Dossier & ITW
Le Gang des Supers-Auteurs, Partie 1

À ce jour, il y a de bonnes chances pour que Winter Sleep vienne gonfler les rangs des Palme d’Or ayant rencontré un échec à sa sortie en salles, creusant encore l’inévitable fossé entre palmarès Cannois et grand public. Dans le cas du film de Nuri Bilge Ceylan, on peut blâmer une vaste partie de la critique francophone pour son probable échec public. En effet, à peine Winter Sleep était-il couronné qu’on lui juxtaposait les qualificatifs de difficile, lent, aride, contemplatif, bavard, voire hermétique. Et comme autant de coups de marteau, on entendait répétér inlassablement la durée exacte du film (3h16 faut-il le rappeler) en insistant bien sur le minutage précis. Dès lors, il est clair qu’une bonne partie du public, du moins celui qui se fie à la critique, se rendra dans les salles à reculons, ou optera même in extremis pour le sympa, fun, décalé et coloré Guardians of the Galaxy.

Crucifié par cette sortie au milieu du mois d’août le réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan a, aux yeux d’une partie du public, rejoint une sorte de fratrie : Le gang des supers-auteurs. Ceux dont la perspective de s’en mirer une pelloche est aussi réjouissante que celle d’une séance de roulette chez le dentiste. Une fratrie dont bien des férus de cinoche connaissent les noms de quelques piliers : Antonioni, Bergman, Tarkovski, Bresson… Des tue l’amour. Certes, les noms sont connus. Mais entre nous, entre quat’z’yeux, a-t-on vu les films ? A-t-on essayé un deuxième si on n’a pas accroché le premier ?  En bref, a-t-on une idée personnelle du travail de ces cinéastes célébrés et pourtant redoutés d’une bonne partie du public ? Peut-on en discourir en toute honnêteté intellectuelle ? Sont-ils vraiment si ennuyeux, élitistes, inaccessibles et encore d’autres gros mots ?

Au hasard Balthazar de Robert Bresson

Autour de la sortie de Winter Sleep, qui divise notre rédaction, les rédacteurs du Passeur Critique ont chacun choisi un ou plusieurs de ces supers auteurs. Des cinéastes qu’ils aiment et ont envie de défendre (comme ils le font dès qu’on les accuse de snobisme cinématographique au troquet du coin). Chaque rédacteur va tenter de revenir sur les idées préconçues, à tort ou à raison. Le travail de chaque cinéaste va être succinctement abordé au prisme de trois questions : Pourquoi redoute-t-on son cinéma ? Pourquoi en fait c’est formidable ? Et par quel film commencer ?

Première partie de l’article avec au casting Michelangelo Antonioni, Ingmar Bergman, Robert Bresson, Nuri Bilge Ceylan et Bruno Dumont.

MICHELANGELO ANTONIONI (Italie 1912-2007)

Pourquoi redoute-t-on son cinéma ?

Adulé quasi-unanimement il y a une vingtaine d’années, la côte d’amour à l’égard de Michelangelo Antonioni a depuis sensiblement chuté. Usés et abusés, les thèmes clés apposés au maître du cinéma dit « moderne » sont devenus aujourd’hui des clichés intellectuello-fumeux passés de mode. Jugez plutôt : désenchantement, deshumanisation, impuissance et (le plus beau) incommunicabilité. Pour déprécier le cinéma de Michelangelo Antonioni, on ne prend aujourd’hui plus de pincettes, le qualifiant de cinéma de la « sous conversation », peuplé de personnages « sous Xanax ».

Pourquoi en fait c’est formidable ?

Scandale au festival de Cannes en 1960, Michelangelo Antonioni brise les lois narratives dans l’Avventura. Il y abandonne le récit policier et ne délivre aucune motivation psychologique « plausible » à ses personnages. La même année, au même endroit, son compatriote Federico Fellini et sa Dolce Vita, qui s’affranchit lui aussi des structures narratives classiques dans un style radicalement opposé. Pas de foisonnement baroque ni de multiplication de personnages chez Michelangelo Antonioni qui au contraire dépouille au maximum, soustrait là où l’autre additionne. Ce que l’auteur de L’Avventura, La Nuit et L’Eclipse traque, ce sont les creux, les silences, les vides. Pour la bonne raison que c’est précisément le moyen qu’il trouve pour révéler à l’écran l’essence de son sujet: la solitude. Un fardeau inhérent à tout être humain, impuissant face à l’incompréhension mutuelle de ses semblables. Dès lors, les dialogues sont dépourvus de sens narratif, présents uniquement pour accuser leur propre futilité. Si le cinéma de Michelangelo Antonioni s’est si bien exporté, c’est sans doute que ce thème est à la fois universel et en prise directe avec les questionnements de son temps. Ses œuvres prennent le pouls des enjeux philosophiques, culturels et esthétiques des années soixante et soixante-dix (l’ancrage dans le Swingin’ London de Blow Up, allusion à Rothko dans Le Désert Rouge, à Pollock dans Zabriskie Point, illustré par la musique de Pink Floyd…). Est-ce pour cette raison que le cinéma de Michelangelo Antonioni passe de mode ?

Blow Up de Michelangelo Antonioni

Par quel film commencer ?

Tout en restant très « Antonionien » (intrigue non résolue, questionnement de la notion de réel…), Blow Up est une bonne entrée dans le cinéma du maître. Précisément grâce à son fort ancrage dans une époque bénie, le film jouit d’un certain charme nostalgique. L’insouciance des années soixante, l’effervescence du  Swingin’ London, les apparitions de Michael Palin, des Yardbirds ou de Jane Birkin procurent au film une fraîcheur qui opère à chaque vision. Pour les cinéphiles plus aventureux, L’Avventura (justement), est aussi un accès possible. Il faut alors être d’humeur vagabonde, prêt à se laisser envoûter par un film et ses personnages comme on embarque dans un voyage à l’issue incertaine.

 

INGMAR BERGMAN (Suède 1918 – 2007)

Pourquoi redoute-t-on son cinéma ?

Ingmar Bergman, c’est le chef du gang des supers-auteurs. Le cinéaste dont on se fait l’idée la plus austère, ennuyeuse et poussiéreuse, souvent sans en avoir vu le moindre photogramme. Pour le néophyte, le cinéma d’Ingmar Bergman c’est en vrac : un chevalier jouant aux échecs en philosophant avec la Mort, deux jeunes femmes muettes sur une plage froide qui se touchent le visage, une vieille dame agonisante éclairée à la bougie pendant trois heures, un couple perdu dans une interminable et monocorde joute oratoire sans sortir de leur chambre… Ceci traversé d’interrogation religieuses, sur le bien, le mal, la mort, le sens de la vie… Le tout en noir et blanc et en suédois dans le texte.

Pourquoi en fait c’est formidable ?

Et pourtant… En découvrant les films d’Ingmar Bergman, ce qui frappe le plus c’est qu’ils sont à mille lieues de ce qu’on avait pu imaginer. Impossible à réduire à quelques lignes, l’œuvre du cinéaste Suédois est bien trop vaste et variée même si ses thèmes de prédilection sont bien souvent présents : l’éducation religieuse, la traversée de la vie et donc fatalement, la mort. Mais même si les thématiques sont graves, la mise en scène d’Ingmar Bergman n’est jamais lourde, mais bienveillante et gracieuse. Bien des œuvres battent à un rythme narratif assez soutenu, multipliant décors et personnages. Pouvant s’affilier à divers genres, ses films dispensent souvent une généreuse dose de lyrisme (Vers la joie), d’érotisme (Monika) de comédie (Sourires d'une nuit d'été) ou des fenêtres ouvertes sur l’onirisme (Les Fraises sauvages, Persona) ou encore le fantastique (L’œuf du serpent). On pointe souvent du doigt de longs dialogues et certes Scènes de la vie conjugale peut être perçu comme une dispute en chambre de trois heures. Mais servis par une mise en scène claire et expressive, ces dialogues traversés d’éclats de comédie et/ou de cruauté sont incarnés par des comédiens fascinants, habités de personnages féminins inoubliables.

Les Fraises sauvages d'Ingmar Bergman

Par quel film commencer ?

Les Fraises sauvages est une introduction idéale dans l’univers d’Ingmar Bergman. Cette œuvre merveilleusement accessible appartient également à un genre chéri des spectateurs, c’est un des plus beaux road-movie de tous les temps. Dans la pure tradition du genre, Les Fraises sauvages est à la fois un voyage spatial et mental. L’histoire d’un vieux médecin qui traverse la Suède en voiture avec sa sculpturale belle-fille. Son parcours est ponctué de rencontres, de rêves et de souvenirs qui l’amènent à faire le bilan de sa vie. Court, léger, intense et clair, le film est de plus un régal pour les yeux, tant la mise en scène jongle habilement entre scènes réelles et fantasmées.

 

ROBERT BRESSON (France 1901-1999)

Pourquoi redoute-t-on son cinéma ?

Robert Bresson traîne derrière lui un nombre considérable d’étiquettes effrayantes. Le « Janséniste » du cinéma, rien que son surnom fait froid dans le dos. L’œuvre Bressonienne  serait à la fois rigoureuse, exigeante, d’un dépouillement ascétique et d’une dédramatisation totale. Ce n’est qu’un début. Le style de l’auteur des Notes sur le Cinématographe est si austère qu’il va jusqu’à utiliser un seul et même objectif, le 50mm (à de très rares exceptions près)  parce qu’il est celui qui s’approche le plus de l’œil humain et donc préserve ses images de toute déformation de perspective. Enfin, Robert Bresson qualifie l’emploi d’acteurs de « compromis » et ne dirige que des « modèles » inexpérimentés en sous-jeu permanent. Si vous êtes partant, vous êtes un cinéphile tous-terrains.

Pourquoi en fait c’est formidable ?

Malgré ces étiquettes, vraies pour la plupart, le cinéma de Robert Bresson n’est pas cérébral. Ses films ouvrent toutes les portes. Ils s’en remettent au spectateur et à sa capacité de réinterpréter ce qui se passe à l’écran. Pour les appréhender, il faut bannir l’intellectualisation forcenée. Au contraire, laissez-vous guider par votre propre impression, emporter par la musicalité de son montage image et son utilisation unique du montage sonore et du mixage. Au-delà du resserrement extrême des intrigues, de l’apparente sécheresse, c’est un cinéma de ligne claire, à la symbolique immédiate et évidente. Derrière les visages et les gestes quotidiens, la méthode Bresson révèle les âmes et la vie. Par une ascèse quasi-mystique (et donc  ne faisant pas appel au raisonnement), il parvient à une forme de pureté, d’évidence et d’intemporalité.

Un Condamné à mort s'est échappé de Robert Bresson

Par quel film commencer ?

Son plus grand succès public est aussi la meilleure entrée dans son cinéma. En 1956, Un Condamné à mort s’est échappé porte un titre programmatique. Et quelle évasion ! Une des plus intenses jamais imprimées sur celluloïd. C’est simple : on en vit le moindre souffle, on tressaille au moindre bruit de gravier sous les godillots de Fontaine. Pourtant, Robert Bresson n’a filmé quasiment pendant une heure trente que des murs blancs, un acteur inconnu et une cuillère à dessert. Tentez le coup, il faut le voir (et l’entendre) pour le croire.

Olivier Grinnaert

 

NURI BILGE CEYLAN (Turquie – Né en 1959)

Ceylan, le super auteur jusqu’à la caricature ?

Winter Sleep n'y changera rien. Bien au contraire. Du fait de sa durée monstre (3H16), de son cloisonnement dans son habitat retiré, de ses longues répliques théâtrales, de son impressionnisme hivernal, il a tout d'un certain cinéma de la modernité apparu il y a un demi-siècle, dans les années 60. Pis, il charrie jusqu'à la caricature les grands thèmes de ce vieux cinéma neuf ou jeune cinéma de vieux. D'un côté l'incommunicabilité d'un Antonioni (L'Eclipse), de l'autre une plongée dans l'enfer conjugal d'un Bergman (Scènes de La Vie Conjugale) avec pour corollaire, l'impossibilité pour l'homme et la femme de parvenir à quoi que ce soit ensemble, du moins dans la structure sociale du couple. Si bien que Ceylan passe depuis toujours, et avec ce film plus que jamais, pour un cinéaste assommant. Pis, un cinéaste qui serait arrivé trop tard après Tarkovski ou Angelopoulos. Avec ce Winter Sleep palmé, il devient le symbole du grand cinéma d'auteur à l'européenne tel qu'on l'entendait dans les années 60 et 70,  tant il en exhibe sans aucune pudeur les symptômes. Les  esprits malins verront donc ce film comme une parodie de Bergman, une variation bigger than life de Tchekhov. Comme d'autres voyaient déjà le sublime Les Climats une parodie d'Antonioni. Il est vrai qu'il y a chez Ceylan une forme d'ingénuité à enfoncer toutes les portes ouvertes de ce cinéma d'auteur comme s'il continuait à appréhender la notion d'artiste avec un zeste de romantisme suranné: l'auteur doit donc être autiste au public, anti commercial, profond et impossible à suivre dans ses raisonnements, lent jusqu'à l'immobilité (incompris donc), contemplatif et amateur des longs plans séquences sur des paysages vierges ou dénudés, pourfendeur des plus insondables vérités et à la recherche d'un idéal de pureté perçue comme l'épure, la raréfaction de n'importe quel élément dans le plan. 

De l’Humour et de la distance avec les intellectuels.

Oui mais Winter Sleep est accompli. Comme n'importe quel film du cinéaste, il a beau enfoncer les portes ouvertes de ce vieux cinéma, il n'en reste pas moins que la maîtrise est incontestable, les métaphores ambitieuses, l'écriture magnifique de netteté, la direction d'acteurs à tomber de justesse, l'équilibre parfait entre tragédie existentielle et petit drame intime. Mais surtout Ceylan est plus critique et vicelard qu’il ne s'en donne l'air. Chez lui, tout est ainsi vicié, ambigu. Dans ce même Winter Sleep, il passe plus de deux heures à désincarner la parole de son antipathique héros. Plus il parle, plus sa parole perd de l'ampleur. Plus les dialogues deviennent longs, moins on a envie de lire ce qu'il est en train de dire. Soudain, quand sa parole a perdu toute sa puissance, Ceylan l'utilise en voix off au moment où le personnage tente de s'offrir une ultime rédemption. Mais que peut dès lors sur le spectateur une parole à laquelle il ne peut plus accorder sa confiance?

Ceylan a donc beau exhiber les symptômes de ce que devrait être le cinéma avec un grand C, il passe néanmoins le temps de ses films à en interroger la viabilité. La parole, dans sa malignité, est ainsi questionnée comme arme de manipulation et de pouvoir. L'intellect comme objet de domination sociale. La culture comme objet d'asservissement. Ainsi tous ses personnages sont des poseurs, conscients de leur charisme, et dont Ceylan s'amuse sans cesse. Comment ne pas penser à cette scène ahurissante dans Uzak ou un homme se sert du Stalker de Tarkovski pour faire fuir dans sa chambre son cousin qui l'ennuie. Et sitôt celui-ci couché, de se regarder en douce un porno. Ceylan s'amuse dans tous ses films de l'esprit de sérieux avec un humour et un esprit burlesque parfois ravageur qui rappelle parfois la comédie italienne d'un Risi. Dans ce même Uzak, un type fanfaronne, joue aux James Dean pour parader et attirer sur lui le regard d'une femme dans la rue. Lui aussi exhibe à cet instant les symptômes du bel homme tel qu'on se le représente: sexy et moderne, en s'affublant de lunettes de soleil, d'une cigarette et en s'affalant nonchalamment contre une voiture. Ceylan joue avec malice de nos petites vanités.

Uzak de Nuri Bilge Ceylan

Le découvrir avec Winter Sleep ou Uzak

Alors par quel film commencer? Pour s'amuser un peu, je dirai Winter Sleep. Car le film est en salles, mérite le grand écran et qu'il est extraordinaire de bout en bout. Justement parce que Ceylan tourne en dérision, jusqu'au tragique, la façon dont les hommes se prennent au sérieux en jouant aux supers auteurs, aux esprits géniaux et imbattables. Il faut donc voir ce héros pathétique assis dans son bureau obstrué de livres, devant son ordinateur, en train d'expliquer à sa sœur la profondeur de ses réflexions politiques sur des sujets auxquels lui-même n'entend rien. Il faut le voir débiter sur un ton solennel des banalités. Il faut donc voir Ceylan se moquer de l'esprit sérieux. Ainsi, pourrait-on lui reprocher son utilisation d'une petite musique romantique (Schubert par exemple) déjà utilisée dans mille autres films d'auteurs. Mais là encore Ceylan s'amuse et prend de la distance avec ce signe du grand cinéma sérieux: c'est son personnage, soudain conscient de sa solitude, qui entend cette musique comme s'il était devenu pour lui-même le héros romantique d'une tragédie existentielle sur la solitude humaine. Tout le cinéma de Ceylan est donc pourvu d'une vraie dimension comique et surtout critique comme dans le burlesque Uzakfilm que l'on peut juger une vraie comédie.  On trouve des trouées d'humour dans Les Climats (scène de la cacahouète qui décuple la tension érotique et achève une parade amoureuse en combat de catch), dans Les Trois Singes (le portable et sa sonnerie pop), Il Etait Une Fois En Anatolie (conversations dans la voiture). Cet humour, c'est la chape de sécurité de Ceylan pour équilibrer et atténuer son sérieux. Mais c'est surtout son garde-fou qui lui permet sans cesse d'interroger les masques de ses personnages: masques d'intellectuels qui se servent du savoir pour dominer les autres et parvenir à assouvir leurs désirs. Plus que Bergman et Angelopoulos, il y a donc chez Ceylan quelque chose de chez Woody Allen et Moretti qui, eux-mêmes, se mettaient en scène dans leurs films (Ceylan joue dans Les Climats par exemple) pour tourner en dérision leur esprit et les poses de l'intellectuel.  Il y a donc parfois chez Ceylan une vraie réflexion goguenarde et grinçante sur ce super cinéma d'auteur dont il est devenu l'un des plus illustres représentants. 

Frédéric Mercier

 

BRUNO DUMONT (France – Né en 1958)

Pourquoi redoute-t-on son cinéma ?

On redoute le cinéma de Bruno Dumont globalement depuis L’Humanité où le succès controversé du film à Cannes (prix du jury et double prix d’interprétation pour Séverine Caneele et Emmanuel Schotté, des amateurs, qui avaient été sifflé) avait apporté une certaine exposition au réalisateur. On y découvrait un cinéma dur et radical peuplé de personnages en marge. L’Humanité est un film policier dont le personnage principal est un commissaire légèrement retardé. C’est donc assez particulier, unique même dans le cinéma héxagonal. Très loin du cinéma parisiano-centré auquel est habitué le spectateur français, quand on découvre le cinéma de Bruno Dumont, on a souvent du mal à comprendre son projet, à voir où il veut en venir. C’est un cinéma avec une violence contenue prête à exploser, un cinéma souvent pas loin d’une totale misanthropie, d’un certain dégoût du monde. Un cinéma pas facile donc, austère et sombre qui n’hésite pas à embrasser des sujets sensibles. Une autre des raisons évidentes du « rejet » public du cinéma de Dumont est son ancrage solide dans le Nord de la France, au cœur de villes ouvrières et de campagnes défraîchies.

Pourquoi en fait c’est formidable ?

Le cinéma de Bruno Dumont est formidable parce qu’il est unique. Parce qu’il ne ressemble à rien de connu. C’est un cinéma total qui croit en son pouvoir « magique » qui parvient sans cesse, à partir d’une réalité crue et sans concessions, à plonger dans un mysticisme obscur et poétique qui ne délivre pas ses clefs de lui-même. C’est un cinéma mystérieux, tortueux mais qui, si on le laisse entrer, peut faire découvrir des merveilles absolues. Que ce soit un lever de soleil qui façonne littéralement le monde dans Hors-Satan ou que ce soit cette manière fiévreuse et inquisitrice de filmer le visage de Juliette Binoche dans Camille Claudel 1915, il se passe quelque chose de fondamental dans la caméra de Bruno Dumont. C’est également un des cinémas les plus ambitieux qui existe actuellement en France. Qui a osé investir la problématique de la guerre comme il l’a fait dans Flandres ? Qui est allé aussi loin dans l’exploration du fanatisme religieux comme il l’a fait dans Hadewijch ? Bref, Bruno Dumont c’est un cinéma complexe mais d’une simplicité désarmante et bouleversante.

P'tit Quinquin de Bruno Dumont

Par quel film commencer ?

Il y a encore quelques mois, il aurait été difficile de répondre à cette question mais depuis la découverte de son dernier film au festival de Cannes (qui sera exploité en série à la rentrée sur Arte), notre tâche est grandement facilitée. En effet P’tit Quinquin, une comédie, sera sans doute l’œuvre la plus facilement accessible au novice. On y retrouve tout l’univers de Bruno Dumont qui par un léger déplacement du curseur est passé d’une noirceur extrême à un humour sombrement burlesque. Mais tout le reste est là. La mystique du cinéma fonctionne là aussi à plein régime. Du côté plus dramatique on peut tenter L’Humanité ou son chef-d’œuvre, l’incroyable Hors-Satan.

Grégory Audermatte

Rendez-vous demain pour la deuxième partie avec Hellmann, Mizoguchi, Tarr, Tarkovski, Visconti et Weerasethakul !

Réalisateur : (Indisponible)

Acteurs : (Indisponible)

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Critique mise en ligne le 13 Août 2014

AUTEUR
Olivier Grinnaert
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Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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