Critique de serie
The Killing - Forbrydelsen - saison III

Sarah Lund est sans doute mon personnage de série préféré. Renfermée, peu aimable, le visage toujours triste et les rides du front saillantes, elle n’offre absolument aucune aspérité, n’ouvre aucune fenêtre, condamne tous ceux qui s’approchent d’elle à une longue traversée de désert émotionnel. Ils sont soumis au même tarif, collègues, amants, famille, Sarah ne donne pas grand-chose car elle ne demande rien non plus. La plupart du temps, elle ne prend pas la peine de répondre à vos questions, quand elle ne vous raccroche pas au nez. Ça se comprend en fait car sa petite personne ne l’intéresse pas, c’est l’anti égocentrique. Les interactions sociales n’ont souvent pour seul fondement que l’expression de son propre narcissisme. On écoute les autres pour leur parler de soi… en retour. Or la seule chose qui obsède Sarah c’est son travail, ses enquêtes, comprendre et faire éclater la vérité, sans doute une manière de s’oublier, de s’évanouir. Pour y parvenir, elle a besoin de lien social, de parler, d’échanger mais ce sera toujours par intérêt, et quand la conversation glissera sur elle, elle y mettra fin sans détour. Sara Lund est un être fantomatique et c’est en ce sens, parce qu’elle l’assume, qu’elle est à ce point fascinante.

La filiation au coeur du récit

Forbrydelsen III, The Killing version danoise, place justement au cœur de son intrigue le rôle de la famille. La compagne de son fils, avec lequel elle a des rapports glacés depuis la saison 2, attend un enfant. Sarah Lund grand-mère, ça a quelque chose d’effrayant sans doute mais dans la progression du récit qui voit la fille du plus puissant chef d’entreprise danois être enlevée par un homme aux motivations troubles, lui-même déchiré par le lien familial, ça fait sens. On apprend rapidement qu’une ancienne enquête vite étouffée par la justice danoise est à l’origine de ce kidnapping. Sarah va donc devoir résoudre deux enquêtes en une. Dix épisodes pour y parvenir, comme autant de journées frénétiques d'espérance.

L’ambiance est à peu près la même que lors de la saison 1 : un kidnapping jalonné de plusieurs meurtres, le gouvernement en place, les pieds dans la mélasse, est en pleine campagne électorale, lié de près ou de loin à l’affaire, de puissants industriels qui pensent pouvoir acheter le monde avec leur fortune… Pourtant l’histoire est encore plus complexe en raison de cette seconde enquête capitale. Accompagnée d’un ancien amant, Mathias Borch, et d’un jeune flic motivé, Sarah doit retrouver Emilie Zeuthen vivante… Nana Birk Larsen était déjà morte (cfr saison 1).

La meilleure série policière

Le suspens est prodigieux de bout en bout, chaque épisode ménageant des cliffhangers plus retors les uns que les autres. Il faut souligner une nouvelle fois la qualité du scénario qui n’oublie aucune piste, ne laisse jamais rien à l’abandon, explore chaque indice, l’exploite avant de l’épuiser ou de le tordre dans tous les sens. La qualité d’interprétation et la densité de chaque personnage sont à l’unisson d’une mise en scène d’une froideur, d’une obscurité phénoménale, aussi élégante que belle. Tout dans Forbrydelsen confine au drame mythologique. C’est sans doute la meilleure série policière contemporaine parce qu'elle renferme la boîte de pandore du monde.

On peut peut-être regretter que Sarah se laisse aller à une amourette furtive mais ça lui donne une apparence humaine, une lueur dans le visage, une fissure comme un sourire derrière le masque. Le regard reste le même… inépuisablement sec. Impossible par contre de prévoir la résolution de ce thriller policier tendu et ça c’est toujours aussi séduisant. On y arrive forcément au jeu des devinettes, souvent au dernier épisode, mais les scénaristes sont assez malins que pour nous perdre dans le labyrinthe des possibles. Vous ne regretterez pas de vous asseoir devant les deux derniers épisodes ce jeudi 31 juillet sur Arte. Surtout que la saison 3 est probablement la dernière. Adieu Sarah, bon voyage, puisse ton cerveau te laisser en paix pour que tes yeux puissent s'abandonner devant le ressac de la mer Baltique.

Durée : 0h52

Date de sortie FR : 03-07-2014
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 29 Juillet 2014

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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