Critique de serie
La Servante écarlate

Adapté du roman de Margaret Atwood, The Handmaid’s Tale : la servante écarlate reprend à son compte l’idée d’un futur dystopique où les femmes seraient rangées dans trois catégories : les Épouses qui accèdent à un semblant de pouvoir, les Marthas qui entretiennent la maison et les Servantes qui doivent assurer la reproduction de l’espèce étant donné que la plupart des femmes sont devenues stériles à cause de la toxicité du monde. Sous une propagande écologiste totalitaire, un groupe, qui se fait appeler Gilead, a pris le pouvoir et impose sa loi patriarcale sur le territoire des États-Unis. Les autres hommes sont chassés et abattus comme du gibier, les femmes fertiles capturées, séparées de leurs enfants, asservies ensuite, violées dans des rituels scénarisés où les Épouses assistent leurs maris pour éviter que ceux-ci ne prennent trop de plaisir ou ne s’amourachent de leurs servantes.

S’appuyant sur une mise en scène minimaliste, la série tient surtout grâce à la performance hallucinante d’Élisabeth Moss qui interprète une servante avec une colère larvée au fond des yeux, mais sans qu’elle ne déborde jamais. On pénètre son histoire par l’entremise des flashbacks qui se remémorent la vie d’avant, celle douce, veloutée, où rien ne présageait de l’horreur à venir, celle où l’on frouchelait, la pupille dilatée par le désir. La force du roman résidait dans sa faculté à nous faire prendre conscience qu’il était possible qu’un jour les femmes soient asservies à des fins de reproduction ; c’était possible car c’était déjà le cas ; et dans toutes les religions, ça avait toujours été le cas. C’est cela qui était effrayant, la résonnance contemporaine, historique, universelle d’une réalité rendue encore plus cynique par l’anticipation. La dystopie n’était qu’un leurre, une traduction littérale. Elle jouait avec le temps en le détricotant.

On peut aussi imaginer un autre niveau de lecture : une forme de projection antispéciste. Derrière cette utilisation du corps féminin, se cache la pratique honteuse de la reproduction animale industrielle. Tuer les mâles encombrants et non rentables, engrosser les femelles, les séparer de leurs petits dès la naissance pour pomper leur lait, leur autoriser une petite balade sous surveillance pour leur dégourdir les pattes quand elles ont de la chance, les jeter à l’abattoir quand elles ne servent plus. Les bouffer enfin, lavés du soupçon de la cruauté… Nous sommes des prédateurs, des carnivores !

Le roman de Margaret Atwood est pluriel, la série un peu moins. Après un premier épisode tranchant qui plante le décor de manière glaciale, la suite fait du surplace et ronronne gentiment sur ses acquis. Les mêmes décors, les mêmes intrigues, les mêmes trajets entre le marché et la cuisine, la chambre et le salon. L’héroïne est prisonnière, mais la série l’est aussi de son scénario. Il faut attendre la fin pour que s’esquisse un sursaut, une perspective de récit plus ambitieux. On se demande bien où la saison 2 va nous conduire, puisque celle-ci se termine par un coup de théâtre, une sortie des artistes après quelques sorties de pistes sensationnalistes cousues pour maintenir le suspense. L’avenir nous le dira.

Durée : 0h52

Date de sortie FR : 26-04-2017
Date de sortie BE : 26-04-2017
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 07 Novembre 2017

AUTEUR
Cyrille Falisse
[978] articles publiés

Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES