Critique de serie
Bron - Broen

Il y a dans les pays scandinaves, une atmosphère évidente, cette obscurité magnifiée par des sols gelés, aussi impalpable que le fog de Londres, propice au décor d’une intrigue policière. On s’en était déjà rendus compte avec Forbrydelsen (The Killing) où l’hermétique Sarah Lund et son pull en laine tricoté hantaient les rues de Copenhague à la recherche de coupables sous un ciel sombre et bleuté. Cette obsessionnelle maniaque et asociale, qui figure au panthéon des plus grands personnages de série, a fait des émules de l’autre côté du pont qui relie Copenhague à Malmö.

Saga Norén, double de Sarah Lund

Son double à la mécanique analytique s’appelle Saga Norén (inoubliable Sofia Helin). Célèbre pour son syndrome d’Asperger, Saga pourrait être la petite sœur de Sara, rigoureuse comme elle, dédiée entièrement à son travail, elle incarne l’idéal de la policière en tant que  fonction car socialement elle est aussi démunie qu’un type qui sortirait d’un long séjour en prison. Et pour décrire des vies sans issue mais tournées vers l’excellence professionnelle, les nordiques n’ont pas leur pareil.

La série Bron/Broen mérite d’être connue et pas seulement pour son remake américain The Bridge avec Diane Kruger dans le rôle phare mais parce qu’elle associe trois qualités rares : elle s’appuie sur un scénario dense, complexe et infaillible qui ne néglige aucun détail (les séries policières de par leur amplitude temporelle vont finir par définitivement enterrer le cinéma policier qui doit abattre ses cartes en 1h30), elle bénéficie d’une mise en scène racée utilisant à merveille l’urbanisme varié de Copenhague et Malmö, la plupart des scènes sont d’ailleurs liées entre elles par des longs plans fixes des deux villes. Jamais démonstrative, la mise en scène accompagne le récit et l’ancre dans un substrat visuel qui lui donne une vraie personnalité… architecturale. Enfin, comme pour The Killing, Bron jouit d’un casting assez phénoménal. Mads Mikkelsen est certes le porte-drapeau de cette génération d’acteurs mais le terreau scandinave est assez exceptionnel et regorge de talents bruts.

Bron/Broen saison 1

Les scandinaves, rois des séries policières

Bron est une série policière qui met en exergue le classique duo de flics engagé dans une enquête complexe. Saga la suédoise pragmatique flanquée de Martin Rohde (l'émouvant Kim Bodnia) le fantasque danois. Elle respecte les règles, il les contourne. Un peu bancal dans les premiers épisodes, le duo s’avère être le point fort de la série. Initialement distants et opposés, leurs conversations en voiture (magnifique Porsche vintage) ou dans l’ascenseur du bâtiment de la police vont accentuer le périmètre de leur amitié, elle-même nourrie par les circonstances des intrigues qui vont directement affecter leurs vies.

Pour le moment, Bron compte deux saisons. Il est nécessaire de les regarder dans l’ordre car elles se suivent. La première démarre par la découverte d’un corps au beau milieu du pont de l’Oresund reliant le Danermark à la Suède, à la jonction parfaite des deux pays, impliquant de facto les polices suédoises et danoises. Le corps de la victime (des victimes, devrait-on dire) est également sectionné, la partie du haut appartenant à un procureur suédois et la partie du bas à une danoise disparue il y a plusieurs années dont la disparation avait été classée sans suite. Une cellule de crise internationale est montée dans l’urgence impliquant des policiers des deux pays (agents de terrain, équipe d’intervention rapide, superviseurs nationaux, spécialiste IT). Au fil des épisodes (dix par saison), le ou les coupables vont par des actions meurtrières (les victimes s’accumulent comme dans un épisode de 24H Chrono) dénoncer une série d’injustices. A chaque fois, une vidéo est postée sur la toile mettant la police sur les nerfs, un compte à rebours lancé les forçant à résoudre l’énigme avant un nouveau meurtre. Un journaliste peu scrupuleux désigné pour agir d’intermédiaire sera chargé de relayer au travers des médias sensationnalistes les actions de celui qu’on surnomme le terroriste de la vérité (dénoncer l’exploitation du travail des enfants dans les pays en voie de développement, le caractère partisan de la justice, la corruption des médias, la condition des sans abri, la fausse intégration des migrants). Le ou les coupables ayant toujours un coup d’avance sur la police, le scénario de la série ne prend pour une fois pas les flics pour des super génies mais les expose comme des pions faillibles. La multitude de personnages secondaires reliés par un plan machiavélique achèvera les esprits les plus logiques pour les perdre dans un labyrinthe de pistes. Bien malin qui pourra deviner la résolution.

En dehors de son exploration méthodique du travail de la police, pistes décortiquées avant d’être abandonnées, interviews de témoins, audition de suspects, la première saison définit surtout les caractères des deux personnages principaux et leur relation de plus en plus touchante en dépit des difficultés relationnelles de Saga, prisonnière d’une absence de nuances émotionnelles et d’un bon usage des masques sociaux. Encline à toujours dire la vérité puisque de par sa nature elle ne maîtrise nullement le mensonge et ne comprend pas plus l’ironie, son comportement développe une froideur presque programmatique à des années lumières du ballet des faux semblants qui facilite la vie en commun. Le burlesque de ses réactions offre d’ailleurs à la série ses rares moments drôles car, comme dans The Killing, l’humour n’est pas vraiment mis à l’honneur.

La seconde saison reprend les mêmes personnages. Toujours de facture réaliste, elle implique cette fois-ci un groupe d’activistes écologistes qui commettent des attentats coups de poing pour dénoncer l’incapacité des Etats à améliorer le sort de la planète. Plus nerveuse que la première saison, Bron II continue d’approfondir les liens du duo, explorant les difficultés du couple au sens large, les relations amoureuses de beaucoup de personnages étant au cœur de l’intrigue. C’est d’ailleurs ce qui rend Bron si intéressante, cette faculté que la série a de dépeindre la cellule familiale. La première saison se penchait sur la filiation, celle-ci sur le couple afin de dresser un tableau exhaustif et fidèle de la déshumanisation et de l’incapacité du vivre ensemble des sociétés modernes. Tout cela sans jamais négliger l’enquête proprement dite, toujours aussi passionnante.

Bron/Broen saison 2

Bron est un modèle du genre, qui abandonne le sensationnalisme propre aux séries policières (à l’exception du dernier épisode de chaque saison forcément moins nuancé que les précédents), lui préférant l’analyse des personnages, explorant avec tendresse leurs fêlures, exposant sous le couvert d’une enquête policière la difficulté d’être au cœur de la société, difficulté cristallisée par le personnage de Saga, petite larme de vérité derrière le masque social des apparences. Voilà une série qui dit bien plus qu’elle ne le laisse entendre. 

Et pour les oreilles le magnifique score du générique...

Réalisateur : Hans Rosenfeldt

Acteurs : Sofia Helin, Kim Bodnia

Durée : 1h00

Date de sortie FR : 06-01-2014
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 18 Août 2014

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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