Critique de serie
Top of the lake

Quand de grands cinéastes s’intéressent soudainement au média télévisé c’est avec un certain intérêt que l’on attend leur production. Et si beaucoup d'entre eux produisent et réalisent le pilote d’une série sans s’y impliquer à 100% (comme David Fincher avec le récent House of Cards notamment ou Martin Scorcese avec Boardwalk Empire) peu prennent le temps d’écrire et de réaliser une série de A à Z. Pour des questions de temps sans doute (l’écriture d’une saison est très longue et empêcherait lesdits cinéastes à travailler sur leurs films) mais également pour une question de renommée. Malgré la légitimité que les séries ont obtenu ces dernières années grâce à des chefs-d’œuvre comme Mad Men ou Six Feet Under, cela reste un media moins glamour et prestigieux que l’est le cinéma. Jane Campion par contre s’est investie à fond dans sa série. Elle a coécrit et réalisé (ainsi que coréalisé) l’intégralité des 7 épisodes de Top of the Lake. En voyant la série on comprend qu’elle est en fait construite et réalisée comme un long film et que les interruptions entre les épisodes sont purement fonctionnelles (certaines étant d’ailleurs assez brutales) refusant toujours le jeu du cliffhanger.

La série se déroule à Laketop dans le Sud de la Nouvelle-Zélande. Tui a douze ans et tente de se suicider. On apprend rapidement qu’elle est enceinte mais refuse de donner le nom de celui qui l’a violé et, pire, elle disparaît sans laisser de traces. On dépêche sur place la détective Robin (Elisabeth Moss, la Peggy Olson de Mad Men) spécialisée dans les enquêtes impliquant des enfants et originaire de Laketop. Elle va s’investir corps et âme pour essayer de découvrir qui est le violeur de la fillette et surtout s'efforcer de retrouver Tui dont l’absence est de plus en plus inquiétante. Voilà le point de départ de la série. C’est somme toute relativement classique de prime abord, un postulat de série policière assez peu original. Mais ce qui va immédiatement donner une personnalité à cette dernière, c’est son décor, la ville lacustre de Laketop. Semblant parfaitement coupée du monde, on a le sentiment d’être sur une autre planète. Jane Campion parvient à créer ce sentiment d’étrangeté dans des décors absolument sublimes où l’humain est réduit au strict minimum (souvent un point flou dans un décor gigantesque). Et la série développe de manière parfaitement parallèle son enquête dont Tui est le point central. On explore aussi la ville à travers le personnage de Robin qui retrouve sur place les gens qu’elle a connu jadis quitte à rouvrir des blessures qu’elle croyait fermées. 

Autour d’elle gravite plusieurs personnages fondamentaux. Comme Matt (Peter Mullan excellent) le père violent est whitetrash de Tui. Mais aussi GJ (Holly Hunter) énigmatique gourou d’une communauté de femmes vivant dans des containers au bord du lac, un endroit rebaptisé Paradise. Sans oublier le chef de la police (David Wenham) qui va aider Robin dans son enquête. Tous ces personnages donnent le sentiment d’une communauté fermée sur elle-même où tout le monde se connaît et où chacun porte en lui de profonds secrets qu’il ne serait pas bons de révéler.

Ce qui fait toute la valeur de la série c’est sa charge émotionnelle énorme. Tout est lourd et sombre et les personnages semblent être sans cesse au bord de la rupture perdus dans des décors absolument sublimes aussi attirants qu’effrayants. Robin se dévoilera dans tout ce qu’elle est et son âme sera pour ainsi dire étalée à l’écran. C’est probablement là que la série est la plus belle et poétique. On en sort des images plein la tête baigné par une atmosphère incroyable et unique. La série est ainsi, intense, forte, puissante comme guidée par les éléments eux-mêmes qui imposent un rythme et une atmosphère si particulière que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Ce n'est peut-être pas une grande série (sans doute trop courte, son aspect « enquête » parfois un peu léger) mais elle vaut largement le coup d’œil ne serait-ce que par ce sentiment permanent que le cinéma a investi la télévision. 

Diffusion sur ARTE les 7  et 14 novembre 2013.

Sponsorisé par Be On

Durée : 1h00

Date de sortie FR : 07-11-2013
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 05 Novembre 2013

AUTEUR
Grégory Audermatte
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