Critique de film
Viramundo

Gilberto Gil est un personnage attachant. Véritable star au Brésil ce musicien et chanteur de Bossa Nova et de chansons populaires fut également ministre de la culture du président Lula de 2003 à 2008 et surtout le premier ministre brésilien noir. Aujourd'hui retiré de la politique et bien décidé à revenir à ses premières amours musicales il entreprend un voyage spirituel et musical en Australie et en Afrique du Sud. Son but est de rencontrer les véritables autochtones, les aborigènes australiens, les noirs d’Afrique qui ont été il y a plusieurs centaines d’année colonisés et essayer d’aller à la rencontre de leurs cultures et de leurs musiques.  

Les intentions sont donc on ne peut plus louables dans ce projet de documentaire. Cependant il va rapidement s’avérer qu’étouffé par son penchant world le film ne va nulle part, se contentant d’empiler des témoignages d’aborigènes, de nigérians vivant en Afrique du Sud, d’indiens d’Amazonie. Et si leurs témoignages sont en soi instructifs sur leur condition de vie, leurs aspirations et surtout leur héritage culturel le film n’en fait rien ou du moins pas grand-chose. Uniquement reliés les uns aux autres par des « bœufs » musicaux (qui vont des chants aborigènes au rap en passant par le rock) les différentes parties du film tombent alors rapidement dans un documentaire/reportage aux accents définitivement trop folklorique et naïf où la disparité des situations de chacun est simplement annihilée par l’attendue universalité de la musique. Alors on peut voir un peu en dessous de tout cela la blessure de ces populations réduites à l’état de minorité sur leurs propres terres par l’impérialisme occidental mais cela reste à peine évoqué. Cela rentre dans cet aspect catalogage peu intéressant car au final d’une totale superficialité, comme cette manière de parler de crimes racistes en Afrique du Sud pour en faire une brève séquence de quelques minutes sans aucune contextualisation.

Une fois de plus ce n’est jamais évident de se positionner face à un tel film. Car son ADN est beau et rempli d’humanité, le but n’est donc pas de remettre en cause la proposition de Gilberto Gil, personnage affable et éminemment sympathique. On ne peut cependant se départir de la sensation d’assister à une version cinéma de Voyage en Terre Inconnue, ce qui n’est pas obligatoirement péjoratif mais tout simplement est assez insatisfaisant du point de vue cinématographique. Alors on conseillera le film aux fans de Gilberto Gil et plus largement aux afficionados de music world et de naïfs messages de paix, d’harmonie et de diversité culturelle se satisfaisant de quelques jolies images. Les autres, les cyniques peut-être, préféreront aller voir ailleurs.

Durée : 1h35

Date de sortie FR : 08-05-2013
Date de sortie BE : 13-11-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 16 Avril 2013

AUTEUR
Grégory Audermatte
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