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Pistes d'analyse: Jonathan Glazer, star du vidéo-clip.

Au début des années 90, l’anglais Jonathan Glazer fait ses premières armes de réalisateur dans le milieu de la publicité et du vidéo-clip. Parmi ses travaux les plus célèbres : la vidéo pour Jamiroquai et son titre Virtual Insanity ou encore le fameux Karma Police qui, en 1996 participa à propulser Radiohead au rang de groupe phare de son époque. Devenu une vedette du milieu, Jonathan Glazer a vu ses travaux les plus marquants compilés sur support numérique dans la collection Director’s Label : The work of director, à l’instar de Michel Gondry, Spike Jonze ou Chris Cunningham.

Périlleux exercice que d’évaluer la personnalité d’un auteur à travers ses films de commande, particulièrement publicitaires. En effet, un « bon » réalisateur de publicités sera plutôt mesuré à la qualité picturale et rythmique de ses images plutôt qu’à son art de la narration. Dès lors, il convient de considérer ces réalisations comme un laboratoire pour le réalisateur qui peut y expérimenter diverses voies, comme par exemple s’essayer à la comédie ou au travail avec les effets spéciaux numériques. Malgré tout, en tentant d’analyser les travaux de Jonathan Glazer dans un ordre chronologique (soit au fur et à mesure que le réalisateur se fait un nom et acquiert plus d’assurance et de liberté), on peut se risquer à dégager certains traits qui contribuent à définir le style naissant du réalisateur.

Les débuts :

Massive Attack - Karmacoma (1994) / Radiohead – Street spirit (1995) / Blur – The Universal (1995)

Malgré leur relative cohérence visuelle, ces trois vidéos peinent à se démarquer du tout venant de la production clipesque du début des années 90. Street spirit déploie une esthétique symptomatique de son époque, basée sur des jeux de surimpressions et de vitesses de défilement (deux plans superposés, l’un à vitesse normale, l’autre au ralenti). Plus intéressants, Karmacoma et The Universal multiplient les clins d’œil cinéphiliques (Kubrick, Lynch, les frères Coen…) aux travers lesquels le réalisateur tente quelques traits d’humour. Signalons qu’en 2000, Jonathan Glazer réalisera aussi une parodie de films d’arts-martiaux avec la pub Kung-Fu pour Levis, qui reproduit une esthétique Hong-Kong années 70 (format carré, zooms avants etc…). Comme nombre de ses contemporains, l’humour chez Jonathan Glazer passe notamment par des jeux référentiels et de second degré, Sexy Beast le prouvera encore. D’une manière générale, les trois clips susmentionnés inventent des images autour d’une ligne esthétique assez claire (souvent froide et géométrique), sans toutefois se resserrer autour d’une idée conceptuelle et/ou narrative forte, comme ce sera le cas par la suite.

Un tournant : Jamiroquai – Virtual insanity (1996)

Aujourd’hui, les images de Jay Kay gesticulant sur le fameux sol mouvant sont entrées dans l’histoire. À l’époque, son tournage a constitué un défi technique hallucinant: un plan séquence pour lequel la caméra et le décor étaient solidarisés (et oui, ce sont bien les panneaux de décor qui bougent, pas le sol !). D’autre part, si Jonathan Glazer fait de nouveau appel à une esthétique symétrique et glacée (tons blancs et métalliques), il se concentre cette fois sur un concept unique: l’effet mécanique du tapis-roulant, l’illusion d’un plan-séquence (on y a rajouté des effets numériques) et cette caméra qui reste principalement en plan fixe. Pas encore de narration ni de véritable griffe personnelle, tant ce vidéo-clip se rapproche de ceux signés Michel Gondry, souvent construits eux-aussi autour d’un dispositif unique doublé d’un pari technique.

L’épanouissement :

Radiohead – Karma police (1996) / Nick Cave – Into my arms (1997) / UNKLE – Rabbit in your headlights (1998) / The Dead Weather - Treat me like your mother (2008)

Dans ces quatre efforts, Jonathan Glazer trouve définitivement un ton à lui et arrive à l’apogée de son parcours dans l’art mineur du vidéo-clip. Surtout, il développe plusieurs pistes qui résonneront avec son travail de cinéaste de long métrage.

Les vidéos-clips pour Karma police, Rabbit in your headlights et Treat me like your mother (auxquelles on peut ajouter la mémorable pub Levis Odyssey, avec Nicolas Duvauchelle qui passe à travers les murs sur la Sarabande d’Haendel) se basent tous sur une idée narrative simple (et non un dispositif, comme pour Jamiroquai), tout en possédant un certain pouvoir de fascination intrinsèque: la poursuite en voiture de la police du karma, Denis Lavant qui marche dans un tunnel en se faisant heurter par les voitures ou Jack White et Allison Mosshart qui se tirent dessus à la mitraillette dans le désert. Le genre d’idées à la fois simples et irrationnelles qui semblent fasciner Jonathan Glazer jusqu’à Birth, film dont il avait apporté la prémisse, soit l’histoire d’un mari défunt qui revient sous la forme d’un enfant. D’autre part, dans ces trois vidéos-clips (tout comme dans Birth) Jonathan Glazer continue d’exploiter une esthétique assez froide mais délaisse tout maniérisme pour tendre vers plus de réalisme et de dépouillement. Ce contexte moins artificiel décuple le trouble provoqué par l’intrusion de l’irrationnel. Enfin, on peut remarquer la récurrence du motif d’un personnage seul en mouvement, et d’une caméra qui le suit, dans des longs plans souvent tournés au steady-cam (rappelons que Karma police est aux deux tiers composé d’un plan séquence depuis le point de vue du conducteur d’une voiture en mouvement, et que Birth s’ouvre sur un très long plan qui poursuit un personnage en train de faire son jogging).

Dernier point à soulever, dans le vidéo-clip Into my arms, comme dans plusieurs publicités (notamment pour Stella-Artois, toujours avec Denis Lavant), on remarque à de nombreuses reprises des gros plans de visage, filmés de face, avec un éclairage très travaillé qui révèle toutes les imperfections de la peau, toutes les nuances du regard. Un dispositif qui traque l’âme humaine derrière des visages, des regards, comme Jonathan Glazer tente également de le faire dans Birth.

L’échappée : Richard Ashcroft – A song for the lovers (2000)

Entre Sexy Beast (2000) et Birth (2004), Jonathan Glazer tourne ce video-clip pour l’ancien chanteur du groupe The Verve. Cependant, le réalisateur semble ne plus s’intéresser au vidéo-clip comme forme à part entière et s’abandonne aux voies de la narration. Plus qu’un vidéo-clip, A song for the lovers est une scène à part entière, comme extraite d’un film qui n’existe pas. La chanson y est traitée de manière diégétique, avec des pauses, des variations de volume et d’acoustique etc… Jonathan Glazer s’amuse à transmettre l’humeur d’un personnage interprété par Richard Ashcroft et l’atmosphère de sa chambre d’hôtel. Le travail d’un réalisateur prêt à diriger l’essentiel de ses efforts vers le cinéma de fiction.

Le clip de Rabbit in your Headlights d'UNKLE, réalisé par Jonathan Glazer, avec Denis Lavant:

Réalisateur : (Indisponible)

Acteurs : (Indisponible)

Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 21 Juin 2014

AUTEUR
Olivier Grinnaert
[95] articles publiés

Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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