Dossier & ITW
Heart Of A Lion - Interview Peter Franzen

Dans Heart of a Lion, vous interprétez Teppo, un néonazi qui aspire à reprendre le contrôle de sa vie. À la lecture du scénario, qu’est-ce qui a retenu votre attention dans ce personnage ?

En tant qu’acteur, c’est toujours extrêmement intéressant et formateur de pouvoir incarner des hommes aux antipodes de ce que vous êtes personnellement. En cela, je suis très chanceux qu’on m’ait confié des rôles divers et variés dans différents films.  Mais je n’avais jamais joué un personnage résolument attaché à un groupe aussi raciste, aussi violent ; là était le vrai défi. À la lecture, je ne dirai pas que le coup de cœur pour Teppo était immédiat. Mais à mesure que j’avançais dans le scénario, j’ai compris que le personnage tente de changer sa vie pour son bien et celui de ses proches. Il cherche, malgré la peur, à rassembler les pièces dispersées de sa vie, y compris les plus sombres, pour reconstruire quelque chose à partir de ce puzzle chaotique.  Petit à petit, j’ai commencé à m’attacher à ce personnage, à aimer des traits de sa personnalité, ce qui est de toute façon nécessaire pour présenter un personnage crédible au public.

Pour rendre vos personnages crédibles justement, comment vous préparez-vous ? Avez-vous des rituels ? Vous êtes-vous par exemple entretenu avec des personnes qui auraient fait l’expérience du néonazisme ?

Bien sûr internet est un premier levier. Mais avant tout, je travaille énormément à me rapprocher au plus près de ce que je perçois comme réel, de plus existant, de plus vif dans mon rôle. Pour construire mon personnage, j’essaye de comprendre les hommes et les problèmes auxquels ils ont dû faire face, d’imaginer leur joie comme leur tragédies. Nous avons eu la chance incroyable (ce n’est pas si commun en Finlande) d’avoir une période de répétition relativement longue, à peu près un mois, pour mieux connaitre nos personnages, individuellement comme collectivement. De creuser leur passé, mais aussi de mieux comprendre les mouvements néonazis, les problèmes que cela pose, et comment ils affectent la société finlandaise depuis quelques années. D’anciens néonazis sont aussi venus nous faire part de leur passé, de leur expérience pendant et hors du groupe. C’était intéressant pour les acteurs d’échanger avec eux sur ce sujet.

Certes le film critique le néonazisme, mais peut être encore plus le problème de l’endoctrinement, de la pression du groupe, du lavage de cerveau. Selon vous, pourquoi Teppo avait-il trouvé son équilibre dans ce groupe avant de le fuir ?

Souvent, la raison principale qui nous pousse à rejoindre un groupe, depuis la mafia jusqu’aux scouts, c’est le besoin d’appartenir à une entité. J’enfonce des portes ouvertes en vous disant que les êtres humains ont besoin de croire en quelque chose, ou d’appartenir à quelque chose. Dans le cas des néonazis, beaucoup d’entre eux ont été négligés ou abusés quand ils étaient petits. La famille, l’enfance, s’est bien souvent à la source des dérives. Ceux que nous avons rencontré nous ont expliqué qu’ils se sentaient en sécurité parmi leurs frères. Bien sûr, il ne faut jamais généraliser. On trouve également des jeunes de familles privilégiées sans passé difficile qui recherchent en vain une certaine forme d’acceptation ou de reconnaissance.

Ces moments de violences néonazies, s’agissait-il des scènes les plus difficiles à tourner ?

Les scènes physiques sont toujours assez difficiles à jouer. Mais ce n’est pas le plus délicat, le plus challengeant en tant qu’acteur. Les scènes où la haine est à son point culminant, où le personnage se déteste au plus haut point étaient bien plus difficiles. Il fallait trouver cet équilibre entre la haine qu’il se porte, et celle qu’il a envers ce qu’il commence à détester ; entre sa volonté de devenir un homme meilleur, et la pression du groupe qui le refait plonger dans ses travers.

Nous l’avons compris, le sujet est très lourd et votre personnage profondément dramatique. Pour autant, est-ce que vous avez des souvenirs plus légers, des anecdotes amusantes lors du tournage, ou pendant un festival ?

Une touche d’humour alors. Lorsque j’étais au festival du film de Palm Spring en Californie pour la promotion, je suis allé boire un verre de vin un soir après une projection. Il y avait un groupe de toutes petites personnes, relativement âgées, et juste derrière eux, une très grande femme blonde, mais vraiment très grande, peut être même trop grande pour être une femme (rires).  Lorsque je me suis déplacé, elle est venue vers moi, m’a arrêté net et dit d’un accent typiquement juif new yorkais : «Oh mon dieu, mais c’est le nazi, viens que je te fasse un câlin ». Toutes les petites personnes ont alors rappliqué comprenant que j’étais un acteur, et j’ai terminé la soirée de manière surprenante à écouter les histoires de tout ces hommes, qui avaient joué avec Charlie Chaplin lorsqu’ils étaient enfants.  

Vous venez de tourner votre premier film en Finlande ? Allons-nous le découvrir prochainement en France ?

Pour l’instant je ne sais pas, je l’espère ! C’est un film adapté d’un livre que j’ai écrit, et qui s’inspire de mon enfance. Ça s’appelle Above dark waters , c’est un film qui a rencontré un joli succès en Finlande, et a été sélectionné dans plusieurs festivals en Amérique et en Europe. L’histoire pointe les problèmes de violence et d’alcool dans une famille, vu au travers des yeux d’un enfant de 7 ans, qui lui essaye de se protéger dans cet environnement néfaste et délétère.

Vous jouez également dedans ?

J’interprète mon père.

Cette première expérience de réalisation a-t-elle déclenché l’envie de continuer derrière la caméra ?

J’ai écrit un deuxième livre que j’ai également adapté et qui reprend l’histoire mais 7 ans plus tard. Je suis en train de tout faire pour que le projet de film prenne forme et soit produit en Finlande.

D’autres projets à venir ?

Je tourne en Suède en ce moment même dans un thriller, où j’interprète un mafieux russe. Quelques autres films à venir dont deux comédies qui sortiront l’année prochaine. Et puis en Février 2015 sortira le film de Pierre Morel (Gunman) dans lequel je joue avec Javier Barden, Sean Penn and Idris Elba. J’écris beaucoup aussi, je commence tout juste un nouveau roman. Il faut rester occupé dit-on !

Nous remercions très chaleureusement Peter Franzen d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

La critique de Heart Of A Lion: ici 

Réalisateur : Dome Karukoski

Acteurs : Peter Franzen, Laura Bryan Birn

Durée : 1h39

Date de sortie FR : 22-10-2014
Date de sortie BE : (date indisponible)
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 24 Octobre 2014

AUTEUR
Claire Demoulin
[42] articles publiés

Le cinéma exerce sur moi ce pouvoir de substituer au regard un monde qui s’accorderait à mes d&...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES