Critique de serie
The Leftovers - saison 2

Plus d’un an et demi après la fin de sa première saison, The Leftovers nous revient pour un deuxième acte qui rappelle la place importante qu’occupe cette série HBO dans le paysage audiovisuel et dramatique aujourd’hui. Ses auteurs, Damon Lindelof (également le papa de Lost) et Tom Perrotta (romancier dont la première saison est une adaptation à l’écran d’un de ses ouvrages), remettent le couvert dans un nouveau décor, mais non sans conserver une grande partie des personnages de la première saison. On retrouve ainsi dans la ville texane de Jarden (seule grande ville des Etats-Unis à ne pas avoir été touchée par la vague de départs quelques années plus tôt, et implanté au cœur du Miracle Park) ceux que l’on avait laissés dans l’état de New-York en état de choc, avec l’envie d’aller voir ailleurs…

La famille recomposée menée par Kevin, Nora, Jill et le bébé trouvé sur le perron de leur ancienne maison reste l’épicentre de ce récit. Mais autour d’eux gravitent toujours Matt et sa femme handicapée, les Guilty Remnants menés par Megan Abbott, ainsi que l’ancienne femme de Kevin, et son fils Tommy. Et comme il faut des ingrédients nouveaux pour alimenter la recette, Kevin et sa tribu font la connaissance de leurs nouveaux voisins, les Murphy, menés par un père pompier et justicier, et dont la fille, Evie, va disparaître avec deux autres de ses amies en pleine nuit, faisant penser à une nouvelle vague de disparitions mystérieuses…

Let the mystery be…

Il n’est pas simple de « raconter » et de recoller les morceaux de ce qui se joue dans les différents arcs narratifs de The Leftovers. Le réflexe premier du spectateur de la saison 1 était de comprendre les causes du départ mystérieux et soudain de 2% de la population mondiale de la surface de la terre. Dans cette saison 2, ces questions sont derrière nous (comme elles l’étaient déjà d’ailleurs dans la première saison finalement), même si l’implantation du récit dans une ville épargnée rappelle d’où l’on vient. L’idée de ces dix nouveaux épisodes est de questionner la façon dont on vit avec ce qui s’est passé, sans chercher coûte que coûte les solutions du problème. Tout est d’ailleurs parfaitement résumé dans le magnifique générique de cette saison, et surtout par la chanson qui l’accompagne : « Let the mystery be » d’Iris Dement, laissons vivre le mystère.

À sa manière, The Leftovers a ouvert la voie pour un genre nouveau, un genre où la mélancolie infuserait le drame jusqu’à recouvrir l’ensemble des thématiques mises en avant par le récit. L’œuvre de Lindelof et Perrotta est assurément une œuvre mélancolique, portant son regard sur des personnages qui tentent de vivre l’état présent du mieux qu’ils le peuvent en fonction de ce qu’ils ont vécu, ou non, le 14 octobre, jour du Departure. La chanson en apparence guillerette qui ouvre ainsi chaque épisode de cette saison 2 n’est finalement pas si légère que ça sous ses airs de country texane, et au fur et à mesure que la saison avance, devient, sans changer pour autant, un hymne déchirant.

Mélancolie toujours dans le sublime dernier plan de cette saison 2, qui voit la famille élargie de Kevin réunie après maintes péripéties, pour rappeler qu’au fond cette série se base sur une analyse structurée des rapports humains, avant de chercher tout effet spectaculaire et fantastique. Les personnages de The Leftovers sont des hommes et des femmes ordinaires, parfois névrosés, violents, sensibles, mais qui tous accommodent leur vie sans faire une fixation sur le deuil du 14 octobre. Ils ont aujourd’hui pour la plupart d’autres problèmes : noctambulisme de Kevin, violence de John Murphy, disparition de Evie…). Le puzzle que construisent les scénaristes de la série dans cette saison 2 n’est pas celui de l’extraordinaire expliqué, mais bien celui, plus fin, d’une cellule familiale dont les membres éparpillés finissent par se retrouver. 

Where is my mind ?

Avant cela, les dix épisodes de cette saison 2 auront apporté leur lot de rebondissements. Chaque épisode suit un personnage, ce qui peut dérouter quand notamment, nous quittons Jarden pour retrouver Tom et sa mère vers Mappleton, tentant de détourner les gens des Guilty Remnants, laissant alors de côté de qui faisait la colonne vertébrale de la nouvelle saison : l’enquête autour de la disparition d’Evie et de ses copines. Ce même épisode met en avant un thème centrale de The Leftovers : la croyance. A la fin de cet épisode, Tom endosse le rôle que portait dans la première saison le gourou Wayne, qui étreignait les gens pour les soulager de leur peine post-14 octobre, contre de l’argent. Dans un discours sublime digne des premiers films de Shyamalan (grand théoricien de la croyance), Tom révèle le programme d’une deuxième saison où chaque personnage sera aux prises avec ses démons intérieurs, ses questionnements, ses choix.

L’utilisation du tube des Pixies « Where is my mind ? » n’est pas le fait du hasard, surtout quand elle accompagne la décision de Kevin d’aller déterrer le cadavre de Patti (leader des GR tuées en fin de première saison), pour se libérer de son fantôme qui le hante au quotidien. Tout est affaire de confiance entre les personnages, de rétention d’informations et d’aveux pouvant entraîner des réactions en chaîne. Les questions que l’on retrouve d’un épisode à l’autre dans cette deuxième saison ont toutes à voir avec cette thématique de la croyance : Nora peut elle continuer de faire confiance à un compagnon qui perd la tête ; Matt attend-il en vain le réveil de son épouse, réveil qui aurait selon lui déjà eu lieu ; en quoi peut encore croire John, dont la fille disparue le fait douter de son pragmatisme et de sa haine des théories du miracle…

Il n’y a pas de miracles à Miracle

Ce n’est pas un hasard non plus si le fils de John, Michael, a la foi, et sert à l’Eglise de la ville auprès du Pasteur. Lindelof et Perrotta convoquent toutes les formes de croyances, de la religion jusqu’à l’exorcisme, en passant par ceux qui campent à l’entrée de la ville et qui n’ont pas le sésame pour y entrer. On l’a dit plus haut, The Leftovers est une série qui fonctionne car ses personnages sont en prise direct avec le réel, s’astreignant jour et nuit à des tâches du commun des mortels (ce qu’ils sont). Mais de par son pitch originel (le 14 octobre), la série comporte tout de même une part intrinsèque de fantastique, de surnaturel. C’est quelque part enfoui, ne demandant qu’à sortir. On ne s’attend pas à voir débarquer aliens ou autres envahisseurs pour autant. Mais avec brio et génie, les scénaristes de la série vont recentrer autour du personnage de Kevin Garvey (Justin Theroux impressionnant de bout en bout) les attentes du spectateur sur ce terrain-là, à la frontière du réel et de l’au-delà, comme pour donner l’illusion qu’un pont peut être dressé entre ceux qui sont partis, et ceux qui sont restés, et pour rappeler qu’où aille Kevin, il se passe toujours quelque chose.

Passons sur l’épisode lynchien de l’hôtel, son seul visionnement se passe de commentaires autant qu’il interpelle et sidère (une prise de risques assumée qui rappelle les heures les moins glorieuses de Lost, mais qui vaut quand même le détour, au moins pour son dénouement dramaturgique). Revenons plutôt sur la séquence qui y mène, cette séquence de vaudouisme menée par le grand-père de Michael, et qui doit plonger Kevin dans l’au-delà pour qu’il retrouve Patti et s’en débarrasse une bonne fois pour toute. À quelques épisodes de la fin de la série, c’est la foi du spectateur qui est alors mise à mal, à travers la « mort » de son héros, ni plus ni moins. Vertigineuse sensation que nous avons alors devant cette scène brillante et terrible à la fois, doublée par ailleurs du suicide d’un personnage secondaire, et qui vient marteler avec violence que la perte d’un être cher est un déchirement.

Sensation toute aussi incroyable de constater à quel point cette série arrive à personnifier en un seul personnage autant de thématiques et de points d’achoppement d’un scénario pourtant éclaté, mettant aux prises des groupes de personnages que tout éloigne (l’extrémisme des GR opposé aux hommes et femmes de foi, l’idéologie de John Murphy contre l’espoir des campeurs à l’extérieur du parc). Pourtant, depuis son tout premier épisode et sa scène traumatisante (la disparition du bébé dans la voiture) The Leftovers nous interroge sur la vie en communauté après l’hors du commun. Partir de l’impossible pour aller vers le possible, et continuer de vivre, malgré ceux qui ne sont plus là, malgré les différences. Et malgré la mort qui rôde, toujours moins forte que l’espoir, et la famille. 

Durée : 0h52

Date de sortie FR : 04-10-2015
Date de sortie BE : (date indisponible)
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :

Jean-Nourdine
08 Janvier 2016 à 12h06

Han. Déçu de voir que vous avez préfère la S02 par rapport a la S01.

"(mini-)série" ? Rien avoir.
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 08 Janvier 2016

AUTEUR
Jérémy Martin
[62] articles publiés

Ma cinéphilie trouve ses origines dans la vidéothèque du père de fa...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES