Critique de serie
House of Cards - Saison 2

J’achevais ma copie de la saison 1 en appelant de tous mes vœux : « une série plus corrosive, abandonnant sa mécanique huilée ». On ne peut vraiment dire que j’ai été entendu. House of Cards saison 2 se regarde comme les bas-côtés d’une autoroute droite, engoncé dans le même plaid confortable on somnole devant ses rares changements de relief… l’œil à moitié ouvert.

Ca démarre pourtant avec élégance. Frank et Claire Underwood sortent de la pénombre brumeuse d’un sentier de parc, deux loups en survêtements… deux joggeurs en chemin, ils font une pause devant la caméra, se regardent et traversent l’axe de la caméra, la dépassent hors champ enfin prêts à prendre toute la lumière et satisfaire leur soif d’ambition. Ce sera la saison de la consécration. Ce plan d’ouverture l’annonce en lettres capitales. The White House ! Petite surprise du chef, le narrateur qui regarde le spectateur dans les yeux est mutique tout le premier épisode jusqu’à ce qu’il nous prodigue enfin ses pensées intimes. De la manipulation amoureuse, on appelle cela. Je fais semblant de te créer un manque pour mieux te posséder.

Dès les deux premiers épisodes cette charogne fétide de Frank Underwood élimine tous les dangers potentiels nés des manipulations successives de la saison 1. La violence de cette tabula rasa politique est assez singulière. Tel un fou souhaitant ravir le pouvoir, Underwoow élimine, divise, tue. Le spectateur connaît tout de sa maladive conception du règne et pourtant continue de le suivre, coupable d’être un témoin passif obligé de composer avec le comédien au sourire de serpent. Car certains choix de Frank, on s’en serait bien passé. Vous verrez bien de quoi je veux parler. Paix à son âme.

Après ce démarrage en fanfare, la série tombe dans cette même routine de chaise musicale politique qu'on avait déjà connue dans la saison une. Tout le monde danse, un pied à gauche, un pied à droite. Tout le monde s’achète, on échange des voix, on se file de l’aide sur un projet de loi, on soutient X pour emmerder Y. La Chine s’en mêle, on sort des couloirs de Washington, à peine… tout au mieux un jardin asiatique et deux geishas déboutées. Sous le vernis du langage juridique et législatif, Claire (toujours fabuleuse et d'une classe folle Wright) s’impose comme leader, affronte la hargne des médias, fait tomber des têtes, remise sa propre ambition et manipule elle aussi à tour de bras. 

Moins de romances dans la saison 2, pas de petits coups rapides contre le mur ou de vidéos sexy sur Smartphone. Des sous intrigues secondaires mais capitales pour les prochaines saisons offrent quelques fuites fantasmées mais l’ensemble tient bon, la trajectoire froide est maintenue (je n’omets pas de mentionner le coup de poker happening magistral qui finit d’achever la prophétie Underwood, Claire et Frank sont les versants complémentaires d’une seule et même personne). La série est à l’image de son sujet, précise et fourbe, elle vend de l’inattendu alors qu’elle est rodée, sur pilote automatique, scrupuleusement montée et surtout dirigée avec une exigence folle pour le ping-pong verbal et la maîtrise du tempo de ces joutes.

Que peut-il encore se passer d'inédit alors qu’un corps sans vie, à l’addiction éternelle, se retrouve étendu au bord de cette fameuse autoroute droite et qu’il semble être la détonateur souhaité d’un chasse à l’Underwood. House of Cards tire son avantage de ce fait, le spectateur oublierait presque à force de le voir fumer sympathiquement avec sa femme, boire avec des membres du Congrès, bouffer des ribs avec Freddy, jouer aux jeux vidéos et construire patiemment des maquettes de la guerre de Sécession que le personnage principal de la série est la pire ordure du petit écran. En spectateur à la morale normative j’harangue les scénaristes à lui rendre la vie difficile dans la saison 3 histoire qu’il ne désamorce pas tous les pièges en deux ou trois mouvements et que la série trouve son sursaut nécessaire.

Réalisateur : Beau Willimon

Acteurs : Kevin Spacey, Robin Wright, Kate Mara

Durée : 0h52

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Michael B
03 Avril 2014 à 18h18

je te trouve extrêmement critique à l'égard de cette série. Il y a à mon sens une incohérence dans ton schéma de pensée. On ne peut décemment pas critiqué le rythme d'House of Cards et applaudir True Detectives.

Une remarque qui me semble intéressante à formuler : les sauts chronologiques entre chaque épisode. Chacun d'entre eux manque de lien avec le suivant. Une impression peut être exacerbée par le fait que Netflix publie chacun des épisodes en même temps ?

pitu
03 Avril 2014 à 12h23

Tout à fait d'accord. On s'embête au final. Difficile de comprendre l'enthousiasme autour de la série. Heureusement que les acteurs se débrouillent pluôt bien.
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Critique mise en ligne le 03 Avril 2014

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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