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Audrey Hepburn

À l'occasion du vingtième anniversaire de son décès, ce n’est pas un dossier que l’on devrait consacrer à Audrey Hepburn mais bien un poème. Elle qui traversa les années 50 et 60 d’un charme en avance sur son temps et qui préféra consacrer à maintes reprises sa vie de famille à sa carrière. Retour sur une actrice qui sut s’entourer des plus grands noms du cinéma pour devenir - bien involontairement - l’icône des générations suivantes.


La souffrance comme fil conducteur

La carrière d’Audrey Hepburn peut être considéré comme un tunnel catharsique sans fin. Né en 1929 à Ixelles, elle vécut une partie de sa jeunesse aux Pays Bas où sa mère est une parente proche de la famille royale. Acoquinée avec le dernier empereur allemand, la famille Hepburn fera l’apprentissage de la peur : une partie des siens sera fusillée, le frère d’Audrey sera envoyé aux travaux forcés en Allemagne, elle assiste à 14 ans à une exécution. L’histoire retiendra que son premier passage sur les planches s’inscrivit dans un spectacle de danse visant à récolter des fonds à destination de la résistance.

Selon sa biographe, Diana Maychick, Audrey sera malnutrie une bonne partie de la guerre, ce qui sera à la base de sa silhouette longiligne.

Il faudra attendre 1946 et ses 17 ans pour la voir se produire devant une caméra, dans le cadre d’un film promotionnel vantant les mérites touristiques de la Hollande, où elle joue le rôle d’une guide pour la voix-off.

Son père, Joseph Hepburn, est un banquier anglais mais surtout un fasciste convaincu. Selon son dernier mari, Robert Walders, Audrey aurait confiée à la fin de sa vie que la “trahison” de son père et son absence ont forgé chez elle un profond sentiment d’insécurité tout au long de sa vie.


Le baiser de Dieu

Alors inconnue, sa carrière bascule au petit-déjeuner. Audrey tourne la comédie française Nous irons à Monte-Carlo dans l’hôtel “Le côte d’Azur”, Colette, descendu le même jour, tape un scandale car elle ne peut se rendre dans la salle de déjeuner où le tournage a lieu. L’illustre romancière qui revient de Broadway où elle a accepté l’adaptation de Gigi tombe nez à nez avec la jeune actrice et s’exclame : “c’est elle !”, sous-entendant qu’elle venait de trouver son actrice principale.

Après son succès sur les planches, Audrey Hepburn tourne alors son premier film hollywoodien qui va la consacrer d’entrée comme une étoile montante : Vacances romaines (1953).

Savamment pensé, la sortie du film a lieu en même temps que l’accession au trône d’Elisabeth II d’Angleterre. Elle y joue une princesse en voyage officiel à Rome qui pour échapper aux obligations de son rang disparaît anonymement dans la ville. Elle rencontre un journaliste, en tombe amoureuse et finit par sacrifier leur amour à la raison d’état.

Ce premier film est symptomatique du jeu d’Audrey Hepburn, privilégiant la représentation des émotions à celui de la séduction. Billy Wilder (qui produira Sabrina) dira d’elle que “Dieu l’a embrassée sur la joue”. A 25 ans, elle reçoit ainsi l’oscar de la meilleure actrice. Son allure altière, sa diction parfaite dans de nombreuses langues dépareillaient dans le cinéma de l’époque, plus à même de représenter les femmes de manière voluptueuse.

 



William Holden, Audrey Hepburn et Humphrey Bogart sur le tournage de Sabrina


Auréolée de son nouveau statut, Audrey Hepburn interprète alors Sabrina (1954) - encore une jeune ingénue - qui va devoir faire le choix entre Humphrey Bogart  et William Holden. Une constante pour cette actrice qui tiendra souvent la dragée haute à des acteurs plus âgés qu’elle, ce qui fut le cas encore une fois pour Funny Face (1957) en compagnie de Fred Astaire.

Plus qu’une simple répétition de l’ingénue qui tombe amoureuse, elle exprime dans Drôle de Frimousse (le titre français de Funny Face) un potentiel comique qui révèle sa capacité à s’adapter à de nombreux rôles. Ce film marque également le début d'une collaboration plus étroite avec le couturier Hubert de Givenchy, qui va façonner son  image et lui conférer un style universel.
 



Audrey Hepburn et Fred Astaire - Funny face

Entre ses répliques données au plus grand et son association avec le jeune talent de la mode de l’époque, Audrey se confère une notoriété qui va dépasser le cinéma des années 50 et 60.

L’histoire retiendra d’elle une image : chignon banane, maquillage outrancier, porte-cigarettes au bout des lèvres et bijoux au cou dans cette affiche promotionnelle (qui ne reprend aucune scène du film !) pour Diamants sur canapé (1961 - le titre original étant Breakfast at Tiffany’s). Elle y interprète Holly Golightly, une jeune call-girl qui va s’éprendre de son nouveau voisin Paul Varjak (interprété par Georges Peppard, le “Hannibal” de l’Agence tous risques) , romancier paumé en quête d’inspiration.

Il y aurait tant à dire sur cette adaptation cinématographique édulcorée de l’oeuvre de Truman Capote, celle-ci étant peu fidèle au bouquin de l’auteur de “De sang-froid” qui baigne dans le stupre et l’alcool.
 



Audrey Hepburn - Breakfast at Tiffany's

 

Capote aurait préféré la scandaleuse (mais ingérable) Marylin Monroe. Finalement, c’est Audrey Hepburn qui décroche la timbale pour une interprétation qui n’avait rien de gagné d’avance tant le personnage apparaît aux antipodes de sa personne. Paradoxal lorsqu’on sait que la génération actuelle ne semble retenir d’Audrey que cette image, représentant une forme d’élégance et de classe propre aux générations passées. Quoiqu’il en soit, l’interprétation tient à elle seule le film, l’actrice glissant de scène en scène avec une aisance qui fera son charisme et sa légende. D’une certaine manière son jeu préfigure ces actrices vaporeuses et distantes telles que Gainsbourg ou Dunst.

A bien y penser, ce rôle reflète les profondes fêlures que vit l’actrice à cette époque : déchirement avec son mari Mel Ferrer, mélancolie croissante, difficultés à devenir mère et traumatisme de la guerre qui lui impose cette peur de la perte et des blessures comme tend à le penser sa biographe.


Un break after Tiffany’s

Le revers du succès actuel de Breakfast at Tiffany’s, c’est que l’on a oublié comment l’actrice a su multiplier les rôles différents après cette oeuvre : Charade (1963), où elle joue avec Carry Grant et où elle renoue avec le rôle de menteuse qui l’a lancé dans Vacances Romaines, My Fair Lady (1964), une comédie musicale à rallonge et Seule dans la Nuit (1967) où elle tient le rôle d’une aveugle qui affronte l’intrusion de trois malfrats au sein de son appartement. Ce dernier film, très proche de la pièce de théâtre, en situation de huis-clos, l’obligera à porter des lentilles afin de rendre son regard moins expressif. Si ce n’est pas le dernier de ses films, c’est certainement l’ultime pierre à sa légende. Elle perd beaucoup de poids durant le tournage et divorcera de Mel Ferrer, avec qui elle joua Guerre et Paix et se consacrera alors à sa vie de famille et à l’humanitaire durant huit ans.

 

Élégante en toutes circonstances...ahem.


Devenue ambassadrice pour l’UNICEF (“J'étais une enfant sous-alimentée pendant les années de l'après-guerre. J'ai bénéficié des services de l'Unicef, j'ai connu l'Unicef toute ma vie”) elle affronte alors les horreurs des conflits, de la famine et des épidémies qui frappent les pays du Tiers Monde. Idéaliste, le masque de la naïve qu’on lui a assigné durant toute sa carrière tombe, elle déclare lors d’une émission de télévision éprouver une colère énorme contre tous, ne croyant pas à la culpabilité collective mais à la responsabilité collective. Selon ses proches, sa confrontation directe à la misère humaine a précipité sa maladie et son cancer.

Elle décède le 20 janvier 1993, à 63 ans, marquant de deux décennies les toiles des salles obscures, entre sincérité et charisme, entre enthousiasme déferlant et quête d’elle-même.

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5 films à voir absolument pour se faire une idée :

1- Breakfast at Tiffany’s de Blake Edwards (1961)
2- Funny Face de Stanley Donen (1957)
3- Wait until dark de Terence Young (1967)
4- My fair lady de Georges Cukor (1964)
5- Roman Holidays de William Wyler (1953)

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5 scènes à retenir d'Audrey Hepburn :

 

La scène de danse surréaliste sous le regard atterré de Fred Astaire dans Funny Face




La fête de Breakfast at Tiffany’s




La scène de la course hippique de My Fair Lady




Le shooting photo préparé par Givenchy sur Funny Face




Le final de Wait until dark (Seule dans la nuit)




 

Réalisateur : (Indisponible)

Acteurs : Audrey Hepburn

Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 20 Janvier 2013

AUTEUR
Michaël Bastien
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Webmaster du site, j'entretiens un rapport de "je t'aime moi non plus" avec les salles obscures. J'...
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