Critique de serie
Vikings

L’histoire des vikings a été à l’origine de nombreux fantasmes et c’est assez logiquement que cet imaginaire a fini par gagner le petit écran. Imaginez ces païens musclés et chevelus adorateurs de sacrifices humains, polygames, assoiffés de conquêtes et jamais avare de bitures et d’orgies. Pas besoin d’énumérer davantage les qualités cinégéniques du peuple viking, on comprend ce qui a motivé le scénariste Michael Hirst (déjà à l'oeuvre sur Les Tudors et producteur de Camelot et Borgias) à s’engager dans cette folle épopée contant les exploits de Ragnar Lothbrok, l’une des figures les plus emblématiques de la légende viking.

Une série violente et sanguinaire

Les vikings se sont surtout illustrés par leur propension à conquérir des territoires lors de raids meurtriers. Le mot d’ordre : boucherie sans quartiers. La série élabore ainsi son arc narratif autour de séquences de combats réalistes où des gros bras barbus se rentrent dedans comme des rugbymen en pleine mêlée. Les amateurs de giclée d’hémoglobine seront comblés. La routine de la baston est donc attendue avec enthousiasme à chaque épisode (elle est récurrente). Mais à y regarder de plus près, la maestria des scènes de combat respire à plein nez la poudre aux yeux. Si à l’avant plan les mecs et les filles (car chez les Vikings, les femmes participent aux bains de sang) envoient du gros bois, à l’arrière plan les figurants répètent des mouvements saccadés pour faire comme si. Cette impression d’amateurisme et de manque de perfectionnisme est évidemment navrante.

Reconnaissons aussi d’emblée que l’intrigue digne d’un bon vieux magazine people et ses dialogues faméliques offrent beaucoup moins d’intérêt à l’entreprise que son illustration régulière sur le champ de bataille. Au niveau de l’intrigue, Vikings ressemble à un Game of Thrones rachitique qui n'aurait que la peau sur les os, condamné au jeu des chaises musicales (Ragnar bien plus malin que ses ennemis déjoue tous les coups d’état et assure au bon train la trajectoire de ses ambitions) et aux amourettes artificielles. Vers où va la série, on se le demande tant elle manque d'enjeux...

Des personnages stéréotypés

Autour de ce jeu des convoitises une horde de personnages aux intentions duales qui ne cessent de changer d'avis, la première femme de Ragnar (Katheryn Winnick) qui préfère la fuite à la cohabitation avec la seconde épouse, le frère qui se rêve Jarl à la place du Jarl (sacré bestiole que ce Clive Standen), l’épouse du roi déchu Siggy jouée par l’excellente Jessalyn Gilsig (Nip/Tuck, Heroes), Floki la tête pensante de Ragnar ou encore le moine copiste Athelstan, conseiller ennuyeux du Jarl. Michael Hirst peine à faire exister ce petit monde en lui prêtant foule d’intentions qui trouvent rarement matière à aboutissement comme s’il abandonnait ses idées en cours de chemin et les ramenait toujours dans le giron de Ragnar. En gros, si les têtes tombent, l’entourage de Ragnar ne peut qu’exister dans son ombre, les personnages secondaires l’étant par opposition. On finit par se moquer totalement de leur influence sur la série et de leurs changements de caps fréquents.

Bon alors quel intérêt ?

Les quelques rares paysages irlandais (70% de la première saison a été tournée en studio), la mise en scène tortueuse qui transpire la magie des séquences d’intérieur, l'atmosphère poisseuse, la maestria des scènes de baston rapprochées, les corps sculptés des nordiques épanouis lors des corps à corps (sexualité suggérée mais inexistante à l’écran, les vikings ont une sexualité pudibonde, c'est bien notre chance), l’organisation de la vie des vikings, assez égalitaire, tournée autour de leur temple festif (je ne vous parle pas des raids maritimes dont l’ellipse est la meilleure alliée après le vent). La série c’est son personnage principal, Ragnar campé par Travis Fimmel, acteur et top model australien, au regard hypnotique et habité, furieusement charismatique. Travis Fimmel, beau comme un dieu, a investi son personnage corps et âme, les yeux électriques aussi fous que perçants. Le rythme de son élocution rajoute à la dimension mystique du Jarl. Il est Ragnar, perclus de tics et d’attitudes soigneusement composées. Au point même que l’acteur qui joue son fils plagie son phrasé.

Mais une série qui repose sur un acteur c’est dangereux ! En effet, ce dernier finit par parodier son jeu à force de le répéter comme un mantra. Se détacher de lui, c’est ce que la série doit faire pour exister davantage et ne plus être uniquement l’illustration musclée d’une légende scandinave sans aucun suspense. A suivre donc...

Saison 1 : 9 épisodes
Saison 2 : 10 épisodes
Saison 3 : prévue en 2015


 

Durée : 0h42

Date de sortie FR : 10-06-2013
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 08 Mai 2014

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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