Critique de film
Un beau soleil intérieur

Présenté en ouverture de la quinzaine des réalisateurs au dernier festival de Cannes, Un Beau soleil intérieur, de la trop rare Claire Denis – dont le dernier, cauchemardesque et envoûtant Les Salauds n'avait pas totalement convaincu en 2013 – est une œuvre aussi charmante que le suggère son titre.

Au milieu du film, il y a cette séquence dans une galerie d'art où une artiste explique son travail. Disposé sur une gigantesque fresque, elle peint chaque jour le ciel. Elle confie alors la difficulté qu'elle a eu pour capter les nuances de lumière, le temps et les éléments qui bougent sans cesse. Cette fresque pourrait trouver son équivalent dans le personnage d'Isabelle, jouée par Juliette Binoche qui brille par son naturel, et que l'on suit dans les méandres d'un quotidien un peu morne. Le film commence par cette scène d'amour, au plus près de l'actrice, par une caméra qui scrute et attrape des bouts de vérité. Cette quinquagénaire virevolte de corps en corps à la recherche d'un lien, d'un amour. C'est le bel enjeu du film, attraper cette matière insaisissable qu'est l'amour. Claire Denis dépeint ainsi la complexité d'une femme libre et indécise comme on peindrait le caractère insaisissable de la beauté d'un ciel qui se meut.

Dans un premier temps, il était question d'adapter l'essai Fragments d'un discours amoureux de Roland Barthes, mais rapidement l'idée fut abandonnée. Pourtant, on retrouverait presque cette même sensation de dérive propre à l'auteur français. Un Beau Soleil intérieur est parsemé de séquences collées bout à bout comme un texte fragmenté. Les ellipses nous poussent d'un espace à un autre, d'un personnage à un autre. Le récit de Claire Denis reste tout de même empreint d'une verve littéraire. C'est la romancière Christine Angot qui s'attèle à l'écriture, affutée et parfois acerbe de ce Beau Soleil Intérieur. Et c'est très certainement l'un des points les plus remarquables du film. Ses mots, sont à la fois doux et cruels, triviaux et extraordinaires. « Je pense que je vais quitter ma femme » annonce Nicolas Duvauchelle, « Tu as faim, on va manger ? » lui répond maladroitement Isabelle. Mais cette dialectique dans les échanges, parfois absurdes, pourrait aussi en être la faiblesse. Quiproquos, longueurs des situations et discussions Sysiphéennes résonnent comme le leitmotiv de la partition.

Isabelle voudrait combler les vides. Elle couvre ses grandes toiles blanches de peinture et trompe ses déserts affectifs avec des amants, dont les interprètes accompagnent nonchalamment le film. On retrouve ainsi Xavier Beauvois en banquier abominable, la douce folie de Philippe Katerine ou encore Gérard Depardieu, en devin, dans un acte tout en douceur et en drôlerie.

Claire Denis - en attente de monter son prochain projet ambitieux, High Life, un film de science-fiction avec Robert Pattinson - réalise ainsi ce Beau Soleil intérieur, comme dans une parenthèse de son oeuvre (le tournage dure seulement cinq semaines). De cette mise en scène minimaliste et pudique (dans un appartement, une voiture ou un théâtre), jaillit parfois une ampleur inattendue. Même le générique de fin avance apaisé. Tous les noms des auteurs, acteurs et techniciens défilent, mais Depardieu et Binoche continuent de converser en champ contre-champ. Pas de fond noir, seulement des images douces et puis la fin.

Durée : 01h34

Date de sortie FR : 27-09-2017
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 03 Juin 2017

AUTEUR
William Le Personnic
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Amoureux du cinéma et de l’art pour mieux comprendre le monde, veilleur et archiviste de l’image, c...
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