Critique de film
Zoolander 2
 
Davantage de CGI, davantage de kilomètres parcourus, davantage de caméos, davantage de lieux de tournage, davantage de références, davantage de jolies filles. Mais moins d’humour, moins de tendresse… Le bilan de Zoolander 2 est clair. Faillite évidente pour cette suite bigger than bigger qui ne retient de son aîné que ses célèbres gimmicks et sa satire, désormais éventée, du milieu de la mode.
Grosse baudruche flasque, noyée de pognon, Zoolander 2 accumule les fautes de goût… Et dès la première scène, où Justin Bieber « joue de son image », on sent poindre le désastre. Il y a même quelque chose d’assez gênant à voir Ben Stiller et ses copains scénaristes user jusqu’à la corde des références du cinéma d’action récent (Mission Impossible et Skyfall sont cités ad nauseam).
 
 
Justement Ben Stiller, parlons-en. On avait aimé ses précédentes réalisations. Rayon comédie grasse, Tonnerre sous les Tropiques touchait parfaitement sa cible. La Vie Rêvée de Walter Mitty abusait aussi de quelques effets spéciaux inutiles. Mais on sentait l’humanité dans l’histoire du naïf Walter. En 2001, Derek Zoolander, lui aussi pauvre type embarqué dans une histoire qui le dépassait, arrivait à maintenir un intérêt évident dans une histoire bien équilibrée et parfaitement rythmée. Quinze ans plus tard, la crainte du has been semble plus toucher Ben Stiller que son personnage. Il nous sort donc l’artillerie lourde pour éviter les accusation de Zoolanderisation. Caméos de stars post-2010 (L’affreux Justin, Katy Perry, Mika…), mixage sonore oppressant, montage tchac-tchac-boum, poursuites d'hélicos, de grosses motos et de fiat 500 (j’avais oublié: on est à Rome)… Tout pour plaire aux jeunes ados que leurs parents auront traînés pour une sortie familiale. Ces derniers ne sont pas oubliés, reconnaissons-le. Les références 80s et 90s pachydermiques à coups de Sting et de Frankie Goes to Hollywood lassent rapidement.
 
 
Trop, c’est trop donc et les quatre scribouillards (Ben Stiller en tête), par ailleurs responsables que quelques réussites du genre (Nicholas Stoller avait ainsi ressuscité, avec ferveur, les Muppets), peinent à lâcher l’une ou l’autre vanne qui amorce autre chose qu’un sourire convenu. Certes, Zoolander, version 2001, n’avait rien d’un fable philosophique. Mais le léger sous-texte politique et la jolie histoire d’amour entre Derek et Matilda ont laissé un souvenir agréable. Rien de tout ça dans la resucée de 2016. Furieusement premier degré, à la narration médiocre, Zoolander 2 mise tout sur des gags qui, in fine, n’en sont pas… Les personnages sont mal dessinés et subissent les événements plus qu’ils ne les maîtrisent. Symptôme évident d’un manque d’inspiration... Owen Wilson, si hilarant dans le premier volet, se voit désincarné en sidekick inutile. Will Ferrell assume un personnage qui, déjà en 2001, n’était pas très drôle. Tout comme Kristen Wiig, dont il faudra plus que ce film pour nous convaincre qu’elle est la nouvelle reine de la comédie US.
Seule Penelope Cruz remporte la mise. La capitale italienne va bien à la belle, rayonnante en pseudo-flic d’Interpol, comme si le soleil du Latium, après To Rome with Love, éclairait encore et encore son rôle de potiche.
On craint désormais le pire car un Dodgeball 2 est annoncé. Sans hésiter, et en attendant, on se tournera vers While we’re Young et surtout Greenberg pour découvrir, devant la caméra de Noah Baumbach, un Ben Stiller émouvant et subtil.

Durée : 01h42

Date de sortie FR : 02-03-2016
Date de sortie BE : 24-02-2016
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 28 Février 2016

AUTEUR
Daniel Rezzo
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