Critique de film
Un prince (presque) charmant

Au Groland, paradis exotique du non sense, le bouzin était la traduction poétique de la publicité. Au Passeur, un bouzin, c’est vraiment ce que ça dit, sans métaphore, sans détour, avec des placements de pub… Explication.

T’as gagné mon chéri, je vais te faire une tarte aux pommes…

« Les dialoguistes français ne sont décidément plus ce qu’ils étaient » me glissait Josiane Balasko qui a eu le malheur de m’accompagner à la séance de ce prince (presque) charmant dont on découvre au générique que le scénario est signé Luc Besson, le touche-à-tout du cinéma français pas toujours heureux dans sa production artistique, surtout récente. Car ce film est tout simplement d’une pauvreté narrative confondante. C’est du réchauffé de déjà-vu comme si vous essayiez encore une fois de recuire un rôti 3 jours après pour le refiler à vos invités. La viande est sûre, la consistance est désagréable, l’odeur nauséabonde, le goût est infâme.

C’est rare de le dire, mais tout est vraiment mauvais. C’est en gros un personnage cliché de patron de grosse entreprise qui engueule sa secrétaire, qui est beauf, macho et sans scrupules pour le prolétariat, qui va changer du tout au tout parce qu’il rencontre une nana jeune, fraîche donc de gauche qu’il prend en stop en descendant dans le Sud… Qui va passer d’une voiture polluante, rapide, agressive donc allemande à la légèreté, l’électrique, l’écologique voiture française à la marque au losange ( BOUZIN ). Qui va passer du raciste beauf primaire qui conspue les roms qui lui lavent ses carreaux et qui fait des amalgames sur les juifs et les arabes à un modèle d’humanisme qui ouvre son cœur jusqu’à aller danser sur du flamenco chez des gitans et offrir sans trop broncher la main de sa fille à un beur. Qui va revoir toute sa philosophie de la vie en passant d’un requin capitaliste à un pourfendeur de la délocalisation pour soutenir la cause ouvrière. Qui va surtout passer d’un plan cul à Paris avec 2 prostituées (donc) russes à la femme de sa vie rencontrée dans la France profonde. Et tout ça en… 2 malheureux jours.

Mais franchement, au-delà de l’impression nauséabonde de déjà vu 4567854 milliards de fois, comment peut-on à ce point prendre le spectateur pour un demeuré ?

C’est affligeant de pauvreté cinématographique et intellectuelle à tous les niveaux. Certains plans ressemblent donc à des spots publicitaires pour ladite voiture dont les coups de la panne sont un running gag à répétition juste insupportable. Il y a çà et là des tentatives d’humour complètement ratées (sauf la scène du GSM-vibro), des quiproquos ridicules qu’on voit arriver à 150 à l’heure, des situations glauques comme le fait d’apprendre que sa fille a choisi son mari à la courte-paille. Une B.O. beauf à souhait qui est un personnage à part entière tant on a l’impression que pour combler le vide, on lance une « chouette » chanson, une chanteuse de mariage qui a des faux airs dans la voix d’Eve Angeli… Et alors des dialogues d’une absurdité totale. Petit florilège de banalités : « Vous êtes toujours parfaite comme ça ou c’est juste quand il pleut ? », « Tu sais, c’est important le mariage pour les filles. » et le très poétique « Ya des papa-poules et toi, t’es un papa-pute ».

Au niveau des acteurs, Vincent Perez sort avec les honneurs de ce rôle de FILF (équivalent masculin de MILF – si vous ne connaissez pas, je vous invite à découvrir par vous-même la définition) même si la faiblesse du script lui fait dire et faire des choses tellement improbables que le rôle n’était pas «sauvable ». Vahina Giocante elle aussi a bien du mal à faire vivre ce personnage censé être solaire, mais qui au final est cruche à souhait tant il est écrit pour qu’elle soit juste physiquement attirante (ce qu’elle est, surtout en robe de gitane). Et à l’image de Jacques Weber (qui enchaine décidément les flops après Mauvaise Fille) tous les seconds rôles sont tellement faux eux-aussi que le concert est proprement inaudible… 

C’est the gros flop du début d’année côté français, un road movie inutile que nous propose le réalisateur Philippe Lellouche ( c’est une impression ou un film sur 3 est réalisé, produit ou joué par un mec qui s’appelle Lellouche ? ). Quand la seule chose qu’on retiendra du film, c’est que Vahina est jolie les cheveux mouillés, c’est assez mince comme impression… Surtout que, même l’arabe a pas l’air arabe, même qu’il offre à sa fille des DVD en cadeau de mariage, même que l’organiste de l’église commence sa marche nuptiale en jouant faux…  

Envoyez le bouzin et surtout n’allez pas le voir… 

Durée : 1h28

Date de sortie FR : 09-01-2013
Date de sortie BE : 09-01-2013
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Critique mise en ligne le 12 Janvier 2013

AUTEUR
Alexandre Janvier
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Rédacteur en chasse perpétuelle de nouvelles émotions cinématographiques, de grandes p...
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