Dossier & ITW
Entretien avec Zach Braff

Dix ans après le succès de Garden State, Zach Braff nous reçoit pour un moment privilégié au sujet de son second film Le Rôle de ma vie.

LPC : Votre projet de film a pu aboutir grâce à la plateforme de financement participative Kickstarter, qu’en aurait-il été autrement ?

Il n’a jamais été question d’abandonner. Pour autant, Il est incroyablement difficile d’obtenir les financements d’un film, précisément lorsqu’il s’agit d’un projet qui sort des sentiers battus. C’est presque mission impossible dès lors qu’on propose quelque chose d’un petit peu différent. Mais j’aime rappeler que sans la campagne Kickstarter, Garden State n’aurait jamais pu être tourné, et tout ce que les gens ont aimé dans ce film y sont car on m’a laissé avoir le final cut. Alors je savais avant même de commencer à réaliser Le Rôle de ma vie qu’il n’y a rien de plus essentiel que de pouvoir avoir le final cut, de pouvoir choisir mes acteurs... C’est pourquoi j’ai retenté ma chance, conscient d’avoir un réseau de fan très important. Mais je n’aurais jamais imaginé obtenir tous les fonds en 24 heures.

Garden State a pourtant remporté un franc succès, n’est-ce pas suffisant pour inciter les producteurs à vous confier le final cut ?

Non, peut être que si j’avais pu proposer un scripte un an après Garden State il en aurait été autrement, mais je n’ai pas tourné depuis longtemps, et les films dans lesquels j’ai joué depuis n’ont pas vraiment été des succès commerciaux. De plus on vous impose souvent de nombreuses conditions sine qua non, en contrepartie vous n’avez pas les acteurs de votre choix, vous avez un projet à 5 millions et on vous en donne 3 et demi. C’est un vrai parcours du combattant.

Quelle difficulté il y a t-il pour un réalisateur à tourner un second film après le succès du premier ? On est confronté à certaines attentes, est-ce quelque chose de motivant ou au contraire est-il vital de faire abstraction et de repartir de zéro ?

 Les gens vous jugeront quoi que vous fassiez, surtout aujourd’hui avec les réseaux sociaux. Alors il ne faut pas avoir peur de s’exposer, de dire voilà c’est moi, c’est ce que j’ai à dire, ce que je ressens, qui je suis. Maintenant jugez moi ! Et qu’on aime ou pas, il ne faut surtout pas essayer d’anticiper les attentes ou les critiques, mais de proposer quelque chose de vrai. Ca a déjà été le cas avec Garden State, j’ai été très humble, honnête, c’était un film très personnel où j’y ai mis ma vérité en espérant qu’il y ait des gens à qui ça parle.

Ce film est très personnel, il développe des thèmes déjà présents dans Garden State tels que la relation père fils, le deuil, la recherche du bonheur... Ces éléments sont-ils importants pour vous?

En effet il s'agit de deux films très personnels et l'inspiration me vient entre autre de mes propres expériences. J'ai par exemple été élevé selon la religion juive, ou encore, j'ai toujours aspiré à devenir acteur en dépit du manque de reconnaissance (cf. Le personnage d'Aidan dans le film). Nous proposons des films à un public intelligent qui possède la capacité de projeter ses propres questions, ses propres rêves, serait-ce de carrière ou bien d'histoire d'amour. En écrivant sur ce qui me parle, ce que je connais, j'espère faciliter ce processus d'identification aux personnages.

Vos films sont de véritables entreprises familiales, vous y engagez vos proches, vos amis de longue date, est-ce important pour vous d'être entouré de personnes qui vous connaissent bien?

J'aime travailler avec le même groupe. Tout d'abord, je sais à quel point ces acteurs sont bons pour avoir eu l'occasion de travailler avec eux. N'ayant que peu de temps pour le tournage (26 jours ndlr), c'est essentiel de ne pas perdre une minute. De plus, les réalisateurs que j'admire sont souvent fidèles au même groupe d'acteur.

En parlant de réalisateurs, quels sont ceux qui vous ont influencé?

Woody Allen certainement. C'est le maître incontesté de la comédie dramatique. Annie Hall est d'ailleurs mon film préféré. On bascule de moments hilarants à d'autres qui vous attrape à la gorge. J'aime aussi les surréalistes comme Jean-Pierre Jeunet ou Terry Gilliam, ils ont influencé mon univers fantastique.

Vous mentionnez les liens entre comédie et drame. Comment travaillez vous l'équilibre entre les deux?

L'équilibre parfait se trouve dans un entre deux très délicat à trouver. Car le mariage de l'humour et du drame est un art très fin, très subtil. Et il faut en même temps rester cantonné au réel pour que la magie opère.

Outre l'humour, vous voyez de la poésie dans les objets les plus triviaux...

Je vois de la beauté et de la poésie dans les objets du quotidien. J'ai par exemple porté des lentilles pendant de nombreuses années; des lentilles que je devais ensuite jeter. Et ça me faisait sourire à chaque fois de penser à tout ce que j'avais pu voir en 4 mois grâce à ces petits bouts de plastique, finalement jetés avec tous les autres déchets. C'est à la fois surréel et étrange. J'ai trouvé cela drôle si un de mes personnages conservait toutes celles portées au cours de sa vie. Ce sont ces petits riens, un peu bêtes, drôles, empreints de poésie, qui me font rire. Mais surtout, ces moments sont forts d'un point de vue visuel, ils font passer des messages bien plus marquants par les images que par les mots.

Dernière question, à plusieurs reprises dans le film, Aidan est renvoyé à ses souvenirs d'enfance, il s'y rêve comme super héros. Ces moments apparaissent comme des transitions dès qu'il doit faire face à la réalité et à ses responsabilités. Est-ce une manière de figurer le chemin vers la paternité?

Ces souvenirs lui reviennent comme des crises d'angoisses. Mais C'est surtout là une métaphore dans l'idée des épopées grecques. C'est à dire, qu'arriverait-il si la version adulte du super héros qu'il se rêvait enfant revenait pour le guider? Car une petite fille qui se croit princesse, elle l'est simplement, sans embarras. De même pour le petit garçon qui rêve d'être un chevalier. Il est libre de devenir celui qu'il veut être. Alors qu'une fois adulte vous vous rendez compte que ce n'est plus le cas.

La critique du Rôle de ma vie

Cette interview à été co-réalisée avec Gauthier Moindrot de CLAP et Thomas Perillon de Lebleudumiroir.

Réalisateur : (Indisponible)

Acteurs : (Indisponible)

Durée : (durée indisponible)

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Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 14 Août 2014

AUTEUR
Claire Demoulin
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