Critique de film
Why Hast Thou Forsaken Me ?

Sélectionné dans la catégorie Orizzonti (Horizons), Why Hast Thou Forsaken Me est difficile à appréhender. Non seulement l’expérience de ce film est déconcertante, mais elle nous met face à nos habitudes de spectateurs.

Muhammad est un jeune israélien mal dans sa peau, mal dans son corps, mal dans sa tête. Il reste perpétuellement en retrait par rapport aux autres, seule solution pour éviter les agressions dont il fait l’objet. Sorte d’ovni perdu dans une société sclérosée sur les questions sexuelles, ce corps fébrile et longiligne fuit à longueur de journée une ville qui l’oppresse. Un jour, il rencontre Gurevich, un vagabond d’une quarantaine d’année son aîné…

De cette rencontre naît une relation problématique entre les deux hommes. Silencieuse, discrète, trouble. Elle est à l’image de leur jeu d’espionnage que le réalisateur met en scène, même si le duo aurait gagné à être davantage vraisemblable. Que recherchent-ils l’un dans l’autre? Un besoin d’attention, d’affection? Car aucune bienveillance ne ressort de leurs maigres échanges. La tension sexuelle est évidente, mais elle arrive comme un cheveu sur la soupe lorsque l’homme plus âgé lui apprend à aiguiser son couteau. Il conduit les mains tremblantes de Muhammad sur la lame tranchante. Il force le couteau à onduler selon les lignes en plan rapproché de la roue enflammée. On repassera peut être pour la symbolique, car c’est bien plus qu’un éléphant qu’il y a dans la pièce ! Et comme si la métaphore n’était pas assez filée, le couteau deviendra évidemment son exutoire. Il servira à extraire de son corps prétendument malade l’origine des penchants démoniaques. Le film réussit à dépeindre de manière brutale une société où l’homosexualité est encore considérée comme une tare, une maladie, une dérive. Et c’est par les images choc qu’on se rapproche au mieux d’un état de fait des plus violents.

A l’image du personnage de Jackie Earle Haley dans Little Children de Todd Field, la culpabilité de l’anti-héros se construit progressivement.  Ce sentiment est rongé dans la structure urbaine du film, feutrée de bleu à la nuit tombée. Car la ville défile depuis ses échappées nocturnes. Et caméra à l’épaule, elle est d’autant plus lourde, pesante, électrique, fuyante.
Le film n’aurait pas été aussi hypnotique sans l’absence de dialogue. Le silence des mots nous plonge au plus près des gestes, des bruits, des respirations, de toutes les fioritures souvent balayées de notre perception globale d’un film. A priori perturbant, la lenteur du montage et la pauvreté des échanges verbaux sont finalement la condition sine qua non de notre attention pour une tension dramatique toujours plus vive et plus palpable.

Le film est détonnant, strident, à l’instar des bruits métalliques qui ponctuent la bande son. Mais c’est surtout une œuvre singulière avec laquelle nous devons composer, patienter, repenser notre attitude face au film. Il ne s’agit pas d’une jolie petite histoire rose guimauve, qui suit les personnages et ondule au gré de leurs aventures. Vous allez mettre à défi vos perceptions et  vos émotions dans une échappé urbaine sous haute tension.

Réalisateur : Hadar Morag

Acteurs : Muhammad Daas, Yuval Gurevich

Durée : 01h34

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 10 Septembre 2015

AUTEUR
Claire Demoulin
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