Critique de serie
Braquo - saison 1

Braquo ou la série policière à la française, bien poisseuse, sombre, glauque et dépressive. Création d’Olivier Marchal, un ancien inspecteur de police qui quitta le milieu après avoir tenté sa chance au théâtre, elle est écrite avec un sens affiné du dialogue argotique, en résumé… ça pue le vécu. Ce qui est d’emblée rafraîchissant dans cette série en 8 épisodes (nous ne traiterons ici que de la saison 1) c’est qu’elle s’installe directement dans un réalisme soutenu. On se retrouve donc à mille lieux des centaines de séries policières américaines qui recyclent leur scénario d’épisodes en épisodes pour accoucher d’une conclusion rassurante. Dans Braquo pas d’intelligence numérique, pas d’esprit surdoué, pas de flic visionnaire, seule s’épanche à l’écran la crasse envahissante du quotidien qui noircit les ailes du quatuor de la SDPJ (Police Judiciaire).

La série démarre par le suicide de Max trempé dans une affaire où il a fait preuve d’un excès de zèle et a été accusé à tort de sévices corporels sur un prévenu. Pour laver l’honneur de leur camarade, Eddy Caplan (Jean-Hugues Anglade), Théo Wachevski (Nicolas Duvauchelle), Walter Mordighem (Jospeh Malerba) et Roxane Delgado (Karine Rocher) franchissent la ligne jaune et s’installent progressivement dans une criminalité de survie. Plus les événements s’enchaînent moins ils ont de chance d’en sortir blanchis. On assiste donc au fil du temps à leur lente descente aux enfers à grand renfort de scènes tapageuses et violentes. Au réalisme préliminaire succède une surenchère de situations dramatiques, braquage, enlèvement, séquestration, meurtres. On verse évidemment dans un scénario à la 24H où chaque épisode s’achève par un nouveau sursaut narratif censé provoquer le suspens et la tension.

Si la série policière s’épargnait jusque là la comparaison peu flatteuse avec ses consœurs ricaines, elle finit par leur ressembler tant les situations rocambolesques pleuvent sur la pellicule grise. C’était pourtant bien parti, on investissait les locaux de la PJ, de sombres hangars qui semblent voués à la démolition, découvrait les personnages, tous ancrés dans une vérité déprimante, alcoolisme, cocaïne, adultère, familles déchirées (le quatuor quitte sa journée de travail aux horreurs pour rentrer dans un No Man’s Land où la vie privée est encore plus éprouvante), on s’attachait à la personnalité floue de Caplan, à son sens borderline de la morale, en évitant de s’identifier à lui tant son existence le condamne à l’errance. Malheureusement le scénario oublie vite les hommes et leurs fêlures pour se concentrer sur la surenchère des rebondissements. Comme si c’était une nécessité du genre.

Mais le vocabulaire subsiste et imprègne l’oreille, l’argot de ces flics est savoureux, il est l’expression de la volonté de crédibilité. Les expressions sont autant de perles de langages qui nous font accéder à une nouvelle réalité, les acteurs principaux et secondaires, tous unanimement investis, semblent habités par l’enjeu, éponges de l’actor’s studio qui vivent comme elles jouent. Plus les épisodes progressent plus ils sont marqués des stigmates de la fonction. Un nez fracassé pour Duvauchelle, une griffe pour Anglade, des multiples contusions pour Malerba et des cernes toujours plus creusées pour Rocher. Autour d’eux la toile administrative de la PJ se resserre et en bons insectes de survie ils se débattent en vain. La frontière entre le flic et le criminel disparaît, étroitement liée dans les faits elle devient fantasme pur. Marchal et ses scénaristes enfoncent sans arrêt le clou jusqu’à l’indigestion et les deux réalisateurs qui se succèdent aux commandes (Eric Vallette, Philippe Haïm) échouent à nous tenir en haleines, la faute sans doute à un académisme tendance. Un bel académisme soutenu par des moyens importants mais manquant parfois de relief.

C’est un peu comme si la série se situait à l’intersection de deux volontés, celle du réalisme et celle de la surprise, sans jamais parvenir à choisir sa préférence. Avec pour conséquence de noyer le rythme crescendo dans l’indifférence. Reste toutefois l’ambition d’une série française hors du commun, bien moins naïve que l’ensemble des productions hexagonales, n’offrant aucune concession policée voyageant dans un Paris transfiguré par la précarité et la délinquance, un Paris de la prostitution, du trafic de drogue où les flics baisent des putes et copinent avec leurs souteneurs. Le dictionnaire de la police est éventré et dispersé, indics, avocats, juges y apposent leurs définitions larges et perméables, on chavire dans un monde désespéré. On chavire avec le verbe, avec la photographie mais on ne perd pas pied, spectateur d’une mise en scène qui s’essouffle, prisonnière du piège tendu par le scénario où le quatuor, lassé de nuits blanches, harcèle le milieu comme pour exister grâce à lui. La saison 1 se termine dans un ultime face à face, condamné cette fois-ci à jouer avec un coup de retard. La course éperdue prend fin dans les sous-bois d’une forêt, elle y avait déjà fait une incursion sanguinaire, elle se découvre finalement un penchant pour la modernité, sous la forme d’un micro caché sous la chemise d’un truand. Clin d’œil sans doute à ce qui avait été jusque là délaissé par les producteurs, une américanisation du scénario.

Braquo en ce moment sur D8.

 

Durée : 0h52

Date de sortie FR : 12-10-2009
Date de sortie BE : (date indisponible)
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hue
12 Décembre 2013 à 16h01

super serie

lamasse
12 Décembre 2013 à 16h00

super ma serie ultra fetiche je regarde en boucle

Pituland
13 Novembre 2012 à 10h03

D'accord avec toi le passeur.

Contrairement à la majorité de la production française, cette série pousse la forme et l'américanisation à l'extrême. Paradoxalement, cette forme exagérée (vestes en cuir noir, argot, ambiance mad max, commissariat dans un loft dark)décrédibilise l'ensemble et fait oublier tout idée de réalisme. On apprécie juste l'exercice de style et le côté noir des héros. La saison 2 prend d'ailleurs tout à fait l'eau en devenant une vraie caricature.

En contre exemple, je conseille la série française Engrenages, un peu fleur bleue par moment, mais bien plus proche du réel surtout dans les premières saisons, la saison 4 étant un peu décevante.
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Critique mise en ligne le 09 Novembre 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
[973] articles publiés

Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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