Critique de serie
Mindhunter

Fin des années 70. Les tueurs s’en donnent à cœur joie dans les états moites du Nouveau Monde. Manson a envoyé ses sbires ouvrir Sharon Tate et ses invités dans sa maison cossue de Beverly Hills par pure jalousie, Richard Speck a massacré 8 étudiantes infirmières sur un coup de sang juste pour les faire taire, Edmund Kemper sème la terreur parmi les auto-stoppeuses parce qu’il en veut à sa maman… Le FBI arrête ces tueurs d’un nouveau genre mais ne parvient pas à comprendre leurs motivations, à en dresser le profil générique, à définir que ce sont des tueurs qui agissent en « séquence », en « série ».

C’est là qu’interviennent nos héros, les agents du FBI Holden Ford et Bill Tench, un duo de flics très eighties (mais en plus névrosé) avec un jeune loup obsessionnel et un vieux fumeur bougon, accompagné de la figure universitaire, la psychologue Wendy Carr, carriériste un brin rigoriste dont la vie sociale se résume à boire un verre de vin en filant une boîte de thon à un miaulement (de chat on ne verra pas). À trois, ils vont entamer une série d’interviews des plus gros tueurs du moment, définir leurs profils, peaufiner un questionnaire et essayer d’acquérir un portrait type pour ne pas dire robot, un tissu de connaissances qui leur permettra, en activant une grille de lecture, de résoudre des enquêtes au point mort.

Produite par David Fincher et Charlize Theron, la série diffusée par Netflix fascine autant qu’elle déçoit. Elle fascine par sa capacité à renouveler l’exercice de l’interrogatoire. La réalisation tendue de ces huis clos est juste incroyable. On jongle entre les visages, les répliques, les bascules de points. C’est virtuose, intelligent à l’excès dans le découpage qui rend hommage aux répliques senties de cerveaux dérangés mais surdéveloppés. La musique surligne la tension relative de ces échanges, elle sublime la perte d’équilibre qui s’amorce insidieusement. Mais pas celle que l’on imagine évidemment.

Mindhunter réussit aussi ses portraits. Pas seulement ceux des tueurs qui sont magnifiquement interprétés, mais ceux des personnages principaux. Porté par l’acteur Jonathan Groff, l’agent Holden Ford est le point d’ancrage de la série, celui qui va se tenir au bord du précipice, celui qui va sentir l’odeur de la mort sur les vêtements des meurtriers. Sa petite amie, étudiante en psychologie, offre d’ailleurs un point de vue sur lui très singulier, elle déstabilise ses certitudes intellectuelles, elle dévoile aussi ce qui l’anime, l’ombre. Son coéquipier, en père déstabilisé, dégoûté de devoir forniquer nuit et jour avec des ordures, délivre aussi un autre point de bascule par rapport à Holden. Celui par qui le drame se joue. Un drame personnel, intimiste, loin des attentes du spectateur en fait. À trop jouer avec le feu, à trop vouloir se nourrir de leurs mots viciés et menteurs, Holden va être pris au piège, drogué à la rencontre malsaine, au récit glauque des dépeceurs, des nécrophiles, des fétichistes. Il va se glisser dans leur peau, quitte à avoir du mal à s’en défaire. C’est toute la difficulté d’une étude sur des cas exceptionnels, comment appliquer un questionnaire sans sortir des cases, sans sortir de soi…

D’où vient la déception alors ? Eh bien, et c’est tout le paradoxe, de ce que la série ne fait pas et qui lui permet de se distinguer justement. Il n’y a pas à proprement parler d’enquête. Mindhunter ressemble plus à Masters of Sex (2013-2016), qui traitait de l’étude des comportements sexuels, qu’à Zodiac (David Fincher, 2007). La série s’intéresse davantage à la mise en place d’une étude « épidémiologique » qu’à une enquête policière. Chaque début d’épisode nous confronte bien à la préparation d’un meurtre, d’une série de meurtres, mais on ne survole qu’une ou deux enquêtes, les rares fois où on sollicite les conseils du duo. Pour le reste, il est souvent question de terminologie, de levée de fonds et de classification des données. On attend donc de voir si la série peut envelopper deux genres dans sa prochaine saison, puisqu’elle a déjà été renouvelée.

Durée : 00h50

Date de sortie FR : 13-10-2017
Date de sortie BE : 13-10-2017
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Critique mise en ligne le 06 Novembre 2017

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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