Critique de serie
House of Cards - Saison 1

A entendre les commentaires élogieux, House of Cards serait une des meilleures séries de 2013. Produite notamment par Fincher et Spacey, elle propose une plongée assez fascinante dans les coulisses du pouvoir exécutif et législatif américain. Frank Underwood (Kevin Spacey), chef du groupe parlementaire au Congrès, le whip, a aidé Garrett Walker à devenir le nouveau Président des Etats-Unis en échange de la promesse du poste de Secrétaire d’Etat. Mais peu de temps avant l’investiture, il apprend de la bouche de la Chef de Cabinet, Linda Vasquez, que ce poste va être confié à un autre. Underwood fulmine sous cape tout comme son épouse, la mélancolique Claire (Robin Wright) comptait sur la promotion de son mari pour développer son groupe d’activisme environnemental. Frank décide alors de se venger et avance ses pions sur l’échiquier de la manipulation, à savoir Peter Russo un député à la vie dissolue, alcool et prostituées composent son repas journalier et la jeune et ambitieuse journaliste Zoe Barnes (Kate Mara, la séduisante sœur de Rooney) prête à tout pour décrocher un scoop.

A première vue la cartographie du pouvoir est passionnante. On distingue facilement les strates de l'exécutif américain et surtout la réelle autorité qui est accordée à chacun. Le vice-président étant par définition assez peu influent, le Secrétaire d’Etat l’étant nettement plus et c’est ce qui intéresse Underwood, car il aime dominer les autres. Le personnage prodigieusement imbu de lui-même est présenté sous son plus mauvais jour et il est, originalité de la série, l’interlocuteur unique du spectateur. Campé par un Spacey à la scansion savamment étudiée, il s’adresse fréquemment à la caméra pour nous expliquer le fond de sa pensée. Lors de conversations où il manie le mensonge avec savoir-faire, il s’interrompt soudainement pour nous expliquer directement l’idée qui lui trotte en tête. On avance donc complice de la stratégie qu’il met en place, l’effet de surprise en souffre inévitablement.

En effet, cette connivence avec le spectateur est l’idée forte de la série mais aussi son point faible paradoxalement tant il est perturbant de voir soudainement l’acteur principal cesser ses activités pour nous balancer la face cachée de son intériorité obsessionnelle. Il n’a pourtant pas le monopole de l’ambition démesurée, sa femme Claire n’est pas en reste. La merveilleuse Robin Wright lui donne une dimension saisissante, entre mélancolie profonde et espérance déchue. Un personnage à la curiosité raffinée toujours en train d'apprendre de ses défaites. La dynamique de couple vient d’ailleurs progressivement se suppléer à l’intrigue purement politicienne pour dévoiler l’envers du couple, ses frustrations, ses manques, ses déchirures. Ce brutal revirement de ton met en péril le suspens qui se délite progressivement avant de refaire surface dans les deux derniers épisodes de la saison. La galerie de personnages n’est pas non plus le point fort de la série. On les compte sur les doigts des deux mains. La journaliste Zoe Barnes est difficilement déchiffrable même si elle justifie sa présence par la volonté de démontrer la corrélation qu’il existe entre politiciens et journalistes mais la relation qu’elle entretient avec Underwood manque cruellement de mordant, se résumant à un échange de bons procédés, un peu de fluide contre des informations. L’ambition guide donc tout le monde et broie ceux qui n’en ont pas assez. L’ancien chef de la communication de Underwood devenu homme de mains d’un puissant lobby, Peter Russo, le pauvre pion aux addictions dangereuses, Doug Stamper (le glacial Michael Kelly) homme à tout faire d’Underwood sont prisonniers de rôles assez carrés, manquant cruellement d’aspérités et de volonté propre. Mais c’est aussi ce que tend à expliquer la série, à ce niveau de pouvoir, les seconds couteaux n’ont plus de volonté propre, elle est la propriété de ceux qui les dominent dans la hiérarchie.

On aimerait sans doute que la série soit plus corrosive, qu’elle abandonne sa mécanique huilée pour offrir quelque chose de moins froid mais c’est le ton choisi par la mise en scène et par les scénaristes qui ont d’ailleurs adapté une série britannique des années 90 au titre éponyme (toutes les bonnes séries ne sont-elles pas anglaises). La mise en scène et la photographie empruntent d’ailleurs énormément à l’univers assez glauque de Fincher, des teintes sombres et vertes d’un Millenium aux éclairages étouffés des intérieurs de The Social Network, balisant même l’ensemble d’une misanthropie proche de Zodiac. La saison 2 qui comportera aussi 13 épisodes a d’ores et déjà été commandée par Netflix. Nous sommes curieux de savoir quel virage elle prendra sachant que le personnage principal sera cerné par tous et qu’il se retrouvera le Roi d’une partie d’échecs mal embarquée. C’est là que ça deviendra vraiment intéressant. 

Réalisateur : Beau Willimon

Acteurs : Kevin Spacey, Robin Wright, Kate Mara

Durée : 0h52

Date de sortie FR : 29-08-2013
Date de sortie BE : 14-02-2013
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Pitt
17 Octobre 2013 à 18h03

Je comprends la déception mais la série se laisse regarder surtout pour le duo Spacey-Wright même si l'intrigue peine à démarrer.

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Critique mise en ligne le 17 Octobre 2013

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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