Critique de film
The Conjuring 2: Le cas Enfield

Based on true events…

Au rayon horrifique millésime 2013, The Conjuring: Les dossiers Warren a pris avec bonheur le contrepied des films de zombie sprinters et autres found-footage. Film d’épouvante au charme suranné pour lequel James Wan signait une mise en scène articulée autour de longs plans-séquences au steadycam, The Conjuring doit sa petite originalité à un certain ancrage dans la réalité. En effet, les Warren du titre sont un couple d’écrivains/chasseurs de fantômes ayant sévi dans les années 70/80 aux Etats-Unis. Usant de cet argument promotionnel maousse costaud, le film tissait deux intrigues en parallèle: l’une impliquant les époux Warren et l’autre une famille en détresse dans une maison hantée, avant d’entremêler les fils dans sa deuxième moitié. Jackpot, The Conjuring engrange plus de 130 millions de dollars U.S. pour un budget de 20 millions. Suite logique trois ans plus tard, The Conjuring 2: Le cas Enfield répète la même formule à la virgule près, devenant instantanément le premier succédané d’une série qui pourrait bien en produire à la pelle.

Déjà-vu

1976, Amityville, U.S.A. En pleine séance de spiritisme, Lorraine Warren (Vera Farmiga) reçoit la prémonition de la mort prochaine de son mari Ed (Patrick Wilson). De l’autre côté de l’atlantique, la quarantenaire Peggy Hodgson (Frances O’Connor) élève seule ses quatre enfants à Enfield, une banlieue décrépie du nord de Londres. Janet, la plus jeune des filles Hodgson, semble épisodiquement possédée par le fantôme du propriétaire d’une bâtisse qui devient peu à peu le théâtre de phénomènes paranormaux. Alors que les médias s’emparent de l’affaire, de hauts dignitaires catholiques envoient les époux Warren sur place afin de déterminer si oui ou non, la maison d’Enfield est hantée.

Fast-food

Le 2 du titre le clame haut et fort: Le Cas Enfield est une production destinée à reproduire un succès économique. Nous voici en présence d’un second volet qui se garde bien de surprendre le spectateur ou de l’emmener vers des territoires inconnus (comme put jadis le faire un James Cameron avec Aliens (1986)). Au contraire, il s’agit de capitaliser sur une panoplie d’éléments pour les élever en figures imposées d’une série en gestation. New Line Cinema est un fast-food, et ressert le plat qui vous a plu il y a trois ans, ce qui n’empêche pas que cela puisse être bien cuisiné.

Recette

Premier choix du studio: engager à nouveau le réalisateur James Wan et le duo de comédiens Vera Farmiga/Patrick Wilson. Gageons que leurs cachets respectifs expliquent la hausse significative du budget du film (de 20 à 40 millions de dollars U .S.) car celle-ci ne se constate pas vraiment à l’écran. Qu’importe, James Wan assure le rapport qualité/prix. Passé maître pour faire monter la sauce de la peur à l’écran, le réalisateur exécute sans heurt la figure imposée de quelques jump-scares efficaces. L’air de rien, James Wan cultive même une certaine touche personnelle: alors que ses mouvements permanents incitent le spectateur à guetter le hors-champ, la peur surgit le plus souvent de l’intérieur d’un cadre qui se stabilise dans un moment de répit. La recette James Wan est à la fois rythmique et picturale.

To-Do List

Outre faire sursauter, The Conjuring 2 remplit bien d’autres cases. Niveau décorum les portes claquent, les lits entrent en lévitation, les jouets s’animent tous seuls… Tous les poncifs du film de maison hantée et autres possessions diaboliques répondent à l’appel. Visuellement, cette suite reprend la patine nostalgique du premier film (couleurs désaturées, tons gris, ocres et bruns), les décors et le casting restent sans extravagances, le découpage parcimonieux… À peine si les longs mouvements fluides du premier volet sont augmentés de quelques effets numériques plutôt ratés. Du côté de l’intrigue, la construction reprend scrupuleusement celle du premier film, sans parvenir à faire résonner les récits concernant les Warren d’un côté et la famille Hodgson de l’autre. Par conséquent, les mécanismes scénaristiques laborieux apparaissent grossièrement.

Soap-opera

Si James Wan revient avec bonheur, Vera Farmiga et Patrick Wilson rempilent eux-aussi. Sans accabler personnellement les deux comédiens ou la direction d’acteurs du réalisateur, il faut constater que tous échouent ici à transcender l’écriture calamiteuse des personnages principaux et de leurs conflits personnels. C’est bien simple, dans Conjuring 2 toutes les scènes vouées développer les époux Warren tournent au soap-opera aussi indigeste que dissonant. De ce fait, le climax narratif et émotionnel du film (quand les deux intrigues se rejoignent) échoue avec fracas, sauvé du naufrage in extremis par la maîtrise spatiale et rythmique du réalisateur. Le fond du gouffre est atteint par le pauvre Patrick Wilson qui s’improvise en père de substitution le temps d’une embarrassante reprise d’Elvis Prestley. Tout comme dans le premier volet, le malheur de la famille Hodgson est concomitant à l’absence d’un père. Dès lors, le bigot Ed Warren devient à la fois l’exorciste sauveur et le père de remplacement. La propagande catholique appuyée du film se double d’une conception conservatrice de la cellule familiale, le tout donnant un désagréable fumet faisandé à l’ensemble.

Regret

The Conjuring 2: Le Cas Enfield s’inspire d’un cas réel. Dans l’Angleterre en pleine crise économique de la fin des années 70, la très modeste famille Hodgson s’est effectivement déclarée victime d’un poltergeist. Aujourd’hui encore, le débat subsiste entre vérité inexpliquée ou pure escroquerie. Le film de James Wan effleure ce contexte et suggère un possible mensonge afin que le déménagement des Hodgson soit pris en charge par les services sociaux. Quant au spectateur, il ne doute jamais, parfaitement au fait des rails et rouages du produit marqueté dans lequel il se trouve. Les «hantés» sont des brebis et la folie horrifique se déchaînera bien en fin de métrage. S’il est injuste d’attaquer un film sur ce qu’il n’est pas, une œuvre plus ambivalente sur « Le Cas Enfield » reste bel et bien à faire. Pour l’heure, The Conjuring 2 reste un tour de train fantôme aussi vain qu’efficace.

Durée : 2h14

Date de sortie FR : 29-06-2016
Date de sortie BE : 08-06-2016
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Mathieu
01 Juillet 2016 à 20h56

Une étoiles sur 5?!! Le réalisateur de THE WITCH a juste à faire un film plus ambigue sur ce cas de possession et on aura un film répertoire, mais le côté divertissement sera négligé. James Wan est devenu un spécialiste du genre, sa mise en scène se peaufine et elle réussie à créer certaines scènes glaçantes et mémorables. CONGURING mérite au moins 3 étoiles et demi sur 5.
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Critique mise en ligne le 13 Juin 2016

AUTEUR
Olivier Grinnaert
[95] articles publiés

Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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