoint parfaitement l’expérience traumatique de ce soldat, héros malgré lui. Jeté en pâture à une société du spectacle incontrôlable, dénaturant son acte de bravoure en le sommant de le singer dans un stade transformé en arène, le novice Alwyn se compose un masque neutre se désintégrant lentement sous le feu des caméras, presque plus redoutable que celui de l’ennemi. Recouvrant une mélancolie et des douleurs inexprimables autrement que par une larme muette, ces regards face caméra d’enfant perdu dans la foule auront été les plus déchirants appels au secours de l’année.

Emmanuel Raspiengeas

ROBERT PATTINSON dans The Lost City of Z de James Gray et Good Time de Ben et Joshua Safdie

Il est beau de voir avec quelle humilité et quelle intelligence Pattison se fond dans The Lost City of Z. Physiquement différent à chaque film, il est ici transformé et son jeu est sobre, contenu, tout en retenue, totalement au service du film. Dans l’enfer de la jungle, il est l’ami fidèle, le second rôle idéal. Il brillera ensuite comme seul acteur professionnel, entouré d’une autre jungle, urbaine cette fois, celle de New York et des acteurs amateurs qui peuplent Good Time.
Nerveux et manipulateur, loufoque, son interprétation se marie judicieusement avec l’atmosphère cauchemardesque et assourdissante du film. Aussi beau que ridicule, aussi drôle que foireux, son corps si sobre dans le James Gray se désarticule complètement ici et Pattinson apporte sa griffe à ce loser magnifique prêt à toutes les excentricités pour sauver son frère. À mesure que son personnage se transforme (cheveux, peau), on voit un acteur se dénuder, lâcher prise et s’oublier pour donner le meilleur de lui-même, pour apparaître tel qu’il est, au service du projet, encore et toujours. Sa participation à la saga Twilight pouvait prêter à sourire, mais Pattinson se fraie aujourd’hui un chemin exigeant, entre Cronenberg, James Gray et les frères Safdie, s’imposant comme l’un des meilleurs acteurs de sa génération. Rien que ça.

Julien Rombaux

SWANN ARLAUD dans Petit paysan d’Hubert Charuel

2017 aura donc réparé l’anomalie : le talent de Swann Arlaud, 36 ans, explose enfin au grand jour dans le premier long métrage d’Hubert Charuel, Petit paysan. Bloc d’intensité, habité par son personnage et par ses obsessions, on voit mal comment le César du meilleur acteur pourrait lui échapper. Nul doute que le rôle de Pierre, éleveur de vaches laitières, passionné et obsessionnel, marquera la carrière de Swann Arlaud. Les plus beaux personnages de cinéma sont des personnages obsessionnels, hantés, mus par quelque chose qui à la fois les nourrit et les enferme, proches d’une forme de folie. Le regard acéré de Swann Arlaud exprime cette forme de dévouement, de sacerdoce, voire d’aliénation. Il donne une âme à ce personnage qui rejette le compromis. Il est l’incarnation parfaite de cette peinture passionnée et honnête du travail paysan.

Guillaume Saki

Réalisateur : la rédaction

Acteurs : (Indisponible)

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Critique mise en ligne le 07 Janvier 2018

AUTEUR
Manuel Haas
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Biberonnée au cinéma populaire, ma cinéphilie ne connaît pas de frontières et se ...
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