Critique de film
Tom à la ferme

Le pitch : Tom, un jeune publicitaire de 24 ans, débarque à la campagne dans la ferme familiale de son amant. Ce dernier vient de décéder et Tom a décidé de lui rendre hommage en rencontrant sa famille. Francis, l’aîné de cette famille psychotique va faire vivre un enfer à Tom, le séquestrant contre son gré et le martyrisant pour le pousser à mentir sur la nature de la relation qui l’unissait au disparu, tout ça pour protéger le souvenir de la mère de famille.

Un thriller paranoïaque

Xavier Dolan s’attaque au cinéma de genre après une trilogie pop haute en couleurs. Tom à la ferme, thriller psychologique agricole situé quelque part entre Bullhead et Misery, est une nouvelle preuve du talent de Dolan, 24 ans, toujours capable de réinventer des formes cinématographiques et de diriger ses acteurs avec une vigueur rare. Ici, il teinte son thriller d’une paranoïa anxiogène qui évite soigneusement de tomber dans la facilité. Tom à la ferme la refuse obstinément et par des ellipses multiples propose surtout au spectateur d’habiter le film avec ses propres peurs, quitte à refuser de combler ses attentes.

Au cœur d’un Canada reculé et austère très bien cadenassé, Tom, interprété par un Dolan tout en retenue, cheveux en épis de blé, rejoue le syndrome de Stockholm avec une absence d’émotion assez singulière. Il encaisse les coups, accepte la domination et finit par la faire sienne, victime fragile d’un pervers narcissique aux intentions doubles. La dualité est d’ailleurs le thème du film. Les scènes se répondent, se divisent en miroirs, l’écran se tasse à deux reprises lors de scènes de poursuite pour finir par s’écraser, selon l’anamorphose, en format panoramique qui emprisonne les personnages. Les cadres sur ces derniers, souvent filmés de dos, accentuent l’idée d’une progression pathologique inexorablement tendue vers une résolution inattendue.

Le refoulement comme échappatoire

Comme Dolan évite de rendre familier cet univers quadrillé de champs, il ne révèle que très peu d’éléments de la narration et laisse le spectateur remplir les vides. Seule l’atmosphère guide le propos. Une relation sado-masochiste s’installe crescendo entre les deux hommes, au milieu desquels trône une mère douleur terrassée par la perte et gagnée par la folie. Reste alors à comprendre les motivations, mais ce trio boiteux en a-t-il ? La violence semble être innée, la rendre ou la subir n’est plus un choix mais une solution. Difficile toutefois de saisir ce qui anime Tom, lui, qui en trois semaines, finit par accepter son sort avec un cynisme déconcertant.

La dualité du désir est malgré tout exposée dans toute sa complexité, surtout animée par la nécessité maladive du mensonge. Abordant de front l’homosexualité et son existence maltraitée au cœur d’une campagne repliée sur elle-même, Tom à la ferme se mue en thriller du refoulement. Pour faire le deuil et survivre, autant se mentir. La facilité avec laquelle tout ce petit monde participe à cette mascarade fait froid dans le dos et trouve sa plus cruelle expression dans le dernier plan du film. Une nouvelle fois il s’agira de tourner le dos à la vérité nue.
 

Durée : 1h45

Date de sortie FR : 16-04-2014
Date de sortie BE : 16-04-2014
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Critique mise en ligne le 16 Avril 2014

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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