Critique de film
Warcraft : le commencement

L’association du célèbre jeu vidéo World of Warcraft par Duncan Jones (fils de David Bowie et réalisateur de Moon) aurait pu former un cocktail détonant. Entre la richesse de l’univers d’Azeroth, la complexité psychologique qui aurait pu animer les personnages ainsi que la découverte visuelle d’un monde mille fois rêvé et imaginé, il y avait largement la place pour une oeuvre originale, dérangeante et déroutante. Hélas, Duncan Jones choisit de ne traiter que le conflit liant les hommes aux orcs, se privant des autres communautés et réduisant par là-même le monde de Warcraft à une société binaire ou le bien incarné par les hommes se heurte au mal représenté par les orcs dans une lutte manichéenne et sans grand interêt.

Un lourd héritage

Il plane sur le film une ombre pesante, un spectre tenace dont le film ne parviendra jamais à s’émanciper. Ce lourd héritage des films “héroic-fantasy” se fait sentir durant toute la durée du film, et des relents de Game of Thrones ou du Seigneur Des Anneaux surgissent régulièrement. Warcraft peine à s’en dépêtrer, et il en résulte une malheureuse et désagréable impression de déjà-vu, déjà entendu, déjà vécu et même, déjà joué. Conclusion le film n’émeut pas, car il lui manque tantôt ce souffle épique, tantôt ce supplément d’âme, autant de qualités que possèdent les séries et les films dont Warcraft s’inspire maladroitement. Les amateurs du monde ouvert Warcraft passeront peut-être un bon moment, mais les autres, manquant de repères et de portes d’entrées, risquent de se retrouver sur la touche. La faute à une adaptation qui se veut trop fidèle et trop littérale.

Personnages et archétypes

Les protagonistes semblent réduits à des postures archétypales connues et reconnues : le mystérieux magicien, le roi fidèle et droit, le ténébreux guerrier, le jeune apprenti maladroit au coeur pur, qui empêchent les personnages d’exister et la vie d’éclore. Contrairement à ses illustres prédécesseurs, les acteurs manquent de prestance et de contenu. Travis Fimmel (Anduin), sorte de Di Caprio du pauvre, tire son épingle du jeu mais les autres peinent à trouver leurs places, à l’image de Ben Schnetzer (Khadgar), incapable d’épaissir sa psychologie de son personnage ou de Paula Patton (Garona), trop occupée à se regarder jouer et à s’admirer pour véritablement convaincre dans un rôle pourtant riche et trouble dans le jeu vidéo (orc qui renie les siens, tombe amoureuse d’un humain et combat avec ceux-ci).

Grand spectacle

La musique ne déroge pas à la règle et ne sort jamais de son rôle illustratif qui consiste à faire grincer les violons pour les scènes mélodramatiques et à apporter un peu de rythme et de rebondissements lors des scènes de batailles. Rares éclaircies dans la grisaille, les combats envoient leur dose d’adrénaline et de testostérone grâce à une caméra immersive qui colle au plus près des mouvements des guerriers. Fluide et nerveuse, la mise en scène des combats offre à Duncan Jones la liberté de se laisser aller à faire ce qu’il fait de mieux : créer du mouvement, des espaces et du rythme. A l'instar d'une scène de pré-combat où les hommes pénètrent dans une clairière vide et silencieuse avant de se faire surprendre dans un traquenard orchestré par les orcs, cachés dans les arbres et autres bosquets, la jouissance vient souvent du fait que nous savons ce qui va arriver. Pas d’originalité de scénario mais un espace de jeu ludique (le bois et ses cachettes) qui offre au film ses rares moments de grâce.

Autre réussite à mettre au crédit du film, la modélisation des orcs, entre esthétique baroque et punk, s'éloigne de la plastique aseptisée du reste du métrage mais pêche à nouveau par une caractérisation manichéenne et sans finesse psychologique. Ni assez humaines pour nous toucher ou paradoxalement assez monstrueuses pour nous répugner, ces créatures sont à l’image d’un film décevant et convenu qui n’arrivera jamais à dépasser le cahier des charges imposés par la franchise videoludique Warcraft.

Julien Rombaux

 

Durée : 02h04

Date de sortie FR : 25-05-2016
Date de sortie BE : 01-06-2016
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Critique mise en ligne le 05 Juin 2016

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