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Interview Sébastien Pilote - Gabriel Arcand

A l’occasion de la sortie en salles du film Le démantèlement de Sébastien Pilote, le Passeur Critique a rencontré le réalisateur et son acteur principal, Gabriel Arcand. En plein Paris, les deux Québécois nous ont fait voyager en terres canadiennes le temps de revenir sur l’histoire d'un sacrifice, celui de Gaby qui fait le choix de vendre sa ferme familiale pour aider sa fille, tout juste divorcée, à acheter une maison.

Le Passeur Critique : Qu’est ce que vous a donné envie de travailler sur une thématique en lien avec le milieu rural ?

Sébastien Pilote : Le démantèlement aurait pu très bien être l’histoire d’un cordonnier dans un monde plus urbain. Ce qui est intéressant dans le milieu paysan, c’est que c’est un monde en perdition. De plus, nous avions la possibilité de donner une certaine envergure au film en montrant des vastes paysages des landscapes québécoises.

Un éleveur de moutons me permet de raconter cette histoire d’un père solitaire pris dans le tourbillon de la crise. Dans la première scène du démantèlement, il donne le biberon à une de ses bêtes comme un père le ferait avec son enfant. Pour moi, le fait de se battre pour une terre est superficiel dans le scénario. La vraie histoire n’est pas le démantèlement d’une ferme mais celui d’un homme, d’une famille qui se disloque en mille morceaux. J’ai voulu mettre au centre de mes propos la thématique du sacrifice, passant par un choix difficile car par non-réciproque.

Ce qui me fait le plus plaisir que j’écoute les gens qui ont vu mon film, c’est quand ils disent que le personnage principal, Gaby, ressemble à quelqu’un qu’ils ont connu. C’est en effet pour moi l’archétype du père québécois qui travaille toute sa vie pour sa famille.

LPC : Comment préparez-vous le tournage avec vos comédiens ?

SP : Je propose toujours une lecture groupée suivie d’une mise en situation. Je ne veux pas trop répéter car quand un acteur est talentueux, il sait lire le scénario et y trouver les bonnes intentions. D’ailleurs, Gabriel (Arcand) disait toujours comprendre ce que je voulais transmettre comme émotion dans mon scénario.  

LPC : Compreniez-vous l’intention de votre personnage, notamment s’agissant du sacrifice qu’il devait faire pour sa fille ?  

Gabriel Arcand : J’ai toujours défendu mon personnage. Comme interprète, je dois le défendre. Au fur et à mesure des années, tous l’ont quitté. Il a développé une vie intérieure intense. La solitude est advenue à lui par la force des choses. Il ne partage rien d’où son silence. Aider sa fille est à la fois un sacrifice mais aussi une délivrance. C’est pour cela que les salles à Cannes pendant le Festival étaient divisées. Certains le soutenaient alors que d’autres le récusaient. Ce qui est bien dans le scénario, c’est qu’il pose les choix et prend une position pour son personnage principal. On pense ce qu’on veut de cette prise de décision, c’est la liberté du spectateur, mais elle est défendue avec force par Sébastien (Pilote) tout au long de son récit. Comme interprète, je ne dois pas prendre parti pour ou contre mon personnage. Sur chaque film que j’interprète, je dois être raccord entre la vie intérieure de Gaby et la mienne. Pourquoi ? Car on ne peut tromper une caméra, lorsqu’elle filme il est impossible de faire illusion.

LPC : Le personnage a-t-il des reproches à formuler envers ses filles ?  

GA : Il n’y a pas de surprise dans le comportement de ses filles. Le bonheur de celles-ci passe avant tout. Il est aussi à une croisée de chemins. Il garde derrière la tête des espoirs, notamment de repartir avec son ex-femme.

LPC : Quelle est la place des références littéraires dans ce film ?

SP : Il ne faut pas chercher une stricte adaptation du Père Goriot de Balzac, dont je me suis bien sûr inspiré. Il y a des phrases que je reproduis in-extenso comme : « mon père doit toujours donner pour être heureux ».

Ce qu’il faut savoir c’est que Balzac s’est lui même inspiré du Roi lear de William Shakespeare. Il y a aussi un peu Tchekhov dans les mondes qui vont disparaître.

LPC : Pour Gaby, il y a la peur de vieillir. Pourtant, on ressent parfois un retour à l’adolescence du personnage lorsqu’il recherche un premier appartement ou qu’il réapprend à draguer !

SP : Je n’avais jamais vu cela comme cela mais on est effectivement dans cette ambigüité. Le père retombe d’une certaine manière en enfance.

GA : Ce retour en enfance est le quotidien de tout personnage qui subit un changement.

SP : Son ex-femme lui fait remarquer que les vêtements de Gaby n’ont pas changé. Pour lui, le temps s’est arrêté depuis son divorce. Il s’est toujours dit que sa femme l’avait quitté à cause de la ferme. Du coup, il s’imagine que s’il vend la ferme, celle-ci peut revenir. On est dans la naïveté chez Gaby.

LPC : Les instants de vente aux enchères sont très poignants. A-t-on la volonté de donner une certaine dimension documentaire à ces scènes?

SP : Ce sont des scènes qui j’ai beaucoup aimé tourner. Ce sont les seuls moments où j’ai pu réunir une communauté autour de Gaby. Pourtant, elles sont réalisées comme des funérailles. Cela a été un moment de cinéma intéressant.  

GA : Tous les figurants sont des vrais agriculteurs de la région. Le commissaire priseur n’est pas un acteur. Il fait vraiment ce métier.

LPC : Comment aborder une relation amicale avec « l’ami comptable » lorsque le film est centré sur la relation père-filles ?

SP : C’est vraiment un rôle de soutien, de faire valoir. C’est le fou du Roi lear avec le démantèlement du royaume. Il marque l’opposition avec Gaby car il est très extraverti. C’est un beau duo masculin. On ne connait presque rien de son histoire. Est-ce qu’il a une femme ? que fait-il de ses temps libre ? On ne sait pas.

LPC : Le film est tourné en 35 mm, pourquoi avoir fait ce choix ?

SP : Tourné en 35mm, c’est plus de concentration. Lorsqu’une caméra tourne, on la respecte davantage avec un travail de réflexion supplémentaire. Pour moi, c’est comme construire un objet en bois au lien de  le fabriquer en plastique. Je préfère les copies de vieux films car c’est un événement. Aujourd’hui le numérique n’est pas un événement. Il y a une certaine froideur qui s’est installé. C’est extrêmement dommage que le numérique est envahi les écrans. Des laboratoires ferment. C’est le dernier film développé par le laboratoire de Montréal. Les salariés sont des artisans qui ne peuvent pas se replacer ailleurs. Mon film, c’est le démantèlement d’un support aussi. 

Notre critique du film Le Démantèlement
 

Entretien réalisé à Paris le 21 novembre 2013 par Antoine Corte

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Critique mise en ligne le 07 Décembre 2013

AUTEUR
Antoine Corte
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