Critique de film
The lady

Ca faisait un moment que Luc Besson semblait définitivement s'être tourné du côté de l'enfant, réalisant la trilogie des Minimoys et adaptant la bande dessinée Adèle Blanc Sec de Jacques Tardi. Oubliés donc les trips violents à la Nikita etLéon, les délires scientifictionnels ou ésotériques façon Cinquième Elément et Angel A, exit les films générationnels:Subway ou Le Grand Bleu. Besson était devenu le président d'Europacorp, le plus grand pourfendeur du cinéma d'auteur français, celui qui avait fait confiance à la bande des Yamakazis et des Taxis pour donner au cinéma ses majuscules d'aventure. Luc Besson n'est pas un cynique ou un pessimiste, il croit à l'Amour, à la paix, aux indignés, il est christique. C'est donc tout naturellement qu'il a accepté le scénario qu'a bien voulu lui confier Michelle Yeoh. Ce scénario évoquait l'histoire d'amour entre Aung San Suu Kyi (Michelle Yeoh) et son mari Michael Aris (David Thewlis).

Curieux choix évidemment que d'aborder par la relation de couple la vie de la prix Nobel de la paix 1991, opposante à la junte militaire birmane et enfermée en résidence surveillée pendant plus de vingt ans avant d'être finalement libérée en 2010. Fondatrice de la Ligue Nationale pour la Démocratie, Aung San Suu Kyi doit son engagement politique à son histoire familiale, son père le général Aung San avait lui-même négocié l'indépendance de la Birmanie avant d'être assassiné. Le peuple birman a vu en elle l'héritière de son père, figure à jamais martyr à ses yeux. Ce choix qu'on pourrait qualifier de populiste tient pourtant à la personnalité du réalisateur. Luc Besson est un bisounours et il ne s'en défend pas. Je le cite "Je laisse l'aspect politique de la Birmanie aux journalistes, ceux qui critiquent mon film parce qu'il est trop sentimental devraient mieux faire leur boulot et parler de l'histoire de la Birmanie. Moi, ce qui m'intéressait c'était de montrer que l'histoire d'amour entre Aung San Suu Kyi et son mari avait sans doute contribué à l'histoire de son pays. Pour le reste je n'ai rien à vous apprendre. Je serais heureux que vous alliez vous renseigner sur internet en sortant de la salle pour en apprendre davantage".

On peut trouver cela niais, gonflé ou peu ambitieux, ça a néanmoins le mérite d'être tout à fait honnête. de plus, les arguments de la presse sont démontables. Luc Besson ne parle pas assez de l'aspect politique, j'ai pourtant néanmoins l'impression d'avoir vu un film engagé soutenant fermement l'opposition birmane contre le régime militaire, utilisant une relation amoureuse comme acte politique, étant donné que le réalisateur s'attarde sur les conditions extrêmes de cette relation, les nombreuses séparations, Michael Aris et ses deux enfants ne pouvant rejoindre Aung San Suu Kyi qu'épisodiquement. De nombreux visas leur ont été refusé afin de briser la volonté de l'héritière du peuple. En vain.

Appuyé par la musique omniprésente d'Eric Serra, le film ne parvient toutefois pas à dépasser son sujet. La raison principale m'apparait évidente. Comment parler d'une femme dont on a eu que quelques bribes d'information pendant toute cette période. Le mari est quant à lui décédé d'un cancer il y a des années. On assiste donc à un film qui se répète inlassablement entre les allers retours du mari et des enfants entre Londres et Rangoon. De cette relation, on ne voit que la conviction politique d'une femme et d'un homme qui ont fait conjointement le choix de la primauté de la voix du peuple dont elle était de fait investie sur celle de la cellule familiale. Le coeur du spectateur est alors déchiré entre la grandeur du personnage face à son choix cornélien. C'est impuissante mais résolue qu'elle optera pour le peuple, ne pouvant rejoindre son mari sur son lit de mort.

The Lady est au moins un film dans la filmographie de son auteur qui a du sens, celui d'évoquer le destin d'un peuple à travers cette femme d'une générosité altruiste hors du commun. Les reproches qu'on lui fait ne sont, à mon avis, pas les bons. Contrairement à ce que l'on peut lire, c'est un film utile, il jette un faisceau de lumière sur une histoire peu traitée par les médias. Que Besson s'attarde sur un détail n'est pas du tout illégitime, c'est son fil rouge, celui qui permettra de toucher les masses et de les conscientiser. A elles, en effet, d'à présent se pencher sur la dictature birmane. Ce n'est qu'en prenant le film pour ce qu'il est, une histoire d'amour, qu'on peut aisément lui reprocher d'être un peu vague, voire creux. Les généraux sont traités de manière caricaturale, on retrouve ici la tendance bédéiste du réalisateur, tout comme dans le traitement de son scénario qui n'a pour réelle consistance que les performances superbes de Michelle Yeoh et David Thewlis. La mise en scène fluide ne sauve pas le film de cette impression de surplace liée à la situation. Prisonnière de sa prison dorée, Aung San Suu Kyi est à l'image de la pellicule qui lui est consacrée, muette et tournant en vase clos. La bande-annonce contient malheureusement à elle seule toute la matière du film... aussi touchante soit-elle.

Durée : 2h11

Date de sortie FR : 30-11-2011
Date de sortie BE : 21-12-2011
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 26 Août 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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