Critique de serie
The Walking Dead

Rick Grimes (Andrew Lincoln), un flic provincial américain se réveille d'un coma dans lequel il était plongé après une vilaine blessure et découvre avec stupeur que le monde, pendant son absence, a vécu une apocalypse. La surface de la planète est devenue un terrain de jeux pour les zombies. Rues désertes, autoroutes remplies de voitures à l'arrêt (angoisse des réserves de pétrole taries), centres commerciaux vides où seuls les rats se promènent encore sereinement. Rick est un gars avec des valeurs, un homme dont l'Amérique est fière, certainement un héros du 11 septembre s'il avait habité New-York, un homme attaché à son uniforme et à son flingue tout autant qu'à sa famille. D'ailleurs, après avoir trouvé son domicile portes ouvertes et chambres mortes, il se met en tête de retrouver sa femme Lori (Sarah Wayne Callies) et son fils Carl (Chandler Riggs), rencontre ci et là quelques survivants hostiles qui lui défoncent le crâne avant de se rendre compte qu'il n'avance pas en gémissant, le visage couvert de morsures et la chair puant la mort. Après avoir repris ses esprits, il emporte avec lui un stock d'armes qui laisse à penser qu'il va mener une guerre et part en direction d'Atlanta où sa femme et son fils auraient pu se réfugier.

 
Toute la première saison menée tambour battant autour du concept de film de zombies et de suspense tonitruant va se concentrer autour d'une quête individuelle, celle d'un homme privé des siens et qui fera tout pour les retrouver. Isolé dans un char (de nouveau une connotation militaire qui laisse de plus en plus à penser que les zombies seraient la métaphore d'un peuple envahisseur), Rick doit son salut à l'arrivée de Gleen (Steve Yeun) un américain originaire de Corée du Sud, un allié légendaire des ricains (nouvelle preuve s'il en fallait une). Puis c'est l'attendu remake de Dawn of The Dead, celui du Roméro de 1978 et celui du Snyder (2004), critique masquée de la société de consommation dans les films, ici prétexte à l'hommage nerd. Dans l'inconscient geek, le film de zombie est un peu associé au centre commercial, il fallait donc en passer par là.
 
Rick s'échappe après avoir menotté sur le toit du centre commercial, un bouseux américain raciste et incontrôlable, Merle. Il retrouve sa petite famille saine et sauve dans un campement sans se douter que sa femme le croyant mort s'est empressée de 'se faire' son meilleur pote Shane (Jon Bernthal). Là, la série se dote d'une dimension dramatique assez convenue, deux amis aiment la même femme. L'originalité venant du fait que le mari passe pour un idiot à retrouver sa femme dans l'allégresse alors qu'elle en pince encore pour le faux frère. Shane, personnage antipathique et demeuré est aussi flic. Un plus rugueux, un qui fonce tête baissée dans l'ennemi et dégomme du mort vivant au petit déjeuner. Autour de lui, l'Amérique est représentée, des afros, des vieux, des mères célibataires, des nordistes, des sudistes, de familles... et des illuminés.
 
 
Pendant qu'un convoi retourne chercher Merle sur le toit du centre commercial, vu que son frère, une sorte d'ermite de la forêt ne quittant jamais son arbalète, a vu d'un mauvais oeil qu'on ait sacrifié son grand brother, un homme creuse des tombes sur le camp. Cet homme fait penser à Curtis LaForche (Michael Shannon) dans Take Shelter... un homme qui a des prémonitions sur la fin du monde. Et il a vu juste car le camp est attaqué alors que les hommes sont encore en ville en train de déloger le raciste sur le toit, qui en plus s'était fait la malle. Cette scène de fossoyeur est de loin la meilleure de la saison !
 
A la fin de cette dernière, les campeurs partent se réfugier dans un centre de soins. Un scientifique un peu barré leur apprend qu'il n'y a aucun antidote pour enrayer la progression des zombies et que l'humanité est vouée à disparaître. Le centre explose avec ceux qui ont voulu se suicider (tous ceux qui en avaient marre de jouer dans cette série), les autres repartent vers la deuxième saison.
 
Globalement, la première saison (6 épisodes) est relativement réussie. Elle plante le décor à partir du point de vue d'un homme isolé, un homme qui renaîtrait après l'apocalypse. Elle ancre les valeurs familiales et guerrières comme références, il y a un côté un peu réactionnaire dans cette vision d'une Amérique isolée, luttant seule contre le reste du monde, prenant les armes et établissant un camp de fortune comme si elle était projetée dans le passé tels les premiers colons arrivés en Virginie en 1607 mais il y a aussi une certaine maîtrise...
 
 
L'atmosphère anxiogène, le réalisme des scènes de tueries qui rappelle les jeux de shoot'em up, l'originalité du scénario font de la première saison un véritable événement dans le monde mouvant de la série US. Adaptée du Comics de Chris Kirkman, la série est surtout bancale au niveau de son interprétation. Tous les acteurs sans exception forcent le trait. En les regardant scrupuleusement agir dans ces situations désespérées, on se rend compte qu'ils surjouent certaines réactions et que la plupart du temps ils sont complètement en dehors du coup. L'acteur principal (Andrew Lincoln), leader né mais en proie au doute et aux mauvais choix n'a pas vraiment le charisme nécessaire et Sarah Wayne Callies (Sarah Tancredie dans Prison Break), son épouse, est insupportable avec ses petites mimiques nerveuses. Le troisième larron, le flic ami et amant est lui carrément mauvais. Finalement les quelques rares bonnes surprises viennent des acteurs secondaires comme Laurie Holden ou Norman Reedus. Il y avait tout de même dans cette première série un aspect prenant et on avale les six épisodes sans demander son reste.
 
Dans la deuxième saison, l'effet de surprise ne joue plus. Le scénario doit normalement bénéficier d'un second souffle pour espérer maintenir l'attention. Les 7 scénaristes décident alors au détour d'une pause café peu inspirée de lancer l'intrigue sur la disparition d'une fillette. En plus, c'est à cause du héros Rick qu'elle disparaît. Pendant sept épisodes la petite troupe aura à loisir de passer son temps à chercher la gamine. Beaucoup moins centrée sur l'action que la première saison, la seconde voit fleurir une thématique récurrente du microcosme sérielle américain, la religion.
 
Nous l'avions déjà compris, The Walking Dead prônait les valeurs familiales et va-t-en guerre, il lui manquait le troisième larron, la religion. Tout ça pour mener à une seule et globalisante valeur : Le repli communautaire. Ce repli communautaire est illustré à merveille par la ferme du Docteur Greene, gentil patriarche vétérinaire qui soigne le fils de Rick et Lori blessé par balle après avoir fantasmé une relation exclusive avec un cerf. L'occasion toute trouvée pour mesurer l'importance des valeurs chrétiennes dans  le conditionnement télévisé.
 
 
Le couple est tout d'abord mis doublement à l'épreuve. Le fils entre la vie et la mort pose la question de l'euthanasie qui si elle est évoquée est vite balayée. Offrir un monde de désolation à un enfant est-il une bonne chose ? La réponse est oui ! Nous vaincrons la crise en famille. Lorie avoue enfin à Rick qu'elle a froucholé avec Shane pendant son absence, l'honnêteté ! Les deux amis sont perpétuellement en conflit, on s'aperçoit que Shane est une ordure puisqu'on le suspecte d'avoir tiré sur un camarade pour distancer des zombies et leur offrir en sacrifice. Cette position extrême du personnage le rend par là-même complètement inutile puisque personne n'a envie de lui confier sa survie. Mais c'est surtout lors de la découverte d'une fameuse grange que la série annonce son intention première !
 
La grange recèle en effet une meute de zombies. Le Docteur Greene partisan d'une Eglise humaniste pense que tout être vivant a droit à la vie et il empêche quiconque de tuer les zombies. Ils ne représentent pour lui aucune menace ! Génial se dit-on, puisque les zombies sont des étrangers incompris, il va peut-être y avoir moyen de trouver un accord et de créer une nouvelle forme de vie en mixant les humains aux zombies puisque le sexe petit à petit s'insinue dans la série à travers la relation de Gleen et de la fille du Docteur. Mais c'est sans compter la haine de l'autre symbolisée par Shane. Alors que les poursuites pour retrouver la petite fille s'épuisent à l'instar de l'intérêt de cette série qui ne fait plus que parler de Dieu, Shane pousse ses camarades à dégommer tous les morts vivants de la grange. Les survivants s'installent donc chez leurs hôtes, ces derniers les soignent et les nourrissent et ils décident tout de même de faire régir leur propre loi ! C'est ce qu'on appelle l'esprit colonialiste.
 
 
Au bout de sept épisodes aussi indigestes que porteurs d'un message désespérant d'ethnocentrisme, la bande de Rick et Shane ouvre la grange et décharge les barillets sur les anciens membres de la famille du Docteur. C'est un peu le dommage collatéral de la guerre. Les corps tombent les uns après les autres rappelant les exécutions expéditives des camps de la mort où les corps décharnés s'abattaient dans la neige sous les rires des kapos. Et sous l'épais brouillard provoqué par les balles une forme surgit de la grange, s'en extrait et avance boitillante à travers les dépouilles. Mais oui c'est bien la petite fille qu'on cherchait depuis 7 épisodes et qui a entre-temps été transformée en zombie et avait passée son temps à tourner en rond à quelques centaines de mètres d'eux. Se pose alors la question plus délicate de tuer quelqu'un que l'on connaît... Rick en héros de l'Amérique communautaire se charge de la sale besogne pour le bien des siens. En temps de guerre, un bon militaire tue les déserteurs et les alliés passés chez l'ennemi.
 
Excessivement bavarde, centrée sur le trident républicain, cette deuxième saison est presque détestable et est complètement ratée. Les producteurs ont d'ailleurs suspendu cette dernière avant de promettre les 6 derniers épisodes à partir de février. Une troisième saison sera déjà signée et on se demande bien ce qu'elle pourra apporter de nouveau. Construite sur un fantasme geek, celui d'un film de zombies étiré sur la longueur, The Walking Dead parle de cette Amérique prise de culpabilité et qui pour s'en défaire se referme sur elle-même, une arme dans une main, la bible dans l'autre.
 
 
Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : 31-10-2010
Date de sortie BE : 31-10-2010
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Critique mise en ligne le 21 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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