Critique de serie
The Strain

De quoi ça parle ?

JFK Airport, un avion s’immobilise sur le tarmac, lumières éteintes et communication coupée avec la tour de contrôle. La panique s’installe, les autorités décident alors d’envoyer le CDC (Centers for Disease Control) faire un tour dans le cockpit histoire de voir de quoi il en retourne. Stupeur et tremblement, 206 corps paisiblement installés sur leurs sièges sont retrouvés morts, seuls 4 survivants aux traits blafards ont survécu. A quoi ? A un méchant virus pardi ! Un virus qui phagocyte le corps humain et le transforme en bête prédatrice armée d’une longue trompe carnivore qui suce le sang des vivants. Le très cartésien épidémiologiste Dr Ephraïm Goodweather (qui ne fait pas la pluie et le beau temps), refuse de croire à cette histoire de Maître viral revenu depuis les profondeurs de la seconde guerre mondiale pour éliminer l’humanité… Il va pourtant devoir accepter s'y résoudre quand les 206 passagers morts vont revenir à la vie avec des intentions cannibales.

D’où sort cette série ?

Produite par FX Productions, The Strain est une série horrifique créée par le papa des grosses bestioles, Guillermo Del Toro. Il s’associe au scénariste Chuck Hogan pour l’écriture et démarre le tournage en 2013 pour un total de 13 épisodes. La série a d’ores et déjà été renouvelée pour 13 nouveaux épisodes. Elle est directement adaptée du roman The Strain écrit par Del Toro et Hogan, premier tome d'une trilogie du même nom.

Qu’est-ce que ça vaut ?

Après Fincher (House of Cards), Spielberg (Band of Brothers, Boardwalk Empire), Alfonso Cuaron (Believe), Lynch (Twin Peaks), Hitchcock (Alfred Hitchcock présente), au tour de Del Toro d’utiliser la temporalité étendue de la série TV pour développer sa vision et la soumettre à l’épreuve du petit écran. Le pilote Night Zero est passionnant, couleurs saturées, ambiance nocturne, mystère ambiant, tout est savamment installé pour faire monter crescendo le caractère anxiogène de l’agent pathogène. En gros, on se demande à quelle sauce on va être mangés.

Mais dès le deuxième épisode, ça se complique ! Pourquoi ? Pour y répondre déconstruisons la série en trois points.

Scénario : Del Toro le reconnaît avec honnêteté, il n’y connaît pas grand-chose en série criminelle, vu qu’il est tout de même question de poursuivre les méchants, oui car la planète est menacée par le gros virus appelé The Master. Il a donc demandé l’aide de Chuck Hogan. Manque de bol, le dernier cité n’a pas un talent inné pour raconter une histoire (précisons que nous n'avons pas lu le roman orginal). The Strain (La Souche) ne brille pas par l’intelligence de son scénario, c’est le moins que l’on puisse dire. On se retrouve à mi-chemin entre NCIS Police Scientifique et The Walking Dead, la tension en moins. Les morts revivent, retournent dans leurs familles pour contaminer leurs proches mais ni les autorités, ni les médias ne semblent être concernés. Afin de ne pas s’emmerder avec ces impondérables, le duo imagine un grand complot paranoïaque déjà à l’épreuve dans Utopia (série britannique dont le remake américain va être assuré par Fincher himself). Un peu facile… exit les médias, exit les autorités, il suffit d’un groupe de hackers pour foutre toutes les communications hors de service et laisser le virus se répandre. On se retrouve uniquement plongé dans la survie d’un petit groupe façon The Walking Dead face à l’envahisseur vampirique. Mais le pire n’est pas encore là, c’est plutôt dans la récupération de la seconde guerre mondiale qu’il se trouve. Le gros virus appelé The Master sévissait déjà dans les camps de la mort. Il mangeait du juif. Son pire ennemi : un ancien prisonnier, Abraham Setrakian, qui avec son gros sabre tranche les têtes des sbires du Master. Les morts vivants infiltrent tous les niveaux de l’Etat en vue d’exterminer les juifs et l’humanité. Les flash-backs réguliers dans les camps de la mort et les années 40 sont fragiles, pour ne pas dire idiots. Va falloir arrêter avec l’idée que les nazis sont encore infiltrés et continuent à dominer le monde.

Mise en scène : Niveau formel, pas grand-chose à dire… Si on aime les ambiances feutrées et les effets spéciaux avec des gros vers qui rentrent dans les pupilles, on sera comblé. Le maquillage des morts vivants infectés est sympathique, moins réussi que dans The Walking Dead mais efficace. Le grimage du jeune Setrakian en homme d’âge mûr dans les années 60 ou 70 est nettement moins réussi. Mais bon c’est un détail… Le petit groupe qui survit composé d’un dératiseur (oui, je vous assure), du vieux Satrakian, de l’épidémiologiste météorologue, de la hacker revenue à de bonnes intentions et de la maîtresse de l’épidémiologiste se bat dans des endroits riches en claustrophobies, station essence, égouts, tunnels étroits, en petit groupe serré et explose des crânes à tire-larigots. Tout ça est soigneusement balancé. C’est du travail propre sans être exaltant, un peu victime de son genre, cadenassé entre un bunker et un tunnel.

Direction d’acteurs : Là ça coince à nouveau ! Le rôle titre est confié à Corey Stoll, l’acteur qui a bouffé à tous les râteliers des séries ricaines bas de plafond, FBI portés disparus, NCIS enquêtes spéciales, New York Police Judiciaire et récemment House of Cards (l'alcoolique et manipulé Peter Russo) et prochainement Homeland 4. Il n’est pas connu pour la subtilité de son jeu et peine à convaincre en tant qu'épidémiologiste. Même l’excellent David Bradley (Another Year, Harry Potter, Game of Thrones) semble à côté de la plaque. Aucun des acteurs de cette série ne parvient à nous faire croire à la véracité du propos, la faute sans doute à des personnages aussi superficiels que lisses. L’humanité s’effondre, les proches tombent comme des mouches mais personne ne semble affecté ou concerné… si du jour au lendemain on vous annonce qu’un virus transforme les gens en vampires, vous ne vous y faites pas en une heure… dans The Strain si ! C’est bien tout le problème, autant la mise en place de l’histoire était réussie dans le pilote, autant la progression entre le résultat et les causes souffre d’un sérieux manque de cohésion. Dommage, car il y avait matière à emballer une histoire terrifiante, elle est malheureusement dévoyée beaucoup trop tôt… Ne reste qu'un vague relent d'égout.

Durée : 0h42

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 06 Octobre 2014

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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